Des manifestants devant le site d’Unigaz à Dora, au nord de Beyrouth. Photo ANI
Quelques dizaines de personnes ont manifesté hier à Dora devant les réservoirs de gaz de la société Unigaz, afin de protester contre la construction par cette entreprise de nouvelles infrastructures qui constituent selon eux un « danger pour toute la région ». Les forces de sécurité étaient déployées sur les lieux afin d’empêcher les protestataires d’entrer de force sur le site d’Unigaz. Cette affaire, qui a commencé à susciter des remous après les explosions du port de Beyrouth, relance le débat sur le stockage au Liban de matières hautement inflammables à proximité des commerces et des habitations, les nombreux réservoirs de gaz et de pétrole de Dora étant entourés de bâtiments et situés non loin de l’autoroute reliant Beyrouth au Liban-Nord.
Dans les faits, la société Unigaz avait lancé il y a quelques mois des travaux pour remplacer certains réservoirs de gaz par des citernes plus neuves, mais les habitants, eux, dénoncent des travaux d’agrandissement des cuves qui seraient contraires au permis de construction délivré par les autorités. « Les habitants de la région se plaignent depuis près de trois mois maintenant, mais les ministères concernés font la sourde oreille. Ils laissent les gens rouspéter et ne fournissent aucune réponse à leurs questions », dénonce une source proche du dossier, sous le couvert de l’anonymat. « Il y a des doutes qui planent sur la nature des travaux menés. On pense qu’ils travaillent sans respecter le permis du ministère de l’Industrie qui consiste à remplacer les réservoirs par de nouvelles cuves identiques. L’étude d’impact écologique a-t-elle été réellement menée ? » poursuit la source. Unigaz, fondée en 1957, est spécialisée dans le commerce du gaz et des énergies renouvelables au Moyen-Orient et en Afrique. Contactée par L’Orient-Le Jour, la direction de la compagnie n’a pas souhaité commenter les accusations lancées à son égard et assure que l’affaire est entre les mains de la justice. Les travaux seraient en suspens à l’heure actuelle.
Assouad attaque en justice
La société est poursuivie en justice depuis trois mois par la société Alico pour la fabrication de matelas et de meubles, dont les locaux sont proches des siens. Elle fait également l’objet depuis le début du mois d’une note d’information présentée par le député Ziad Assouad (Jezzine, Courant patriotique libre) qui, selon une source bien informée, ne serait autre que l’avocat d’Alico. Le député dénonce dans sa note « l’absence de décision municipale conforme à la loi, l’absence d’étude d’impact environnemental, de permis de construction conforme à la loi et des conditions de sécurité adéquates ».
M. Assouad dénonce par ailleurs « une connivence » entre Unigaz et les ministères concernés par ce dossier, à savoir les ministères de l’Énergie, de la Santé, de l’Environnement, des Travaux publics et de l’Industrie, selon le texte. « La société a arraché un permis pour lancer ses travaux en prétendant changer les réservoirs de gaz, selon des plans totalement différents de ceux présents dans d’autres dossiers relatifs à cette affaire et se trouvant dans d’autres ministères », poursuit le texte qui dénonce un « faux et usage de faux ». La note d’information insiste en outre sur le danger présenté par la proximité des réservoirs des habitations et des commerces.
Réévaluer l’emplacement des cuves
La polémique entourant le remplacement des réservoirs d’Unigaz, trois mois après les explosions catastrophiques du port, suscite de nombreuses interrogations quant aux multiples réservoirs situés sur la route côtière de Dora et Antélias. Ce secteur abrite de nombreuses sociétés stockant gaz et pétrole depuis plusieurs années et dont les cuves sont visibles depuis l’autoroute.
Christina Nasrallah, avocate spécialiste de l’environnement et de l’énergie, estime que « les gens ont commencé à remarquer ces cuves et leur proximité avec les habitations après le 4 août ». « La négligence et la corruption nous ont menés vers la catastrophe du port. Nous ne voulons pas d’un nouveau 4 août, il faut que tous les réservoirs soient déplacés vers des régions éloignées des habitations », souligne-t-elle. « Toutes les installations pétrolières et gazières dans le pays doivent être réévaluées », ajoute l’experte.
La population libanaise reste traumatisée par la double explosion du port de Beyrouth du 4 août, qui a fait plus de 200 morts et dévasté de nombreux quartiers de la capitale. La déflagration a été provoquée par un incendie dans un hangar du port où étaient stockées sans précautions adéquates 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium.
Christina Nasrallah rappelle que le secteur du gaz et des carburants est régi par le décret 5 509 publié en 1994. « Ce décret est toujours en vigueur. Il régule le travail des sociétés qui vendent du pétrole ou du gaz mais également celui des camions-citernes par exemple », explique-t-elle.
Le texte de loi prévoit des critères assez stricts pour l’édification des réservoirs destinés à accueillir du carburant ou du gaz. « Chaque réservoir doit être entouré d’un bassin pour plus de sécurité en cas de fuites ou d’incendie. Si les réservoirs ne sont pas sous terre, il faut qu’ils soient éloignés de 30 m au minimum de tout bâtiment industriel et de 50 m au minimum de tout bâtiment résidentiel. Il faut également respecter une distance d’au moins 150 m s’ils sont à proximité d’une région où il y a beaucoup d’habitations et de commerces », explique l’experte avant de conclure : « Les lois existent, il faut seulement les appliquer. »


justifiee l'inquietude des riverains. mais proposer une solution viable JAMAIS. Quoi, pensent ils serieusement deplacer ces installations vers l'anti liban par exemple?
10 h 27, le 11 novembre 2020