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Mariage de déraison

Ce n’est pas sous les auspices les plus favorables que vient de démarrer cette énième tentative de doter le pays d’un gouvernement qui réaliserait enfin ces fantomatiques réformes réclamées à cor et à cri par la communauté internationale, autant que par les Libanais eux-mêmes.

Pour commencer, c’est d’un ménage on ne peut plus férocement désuni que l’on attend la naissance du providentiel bébé. Les exemples foisonnent certes de cohabitations au sommet du pouvoir exécutif, commandées soit par le verdict des urnes, soit par l’urgence du moment : la plus noble des déclinaisons en étant cette union sacrée entre irréductibles rivaux face à un danger pressant, immédiat, mortel. Mais c’est bien la toute première fois dans les annales que l’on a pu voir, mercredi, un président de la République, en l’occurrence Michel Aoun, déclarer publiquement la guerre à un ancien Premier ministre assuré de reprendre du service car nanti, par avance, de l’agrément de l’Assemblée.

C’était la première fois d’ailleurs qu’un chef d’État incitait les députés à revenir à leur conscience avant que d’adouber un personnage incapable, assurait-il sans le nommer, de mener à bien l’opération requise. À cette collection de premières, on pourrait enfin ajouter le sidérant aveu d’impuissance auquel se livrait un président qui se veut fort, en même temps qu’il s’exonérait – et son parti avec lui – de toute responsabilité quant à la désastreuse situation où se débat le Liban. Au vu de ce qui précède, Michel Aoun n’aura pas rassuré grand monde avec son ferme engagement à ne pas abandonner la barre…

Alors, un gouvernement compact de spécialistes non partisans, comme le souhaite un Saad Hariri qui se dit indéfectiblement attaché à la formule découlant de l’initiative d’Emmanuel Macron? Plutôt une équipe de diplômés acceptés, sinon choisis, par les partis, comme le voudrait plutôt la vieille et funeste tradition du bazar politicien ? Hier se jouaient déjà les premières joutes de cette foire d’empoigne qui constitue l’occupation favorite d’une classe dirigeante aussi affairiste qu’irresponsable. Pour cette raison, ce qui, de toute l’allocution présidentielle, devrait surtout stimuler la réflexion (?) de la faune politique, c’est la trop brève évocation des bouleversements régionaux que nous vivons en ce moment : cartes redessinées, accords en pagaille, projets expansionnistes ou de partition, etc…

Sonner l’alarme, c’est fort bien ; mais ça s’arrête là hélas, au spectacle des factions politiques trouvant encore l’insolence de se disputer des oripeaux de pouvoir sur les ruines d’un pays qu’elles ont déjà saigné à blanc. Du Grand Liban bouclant son centenaire (une paille, dans la vie des États), les responsables offrent au monde la navrante image d’un clochard frappé de sénilité avant même d’avoir atteint l’âge de raison ; d’un mendiant s’en remettant exclusivement au bon cœur des donateurs étrangers ; d’un déshérité suspendu au verdict que rendront les faiseurs et défaiseurs de frontières, au résultat de la prochaine élection présidentielle américaine, aux signes de fatigue d’une sollicitude française en butte, ici même, à tout un faisceau de mauvaises volontés…

Tous les élixirs de jeunesse et autres remèdes d’importation n’y feront rien hélas. Le Liban restera parce que les Libanais le veulent plus que tout au monde, ou alors il ne sera plus.

Issa Goraieb

[email protected]


Ce n’est pas sous les auspices les plus favorables que vient de démarrer cette énième tentative de doter le pays d’un gouvernement qui réaliserait enfin ces fantomatiques réformes réclamées à cor et à cri par la communauté internationale, autant que par les Libanais eux-mêmes.

Pour commencer, c’est d’un ménage on ne peut plus férocement désuni que l’on attend la...