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Désignation Hariri

La rue divisée, entre les déçus, les pragmatiques et quelques optimistes

« Il avait échoué par le passé. Et ce sera le cas une fois de plus. »

La rue divisée, entre les déçus, les pragmatiques et quelques optimistes

Manifestation contre le pouvoir à Baalbeck. Photo d’archives Facebook/AkhbarAlSaha

Certains sont déçus, d’autres prudemment optimistes, et quelques un pragmatiques : au lendemain de la désignation du chef du courant du Futur, Saad Hariri, au poste de Premier ministre, la rue était divisée hier.

À Tarik Jdidé, fief de l’ancien chef de gouvernement, nombreux sont ceux qui se disent rassurés par son retour au Grand Sérail. Comme Zouheir, un commerçant de 80 ans établi dans ce quartier populaire sunnite depuis les années 1960. Il dit soutenir le chef du courant du Futur tout comme il avait soutenu son père, Rafic Hariri. « Saad Hariri a des connexions à l’international, il est proche de la France et des États-Unis, affirme-t-il. Il veut vraiment mener des réformes et lutter contre la corruption. Voilà pourquoi ils ne voulaient pas de lui, et non pas parce qu’il est incompétent comme ils le prétendent. Son retour sera bénéfique pour le pays. Il est en bons termes avec le président de la Chambre, Nabih Berry, mais la question est de savoir si le Hezbollah le laissera choisir des ministres chiites ou s’il les lui imposera. » Pour Ibtihaj, employée dans le pharmaceutique de 54 ans, Saad Hariri est sans aucun doute « le leader de la communauté sunnite aujourd’hui ». « J’espère qu’il sera capable de changer les choses. Nous sommes fatigués. Nous voulons que la situation s’améliore parce que nous sommes au bout du rouleau », soupire-t-elle.

L'édito de Issa GORAIEB

Mariage de déraison

Un peu plus loin, Mona, 72 ans, attend un bus, les bras chargés de sacs. Elle se dit « satisfaite » par la désignation de Saad Hariri. « Sa présence aidera à stabiliser le dollar, estime-t-elle. J’espère qu’il pourra travailler comme il l’entend. » Même son de cloche chez Fadi, coiffeur de 46 ans et fervent sympathisant du Premier ministre désigné. « C’est le seul qui peut nous aider, dit-il. Le soulèvement populaire n’est pas dirigé contre lui, mais contre les corrompus qui l’entourent. Il est le seul à pouvoir ramener des investissements au Liban. D’ailleurs, à peine a-t-il été désigné que le taux du dollar a chuté face à la livre libanaise. Il faut le laisser travailler. »

Vue de l’avenue qui traverse Tarik Jdidé, quartier de Beyrouth à majorité sunnite. Photo Zeina Antonios

« Retour à la case départ »

À Baalbeck, la déception est palpable. « Un an plus tard, nous nous retrouvons à la case de départ. Malheureusement, la révolution a échoué », critique Lina*, l’un des piliers du mouvement de contestation populaire du 17 octobre à Baalbeck. « C’est dans la rue qu’il était tombé il y a un an, s’insurge-t-elle. Selon quels critères il s’est autodésigné à la tête du gouvernement? Quelle est sa feuille de route ? Son plan de réformes ? »

Lina, qui s’était beaucoup impliquée dans la thaoura, confie être déçue de ce mouvement de contestation « qui n’a pas su s’organiser, ce qui a permis aux mêmes personnes de revenir ». « Il nous faut une plus grande révolution, avec une meilleure organisation », insiste-t-elle. Et de se demander, indignée : « Saad Hariri va sauver la situation économique ? Lui, qui n’a pas su gérer ses organes de presse, va pouvoir gérer un pays ? »

Fadi, 46 ans, coiffeur à Tarik Jdidé, se dit satisfait du retour de Saad Hariri au poste de Premier ministre. Photo Zeina Antonios

Maher, lui, se veut plus optimiste. « Je ne veux pas me résigner et dire que nous sommes revenus à la case de départ, parce que nous n’allons pas lui permettre, ni à n’importe quel autre membre de cette classe politique, de gouverner », affirme-t-il.

Heba* concède qu’avec la conjoncture politique actuelle et la crise économique, « la reconduction de Hariri est la seule option dont nous disposons ». « Il ne faut pas s’attendre à avoir un Premier ministre dont le profil répond aux revendications de la rue, du moins dans l’immédiat », poursuit-elle. Elle évoque « deux scénarios » à l’origine de cette désignation : « Soit elle a été faite avec l’accord des puissances internationales et donc le cabinet est formé à l’avance dans une tentative de redresser la situation économique, explique-t-elle. Soit c’est une façon de gagner du temps jusqu’après la présidentielle américaine. Quoi qu’il en soit, j’espère que ce sera un pas vers un allègement de la pression exercée par la communauté internationale sur le pays. »

Ibtihaj, habitante du quartier de Tarik Jdidé, fief du courant du Futur. Photo Zeina Antonios

Gouverner avec la même mentalité

À Saïda, Haïfa, la trentaine, est convaincue que « Hariri est le seul à pouvoir mettre en œuvre l’initiative française et assurer les aides internationales ». « Il réussira dans sa mission si aucune partie ne lui met des bâtons dans les roues, ce qui très vraisemblablement aura lieu », dit-elle à notre correspondant Mountasser Abdallah.

Un avis que ne partage pas Yolla, la quarantaine. » Qu’est-ce qu’il pourra faire ? se demande-t-elle. Il va continuer à aborder les dossiers comme il l’a toujours fait. Il ne va rien pouvoir changer. Il avait échoué par le passé. Et ce sera le cas une fois de plus. » « Toute cette classe politique est incapable de gérer le pays, martèle de son côté Samir. On a déjà essayé Saad Hariri et les autres. Ils ont mené le pays à la faillite. Nous avons besoin d’une personne indépendante et honnête, qui ne soit pas corrompue. »

Gagner du temps

À Bar Élias, dans la Békaa, Ali est tout aussi déçu. Il affirme qu’on ne peut rien espérer de la désignation de Saad Hariri, « d’autant qu’on l’avait déjà essayé pendant quinze ans ». « Ils veulent juste gagner du temps », dit-il à notre correspondante Sarah Abdallah.

« Ce qui se passe dans le pays est triste, confie de son côté Rabih, proche du Parti communiste. Nous ne faisons pas confiance à toute cette classe politique qui est incapable de sauver le pays et pour qui la solution dépend de l’étranger. » Rami, qui est proche du Courant patriotique libre, affirme pour sa part que le slogan« kelloun yaani kelloun » (Tous veut dire tous), scandé par les manifestants, « vise (le chef de l’État), Michel Aoun et non pas Saad Hariri ». « Il y a une volonté politique de faire échouer Aoun, soutient-il. Je ne suis pas étonné que les manifestants ne soient pas descendus dans la rue alors que Saad Hariri venait d’être désigné. »

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Hariri entame sa mission dans un climat d’optimisme

Abbas, proche du tandem chiite, est tranchant. » Je suis contre Hariri, avance-t-il. Je l’étais lorsque le taux de change du dollar était à 1 500 livres. Il est certain que je ne veux pas de lui, maintenant que le taux de change est à 7 000 livres. »

« La désignation de Saad Hariri dans les circonstances actuelles, et plus particulièrement au même timing qui a marqué sa chute par la rue il y a un an, illustre le comportement arbitraire des partis au pouvoir et plus particulièrement du tandem chiite (Amal-Hezbollah) qui se place, une fois de plus, en confrontation avec la population qui n’est plus en mesure d’assurer ses moyens de subsistance », observe Ahmad, lui aussi proche du Parti communiste. Pour lui, le pouvoir, « qui a failli dans sa mission », mise « sur le désespoir de la population ».

*Les prénoms ont été changés à la demande de la personne interviewée.


Certains sont déçus, d’autres prudemment optimistes, et quelques un pragmatiques : au lendemain de la désignation du chef du courant du Futur, Saad Hariri, au poste de Premier ministre, la rue était divisée hier.

À Tarik Jdidé, fief de l’ancien chef de gouvernement, nombreux sont ceux qui se disent rassurés par son retour au Grand Sérail. Comme Zouheir, un commerçant...

commentaires (2)

Tout va dépendre du cri que va pousser Hariri après ses consultations non contraignantes. On verra si ça sera un rugissement ou un miaulement. La suite de ce cri déterminera sa volonté de sauver ou de noyer le pays. Les libanais verront si c’est un arriviste comme tous autres potiches qui tiennent le pays depuis des décennies ou alors un patriote qui n’en a cure de leurs opinions et ambitions qui suivra une feuille de route pour sauver ce qui reste de notre pays en les laissant sur le bord de la route. Nous avons besoin d’y croire surtout lorsqu’on le voit déterminé et appuyé par les pays aidants.

Sissi zayyat

16 h 49, le 24 octobre 2020

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Commentaires (2)

  • Tout va dépendre du cri que va pousser Hariri après ses consultations non contraignantes. On verra si ça sera un rugissement ou un miaulement. La suite de ce cri déterminera sa volonté de sauver ou de noyer le pays. Les libanais verront si c’est un arriviste comme tous autres potiches qui tiennent le pays depuis des décennies ou alors un patriote qui n’en a cure de leurs opinions et ambitions qui suivra une feuille de route pour sauver ce qui reste de notre pays en les laissant sur le bord de la route. Nous avons besoin d’y croire surtout lorsqu’on le voit déterminé et appuyé par les pays aidants.

    Sissi zayyat

    16 h 49, le 24 octobre 2020

  • DES OPTIMISTES.....FÉLICITATIONS AUX OPTIMISTES. LE NOUVEAU SAAD HARIRI VA LES SAUVER AVEC SON NOUVEAU GOUVERNEMENT COPIER COLLER DES AUTRE GOUVERNEMENT. ON A LES GOUVERNEMENT QU'ON MÉRITE....

    Gebran Eid

    13 h 41, le 24 octobre 2020