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Société - guerre au moyen-orient

Vols en période de guerre : le Liban lance un audit de sécurité de la MEA

L'audit a été lancé suite à des plaintes déposées par des associations de pilotes. La MEA dénonce des allégations « infondées » et le respect des exigences réglementaires.

Vols en période de guerre : le Liban lance un audit de sécurité de la MEA

Un avion de la Middle East Airlines (MEA). Photo d'illustration AFP

L'autorité de régulation de l'aviation libanaise a lancé un audit de sécurité concernant la compagnie nationale Middle East Airlines (MEA), après des inquiétudes formulées par des associations de pilotes concernant le fait que des équipages se sont vus demander de voler à proximité de frappes aériennes (israéliennes) et ont été sanctionnés pour avoir signalé des incidents de sécurité, rapporte Reuters. Des allégations rejetées par la MEA, qui affirme que des missions de formation avaient été menées conformément aux exigences réglementaires.

La MEA, seule compagnie à avoir maintenu ses vols durant la guerre entre Israël et le Hezbollah, affirme disposer d'un bilan de sécurité solide et éprouvé, assurant que tous les vols effectués pendant les hostilités militaires l'ont été sur la base d'évaluations des risques élaborées en collaboration avec le gouvernement libanais et l'Autorité libanaise de l'aviation civile (LCAA, autorité de régulation).

Depuis 2024, de multiples frappes aériennes israéliennes ont en effet touché des zones proches de l’aéroport de Beyrouth (AIB), suscitant des inquiétudes au sein de la Fédération internationale des associations de pilotes de ligne (IFALPA), une fédération mondiale de syndicats de pilotes, compte tenu des antécédents de tirs sur des avions civils dans ou à proximité de zones de conflit. Les inquiétudes dans le secteur aérien se sont accrues à mesure que les frappes israéliennes sur le Liban s'intensifiaient cette année, dans le cadre d'un conflit qui s'étend avec le Hezbollah, depuis le 2 mars.

Dans un communiqué, la MEA a indiqué que la poursuite de ses opérations pendant la période de guerre a été décidée par le gouvernement libanais, en coordination avec l’aviation civile libanaise, après avoir reçu des assurances internationales garantissant que l’Aéroport international de Beyrouth resterait en dehors de la zone de conflit. La compagnie affirme que sa priorité reste « la sécurité des pilotes, des équipages et des passagers », ainsi que le maintien de l’activité de l’AIB, « compte tenu du besoin urgent du Liban de garder son ouverture ». Elle souligne que les pilotes libanais ont fait preuve de « dévouement et de loyauté envers leur pays » durant ces périodes difficiles, et annonce qu’elle engagera des actions en justice contre toute tentative de nuire à son image ou à ses relations commerciales, estimant que la poursuite de ses opérations repose sur son rôle national et sur la nécessité de garantir la continuité du transport aérien au Liban.

« Si certains peuvent considérer comme héroïque le fait de faire voler des avions civils et de transporter des passagers dans des zones à haut risque et de conflit en temps de guerre, nous estimons qu'il s'agit là d'un risque inacceptable », a écrit Ron Hay, président de l'IFALPA, dans une lettre adressée le 12 mai à la Banque centrale du Liban, qui détient une participation majoritaire dans la MEA. La Banque du Liban a renvoyé Reuters vers la MEA. « Le fils du président de la MEA et le fils du président de la LCAA sont tous deux commandants de bord à la MEA et ont continué à voler pendant toute cette période », a rétorqué la compagnie aérienne.

Un audit de sécurité par la LCAA

Mohammed Aziz, directeur de la LCAA et enquêteur sur les accidents aériens, a indiqué à l'IFALPA dans une lettre datée du 15 mai que son équipe allait mener un audit de sécurité aérienne de la MEA et « engager un dialogue avec la compagnie afin d'aborder les préoccupations que vous avez soulevées dans votre lettre ».

La MEA a assuré que les activités de contrôle menées par la LCAA auprès de la compagnie aérienne du 18 mai au 1er juin avaient confirmé que celle-ci respectait « les exigences réglementaires et opérationnelles en matière de sécurité ».

De son côté, M. Aziz a indiqué à Reuters qu'une dernière réunion avec la compagnie aérienne avait eu lieu lundi, mais que l'audit de la LCAA était toujours en cours. « Nous sommes en train de jouer un rôle de médiation » entre les pilotes et la MEA, a-t-il ajouté.

Un pilote de la MEA interrogé par Reuters a souligné que les aviateurs avaient une incitation financière à voler, car les rémunérations par vol constituaient la majeure partie de leur salaire, leur salaire de base ayant été réduit en raison de l'effondrement économique du Liban qui a commencé en 2019.

L'IFALPA, soutenue par d'autres groupes de pilotes, a évoqué des cas où des pilotes avaient signalé des erreurs involontaires dans le but d'améliorer la sécurité, mais avaient été sanctionnés, par exemple en étant envoyés en « formation », ce qui leur faisait perdre leurs primes par vol. « Nous savons pertinemment que des pilotes ont fait part de leurs préoccupations et que des mesures ont été prises à leur encontre », a indiqué M. Hay à Reuters par téléphone.

La MEA a qualifié les allégations de l'IFALPA d’ « infondées » et a affirmé que les missions de formation avaient été menées conformément aux exigences réglementaires. Celles-ci « ne devaient pas être interprétées à tort comme des mesures disciplinaires ou de représailles », poursuit la compagnie.

Contacts des pilotes avec des compagnies partenaires

Ces préoccupations en matière de sécurité ont conduit des groupes de pilotes à contacter l'alliance de compagnies aériennes SkyTeam, qui regroupe des transporteurs tels que la MEA, Air France et Delta Air Lines, afin d’alerter l'opinion sur ces risques.

Dara van Langen, présidente de l'Association des pilotes de SkyTeam, a affirmé dans une interview : « Si vous confiez vos passagers à une compagnie aérienne partenaire, vous voulez bien sûr que le niveau de sécurité soit à la hauteur de vos attentes. » Tant l’Administration fédérale de l’aviation (FAA) des États-Unis, que l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), exigent des compagnies aériennes relevant de leur juridiction qu’elles contrôlent leurs partenaires étrangers, afin de garantir un niveau de sécurité comparable. Air France, qui a conclu un accord de partage de code (partenariat commercial entre compagnies aériennes) avec la MEA, a indiqué qu’elle contrôlait régulièrement tous ses partenaires. SkyTeam et Delta, qui ont conclu un accord interligne moins étendu avec la compagnie, ont affirmé qu’ils étaient conscients des préoccupations des pilotes et qu’ils suivaient la situation de près, ajoutant que la sécurité était primordiale.

Indemnités versées par la MEA aux employés de l’aviation civile

L'IFALPA a également fait part de ses inquiétudes quant au fait que la MEA verse des indemnités aux employés de la LCAA chargés de la sécurité aérienne. Un tableau interne répertoriant les aides financières pour le mois de novembre, examiné par Reuters, a révélé que des dizaines d'employés de la LCAA avaient reçu des paiements de la compagnie aérienne, dont trois agents de sécurité aérienne. « Si la surveillance de votre compagnie aérienne est (en partie) financée par celle-ci », alors « vous n’avez pas envie de vous exprimer, n’est-ce pas ? », a déclaré M. Hay, de l’IFALPA.

La MEA a reconnu avoir fourni un soutien financier en coordination avec le gouvernement libanais afin de garantir le fonctionnement des infrastructures aéronautiques du pays après que la crise financière eut provoqué l’effondrement de la monnaie. Le salaire des contrôleurs aériens a été réduit de plus de 90 %, passant à moins de 100 dollars par mois, a-t-elle précisé.

La compagnie aérienne a assuré que son soutien n'avait pas affecté « l'indépendance, l'autorité ou les responsabilités de surveillance » de la LCAA et que les auditeurs et les dirigeants de l'agence, y compris M. Aziz, n'avaient pas reçu de paiements.


Ce texte a initialement été publié en anglais par l'agence Reuters.

L'autorité de régulation de l'aviation libanaise a lancé un audit de sécurité concernant la compagnie nationale Middle East Airlines (MEA), après des inquiétudes formulées par des associations de pilotes concernant le fait que des équipages se sont vus demander de voler à proximité de frappes aériennes (israéliennes) et ont été sanctionnés pour avoir signalé des incidents de sécurité, rapporte Reuters. Des allégations rejetées par la MEA, qui affirme que des missions de formation avaient été menées conformément aux exigences réglementaires. La MEA, seule compagnie à avoir maintenu ses vols durant la guerre entre Israël et le Hezbollah, affirme disposer d'un bilan de sécurité solide et éprouvé, assurant que tous les vols effectués pendant les hostilités militaires l'ont été sur la base...
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