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Musique

Adonis déclare une nouvelle fois sa flamme à Beyrouth

Un miniconcert, un single, « Baad enna », en attendant la sortie de l’album « Aada’ » prévue pour décembre prochain, le groupe Adonis revient sur le devant de la scène avec la même énergie, la gravité en plus.

Adonis déclare une nouvelle fois sa flamme à Beyrouth

Le groupe Adonis vient de sortir un nouveau single, « Baad enna ». Photo Émile Zeeny

Dans ce café, son regard est un peu comme celui qu’il dépose sur ses mots, assis derrière son piano. Anthony Khoury, la voix du groupe, a ce charisme mélancolique qui vous entraîne dans une nostalgie inattendue. La sienne d’abord. Devant un public trié sur le volet en ce jeudi 15 octobre, en raison du Covid-19, « 160 personnes exactement », ou seul à seul, le chanteur a cette même révolte calme, l’œil obscur, une espèce de solitude qu’il vous invite à partager pour un instant ou un concert. Et même lorsqu’il doit se défendre des attaques de certains fans et spectateurs choqués de voir « trop de monde », ce soir-là, réunis sur la terrasse du Saint-Georges, dans ce qui devait être un « concert privé pour les journalistes et les quelques amis », il répond calmement : « Même si je n’ai pas de raisons de me justifier, je vais expliquer ce qui s’est passé. » Les faits : un concert annoncé, fin septembre, « quand la crise sanitaire était encore gérable », des tickets, « 500 » vendus en quelques heures puis un nouveau lockdown annoncé, « mais pas à Beyrouth », et un concert revisité. « Nous avions droit à 300 personnes, nous en avons gardé 160, les journalistes, les sponsors et quelques amis. À l’entrée, nous avons distribué des masques pour ceux qui n’en avaient pas et du gel. Après, c’était difficile de retenir les gens et de les empêcher de s’avancer. Ils étaient heureux d’être là, et tellement en manque de musique et de ce genre de moment... Nous avions espéré quand même un minimum de responsabilité individuelle. » Passées les controverses et les déceptions de ceux qui ont dû rendre leurs billets et être remboursés, arrêt sur le concert, diffusé en direct sur Anghami, plus court que d’ordinaire, Covid oblige, mais intense. Joey Abou Jaoudé à la guitare électrique, Gio Fikany à la basse, Nicolas Hakim aux percussions et, bien sûr, Anthony dans le décor réel d’une ville illuminée, « comme si rien ne s’était passé », a souligné ironiquement le chanteur. Dans un hymne, un hommage à Beyrouth blessée, la musique est lancée sur, évidemment, Yeb’a enna, d’une étonnante actualité. « Nous avions une guerre qui a brûlé nos cœurs… Nous avons vu l’obscurité tellement que nous avons vieilli. Si je devais mourir, je ne voudrais pas le faire pour des rois ou des frontières que des rois se sont partagées… »

Leurs plus belles chansons, entonnées presque religieusement par un public de jeunes, ceux de la thaoura, avaient toutes, ce soir-là, une résonance particulière teintée de rage.

Un miniconcert sur la terrasse du Saint-Georges le 15 octobre. Photo Millimeter Pro

Messages personnels

De Yeb’a enna à Baad enna, leur dernier single, de ce qui n’est plus à ce qui reste encore, trois années se sont écoulées. « Nous en sommes revenus avec une certaine désillusion, mais aussi une plus grande détermination. » Dans ce premier titre qui fait partie des 11 de l’album Aada’ (Ennemis), « nos ennemis, les gens au pouvoir, précise-t-il, nous avons voulu donner de l’espoir, dire qu’on peut encore changer les choses ». Le clip, sorti la semaine dernière, diffusé en boucle sur les réseaux sociaux et les télévisions locales, et réalisé par Élie Salamé, met en scène un groupe de jeunes détenus dans une prison souterraine avant de se libérer et de traverser une ville effondrée et qui brûle. Adonis a trouvé dans sa coopération avec la Fondation Friedrich Ebert Stiftung, la partenaire idéale pour défendre la liberté d’expression, la démocratie et la justice. « Vous pouvez brûler nos livres, ils deviendront de la cendre, brûler notre ville et nos cœurs, brûler notre voix, elle sera plus forte… »

Dans ce nouvel album clairement plus sombre, les quatre musiciens ont décidé de prendre des risques, d’oser l’arabe littéraire (dans Thoqb assouad ), la noirceur, une direction et une orchestration plus « radicales », sans altérer leur style ni cette poésie de la mélodie et des mots qui font leur succès. « Ce sont toujours des histoires d’amour que je raconte, les miennes ou celles d’amis. Mais dans un contexte social ou politique qui sert de toile de fond et qui permet à la chanson de ne pas vieillir, de rester d’actualité des années plus tard. » Et quand on lui demande s’il a pensé partir après cette année désespérante et le séisme du 4 août, Anthony répond, le regard déjà parti ailleurs : « Non… Je voyage plus souvent, je pars bientôt pour New York et Paris pour finaliser l’album et pour me ressourcer. Mais je reste… Il y a tellement à faire si nous voulons bâtir quelque chose qui ressemble à un pays… »

Adonis en quelques titres

Albums

Daw el-baladiyyé

Men chou btechki Beyrouth

Nour

12 sa3a Aada’ (sortie prévue en décembre).

Top 5 de la rédaction

Al-Khafif

Yeb’a enna

La bel haki

Eza chi nhar

Ma betmannalak.


Dans ce café, son regard est un peu comme celui qu’il dépose sur ses mots, assis derrière son piano. Anthony Khoury, la voix du groupe, a ce charisme mélancolique qui vous entraîne dans une nostalgie inattendue. La sienne d’abord. Devant un public trié sur le volet en ce jeudi 15 octobre, en raison du Covid-19, « 160 personnes exactement », ou seul à seul, le chanteur a...

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