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Tunnels du troisième type

Les galeries souterraines, qui permettent de surgir, tel un diable de sa boîte, en territoire ennemi, c’est en somme le cheval de Troie des guerres modernes. Les plus célèbres de ces tunnels sont ceux que s’acharne à creuser, depuis des décennies, la Corée du Nord, sous la zone démilitarisée qui la sépare de sa jumelle du Sud. Au total, une vingtaine de ces ouvrages, renforcés de dalles de béton, éclairés et équipés de rails, ont été repérés à ce jour, et il m’a été donné de visiter l’un d’eux, promu en véritable musée.


Plus près de nous, les tunnels du Hamas à Gaza n’ont cessé, eux non plus, de faire parler d’eux. Direction Égypte, une large autoroute pour la contrebande ; et direction Israël, un appréciable raccourci pour la guérilla. Plus près encore, les fameux tunnels du Hezbollah, régulièrement dénoncés par Israël, continuent d’occuper une bonne partie de l’actualité locale et régionale : et, avec eux, les entrepôts d’armes et de munitions – et même les ateliers de mise à niveau de missiles – que le Hezbollah aurait aménagés, aussi bien en sous-sol qu’en surface.


Il est cependant d’autres voies, non moins souterraines, que peuvent être amenés à emprunter même les États ou groupes armés les plus radicaux : la crypto-diplomatie. C’est grâce à elle, à son patient et discret travail de fourmi, que le président américain Nixon brisait un tabou historique en se rendant en Chine populaire et que son lointain successeur Trump s’en allait échanger un shake-hand avec Kim Jong-un. Plus près de nous, on y revient, c’est elle qui, entre autres spectaculaires événements, a pavé la voie au voyage de l’Égyptien Sadate à Jérusalem et aux accords israélo-palestiniens d’Oslo. Or, sans encore prétendre mener aussi loin, la voilà qui fait mine de pousser une pointe du côté de chez nous…


En couronnement de toutes les crises dans lesquelles il se débat, voici d’abord que l’État libanais (ou ce qui en reste) se met en hibernation et ne vit, depuis des mois, que dans l’attente des retombées qu’aura, localement, un éventuel New Deal irano-américain. Engagée dans l’ombre, transitant notamment par le sultanat d’Oman, la négociation attend elle-même l’issue de l’élection présidentielle US ;

néanmoins, d’autres canaux demeurent actifs et impliquent même des échanges de bons procédés. C’est à l’as des services libanais, le chef de la Sûreté Abbas Ibrahim, que l’Amérique a fait appel pour emmancher un dialogue direct avec la Syrie, visant à la libération d’un de ses ressortissants détenu pour espionnage. Mais, surtout, c’est à plus d’une éventualité que l’actuelle médiation US entre le Liban et Israël ouvre la porte.


La négociation de Nakoura, Washington ne s’est certes pas privé certes de la citer, toutes proportions gardées, dans la foulée de ces incontestables succès diplomatiques que sont les récents accords de paix entre l’État hébreu et des royaumes arabes du Golfe. D’un accord sur la délimitation de la frontière maritime libano-israélienne, on n’en escompte pas moins des progrès ultérieurs sur d’autres chapitres du lourd contentieux existant entre les deux États : une fois entamée l’exploitation du filon pétrolier et gazier de Méditerranée, tout recours à la guerre deviendrait en effet impensable.


Ces arrière-pensées et non-dits ne sont certes pas l’apanage de l’Oncle Sam, en dépit des précautions de style dont s’entoure le bord libanais. Pour strictement indirecte, technique et en aucun cas politique que soit, pour Beyrouth, la négociation, elle reste le fait d’une autorité libanaise incluant forcément, absolument, le Hezbollah. La milice le sait bien, Israël le sait. Last but not least, les États-Unis, à leur tour, ne sauraient feindre de l’ignorer, même quand ils édictent des sanctions, même quand ils exigent d’exclure le parti de Nasrallah du prochain gouvernement libanais.


En ce début d’automne, c’est toute une brassée de feuilles de vigne qui est peut-être appelée à tomber.


Issa Goraieb

[email protected]


Les galeries souterraines, qui permettent de surgir, tel un diable de sa boîte, en territoire ennemi, c’est en somme le cheval de Troie des guerres modernes. Les plus célèbres de ces tunnels sont ceux que s’acharne à creuser, depuis des décennies, la Corée du Nord, sous la zone démilitarisée qui la sépare de sa jumelle du Sud. Au total, une vingtaine de ces ouvrages, renforcés...