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Culture - 7e ART

Un plan de secours français pour le cinéma libanais

Le président du Centre national français du cinéma et de l’image animée (CNC) Dominique Boutonnat a lancé le 14 octobre, depuis le musée Sursock, un fonds d’urgence au profit du secteur cinématographique libanais affirmant encore une fois que la France se tient auprès des Libanais.

Un plan de secours français pour le cinéma libanais

Dominique Boutonnat, président du CNC, Anne Dominique Toussaint, productrice française, et Mathieu Fournet, directeur des affaires européennes et internationales au CNC. Photo Michel Sayegh

Accompagné de Mathieu Fournet, directeur des affaires européennes et internationales au Centre national du cinéma et de l’image animée en France (CNC), ainsi que de la productrice Anne-Dominique Toussaint, Dominique Boutonnat, à la tête du CNC depuis 2019, a effectué à Beyrouth trois jours de rencontres, de mises au point, d’états des lieux, de constats divers pour lancer un plan de secours pour le cinéma libanais.

« En application concrète des engagements de la France à venir en aide aux Libanais dans tous les secteurs, à la suite de l’explosion du 4 août et à la demande du président de la République française aux mois d’août et de septembre, il nous paraissait évident, à nous responsables du CNC, d’être au chevet du secteur cinématographique », confie Dominique Boutonnat pour qui il était important, dans le cadre de ce soutien aux producteurs et créateurs, de venir à Beyrouth et d’aller à la rencontre des acteurs du secteur, sur place. « Il fallait voir l’état du secteur ainsi que toucher du doigt les besoins et nécessités, et travailler avec eux sur le dispositif mis en place, poursuit-il. Bien sûr, cette visite s’inscrit après celle du président Macron, mais aussi dans le cadre de la proximité entre la France et le Liban, et spécifiquement dans le cadre du soutien au secteur cinématographique. »


Dominique Boutonnat : « Pour une restructuration totale du secteur cinématographique. » Photo Michel Sayegh


Un dispositif exceptionnel

« Il fallait signifier aux producteurs et auteurs – et c’est pour cette raison qu’Anne Dominique Toussaint est là, car elle connaît bien le milieu cinématographique libanais – que nous sommes à leurs côtés, renchérit Mathieu Fournet. Certes, il y a déjà une proximité entre les deux secteurs libanais et français qui s’est matérialisée depuis un certain temps par un accord bilatéral de coproduction , des coopérations en matières de résidences et des relations avec les organismes ou collectifs libanais : La Fondation Liban Cinéma , Beirut DC ou Metropolis et bien entendu une articulation avec les actions soutenues par l’Institut français. Mais l’idée était d’être sur place et de comprendre les problèmes réels qui ont surgi après l’énorme explosion du 4 août. » Ainsi, ajoute Fournet, ce dispositif « est vraiment spécial pour le Liban. Il est exceptionnel. C’est un dispositif d’aide qui ne s’insère pas du tout dans le système habituel pour les autres pays. Les aides sont versées aux sociétés de production libanaises pour les dépenses qu’elles souhaitent au Liban, sans obligation d’avoir un coproducteur français ».

Une restructuration totale

Concernant les détails de la stratégie, Boutonnat précise qu’elle s’étale sur trois phases : « En premier lieu, la mise en place d’un dispositif d’urgence, ce qui est déjà fait. Il faudrait par la suite enrichir nos dispositifs existants et enfin, en troisième lieu, demander ce qu’on peut faire d’autre pour aider en apportant l’expérience et l’expertise du CNC. On proposerait donc une structuration commune du secteur pour aider au mieux la production locale en créant en parallèle une équipe pour accompagner cette restructuration. »

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Depuis qu’ils ont débarqué à Beyrouth, les trois responsables et producteurs sont à pied d’œuvre. Le dispositif d’urgence n’a pas tardé à être lancé. « C’est au musée Sursock que nous avons annoncé la mise en place immédiate d’un fonds d’aide de 300 000 euros à la production libanaise. Dès aujourd’hui donc, sur le site du CNC, tous les producteurs peuvent se renseigner et soumettre leurs projets en cours (en développement, en production ou en postproduction) et qui ont été arrêtés, interrompus par manque de personnel ou à cause de dégâts survenus dans les locaux de sociétés de. » Mathieu Fournet précise également que les producteurs peuvent candidater dès aujourd’hui et jusqu’au 5 novembre. « Une commission de professionnels franco-libanais, présidée par Anne Dominique Toussaint, se réunira d’ici au début décembre pour que les aides soient mises en place dès la fin de l’année et accompagner le secteur afin de redémarrer les tournages. »

La productrice française d’origine belge, Anne Dominique Toussaint, qui a produit entre autres les films Caramel et Et maintenant on va où? de Nadine Labaki, s’est engagée à animer un groupe de réflexion pour voir comment accompagner le secteur dans son ensemble. « Cette commission, dit Toussaint, est constituée d’une petite formation de six professionnels : trois Libanais et trois Français. Ces professionnels libanais et français confronteront leurs expériences et nous réfléchirons ensemble sous l’égide du CNC qui nous apportera l’expertise. En parallèle, nous allons élargir cette commission et demander à tous les leaders du secteur de se réunir pour penser ensemble le futur du cinéma libanais sans se préoccuper s’ils sont de la même famille d’artistes. Ce seront de vrais leaders du secteur comme Nadine Labaki, Joana Hadjithomas, Hania Mroué, Éliane Raheb et les producteurs Georges Schoucair, Antoine Khalifé, Jad Abi Khalil… Cela fait quinze ans que je connais le Liban, son cinéma, son évolution et ses arrêts, ajoute la productrice. J’ai perçu durant cette période beaucoup d’espoir et énormément d’énergie. L’industrie du cinéma peut être pérenne et des talents peuvent émerger et devenir forts internationalement. Par ailleurs, indique-t-elle, je tiens à mettre l’accent, en tant que productrice, sur l’incroyable rapidité et efficacité de la réponse du CNC par rapport à ce drame. »

Un échange

La démarche n’était pas, en effet, gagnée d’avance, surtout que la France vit aussi à l’heure actuelle des problèmes nationaux graves comme la recrudescence du coronavirus et des mesures plus strictes de confinement. « Il était cependant important d’être là, dit Fournet pour mettre ce plan de relance qui a été pensé aussi en intégrant la dimension internationale de la France et son rôle pivot dans la coproduction du cinéma d’auteur dans le monde entier. »

Le directeur des relations internationales au CNC espère « que la société libanaise comprenne un jour l’importance des industries culturelles et ce qu’elles représentent pour un pays, pour la jeunesse et pour la construction d’une nation ».

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« Certes, nous ne sommes pas dans le même niveau de crise que les Libanais, signale de son côté Boutonnat, mais cette rencontre entre la France et le Liban a plus l’allure d’un échange. Cela nous donne autant d’énergie qu’aux Libanais et pour reprendre les propos du président Macron, “la restructuration se fera par la culture”. C’est fondamental. » « C’était intéressant, poursuit le président du CNC, que malgré le découragement de certains professionnels du métier, la plupart ont encore la flamme en eux. Ils se sont montrés d’ailleurs très positifs et accueillants. » Et de poursuivre : « Nous vivons une période charnière dans le monde vis-à-vis de la création cinématographique et audiovisuelle. Si on la prend bien, on ouvre une nouvelle ère de création et de diffusion. Le cinéma restera toujours diffusé à travers le cinéma en salle mais aussi sur les plates-formes internationales. Ce qui pourrait faire circuler les œuvres indépendantes de qualité française, européenne ou libanaise. Il faut profiter de cette fenêtre. »

Et Dominique Boutonnat de conclure : « Nous avons besoin de ce cinéma libanais au niveau mondial. C’est une richesse à nos yeux. La création cinématographique est un vecteur fort et je suis convaincu qu’il restera un médium culturel fort. Nous veillerons à cela. Après tout la création cinématographique française est un peu notre ADN. »

Pour de plus amples informations sur le dispositif d’urgence consulter le : https://www.cnc.fr/professionnels/fonds-durgence-pour-le-liban_1340252


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