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(Co)vide intégral

Non contente d’engorger les hôpitaux et de peupler les cimetières, la pandémie a bouleversé de fond en comble la vie quotidienne de l’humanité toute entière. Elle a désorganisé les sociétés les mieux administrées sans épargner parfois les gouvernants, et non des moindres. Ce passe-partout de virus est même devenu matière à campagne électorale. On a pu voir ainsi un Donald Trump à peine convalescent se poser en Superman, distribuant des masques à ses fans comme le ferait de ses autographes une star du showbiz, brûlant de se plonger dans les foules de Floride et d’embrasser tout le monde.


Sans donner lieu à de telles outrances, le coronavirus a divisé les gouvernants entre adeptes de la prudence sanitaire et avocats d’une relance de l’activité économique ; après celle des bars et restaurants, voici que la question des sacro-saintes vacances fait débat au sein du gouvernement français, en attendant d’être tranchée au niveau le plus haut. Mais à l’ombre du vide institutionnel où patauge lamentablement le Liban, quelle autorité a-t-elle été en mesure d’harmoniser les consignes contradictoires émises dernièrement par les ministères de l’Intérieur et de la Santé ? Encore plus d’actualité, qui donc va mettre d’accord l’Intérieur qui boucle des dizaines d’agglomérations et l’Éducation, qui décrète la réouverture des écoles ? De plus en plus fort, qui va arbitrer le conflit de compétences surgi entre le président de la République et le Premier ministre démissionnaire autour du choix des négociateurs libanais aux pourparlers avec Israël qui débuteront ce matin à Nakoura ?


Comme le veut la triste tradition et en dépit de l’acuité de la crise, la formation d’un nouveau gouvernement n’échappe guère à tout cet hallucinant déploiement de flou artistique. Sans attendre les consultations parlementaires prévues pour demain, et qui visent à désigner un nouveau Premier ministre, Saad Hariri se comporte déjà comme le lauréat sans rival du concours. Des diverses formations politiques, il exige publiquement une adhésion claire et nette à la feuille de route esquissée par le Français Emmanuel Macron et dont il se présente comme le dépositaire agréé. Plus discrètement, il serait toutefois disposé à associer ces mêmes forces à la sélection des spécialistes, théoriquement non partisans, qui rejoindront son équipe.


Malgré tout cet étalage de casuistique, le retour du leader sunnite au Sérail ne promet guère d’être une promenade, et pas seulement parce que cette perspective n’enchante guère les rebelles qui, en octobre dernier, le forçaient au départ. Comble d’ironie, Saad Hariri jouit aujourd’hui du soutien plus ou moins déclaré de ses rivaux du tandem chiite Amal-Hezbollah ; mais il se trouve décrié par ses anciens alliés au sein du 14 Mars, auxquels s’ajoutait hier le chef du courant présidentiel, dans une diatribe tous azimuts prononcée pour la 30e commémoration de l’éviction, par la force, du général Michel Aoun.


La 30e, on a bien lu. Mais comment peut-on persister à tirer gloire d’un épilogue aussi peu reluisant qu’une sanglante défaite militaire suivie d’un long exil et d’une mainmise syrienne sur l’intégralité du territoire national ? Parce que nous vivons dans un pays accablé de crises, appauvri, atteint d’une hémorragie de cerveaux et de jeunes, mais où l’idéalisation des aventures et mésaventures du passé tient lieu de vision d’avenir. Un pays qui, lors de la guerre de 2006, a écopé de 1 200 morts ( presque tous des civils ), de près d’un million de déplacés et de destructions massives, contre quelques dizaines de soldats ennemis. Un pays où l’on trouve pourtant moyen de célébrer, bon an mal an, la victoire divine.


Issa GORAIEB

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Non contente d’engorger les hôpitaux et de peupler les cimetières, la pandémie a bouleversé de fond en comble la vie quotidienne de l’humanité toute entière. Elle a désorganisé les sociétés les mieux administrées sans épargner parfois les gouvernants, et non des moindres. Ce passe-partout de virus est même devenu matière à campagne électorale. On a pu voir ainsi un Donald...