Les fournisseurs présenteront désormais des preuves, à la BDL, de la vente des désinfectants aux hôpitaux et non aux supermarchés. Issam Abdallah/Reuters
Le secteur médical a failli se retrouver, une fois de plus, face à une nouvelle crise. Il y a une semaine, les importateurs de matériel médical découvraient que la Banque du Liban (BDL) avait levé les subventions sur les produits désinfectants à destination des hôpitaux, sans les prévenir au préalable, ce qui a poussé ces derniers à élever la voix. La BDL est cependant revenue hier sur cette décision controversée, à l’heure où le Covid-19 fait rage dans le pays, après que les fournisseurs soient montés au créneau. Salma Assi, présidente du syndicat des importateurs de matériel médical, assure à L’Orient-Le Jour qu’un accord a finalement été trouvé avec la Banque centrale pour que les produits désinfectants continuent d’être subventionnés.
« La BDL a été coopérative. L’accord consiste à ce que les importateurs de produits médicaux présentent désormais des preuves de la vente des désinfectants importés aux hôpitaux et non aux supermarchés. De cette manière, ils pourront continuer à bénéficier des subventions de la BDL », indique-t-elle à L’OLJ. La présidente du syndicat raconte par ailleurs que les importateurs avaient appris par hasard, il y a une semaine, au moment de toucher des subventions pour des factures présentées il y a six mois, que les désinfectants destinés aux hôpitaux n’étaient plus subventionnés. « Ils ont découvert que des désinfectants vendus il y a six mois au taux de 1 500 livres libanaises pour un dollar ne bénéficiaient plus du soutien de la BDL. C’est pour cette raison que notre syndicat est monté au créneau et a menacé de faire grève cette semaine », révèle-t-elle, tout en dénonçant le fait « que la BDL prend des décisions sans en avertir le syndicat ». Mme Assi assure en outre que la BDL maintient, pour l’heure, les aides à l’achat des équipements médicaux dans l’absolu. Le matériel médical est subventionné à travers la circulaire 530, qui garantit aux importateurs un taux de change de 1 507,5 livres le dollar, à hauteur de 85 % du montant des factures présentées. Le syndicat est loin cependant d’être au bout de ses peines. Il a appris hier que la BDL compte demander que 85 % des factures soient désormais déposées en dollars frais, alors qu’elles étaient auparavant réglées par chèque ou transfert. « Nous voilà face à un nouveau problème qu’il va falloir régler au plus vite. Aucun hôpital ou banque ne nous réglera 85 % de la facture en dollars et en espèces », soupire Mme Assi.
« Scénario catastrophique »
En fait, c’est tout le secteur médical et hospitalier qui retient son souffle. Sleimane Haroun, président du syndicat des hôpitaux privés, met en garde contre toute levée éventuelle des subventions bénéficiant au secteur hospitalier, à l’heure où la BDL tente de faire des économies dans un contexte de crise aiguë. « Une telle décision pourrait être très dangereuse dans le contexte actuel », déclare-t-il à L’OLJ. « Les produits de stérilisation employés en milieu hospitalier n’ont strictement rien à voir avec ceux destinés à l’entretien des maisons, rappelle M. Haroun. Si ces produits ne sont plus subventionnés, leurs prix seront multipliés par 5 ou 6 et les hôpitaux ne pourront plus se les procurer, à moins de les payer en dollars ou au prix du marché noir. Cette situation pourrait mettre en danger la sécurité des patients », explique-t-il.
M. Haroun donne différents exemples de l’impact que pourrait avoir une levée des subventions sur d’autres équipements médicaux. « Une prothèse pour la hanche coûte aujourd’hui 12 à 13 millions de livres. Sans subventions, elle sera facturée à 60 ou 70 millions de livres. Une angioplastie est pratiquée à 10 millions de livres à peu près. Si les aides sont levées, on pourrait se retrouver à payer 60 millions de livres pour une telle opération, ce qui est absolument impensable », lâche-t-il. « Je n’arrive pas à m’imaginer le scénario catastrophique vers lequel nous pourrions nous diriger. Sans subventions, plus aucun patient ne pourra se faire soigner », prévient M. Haroun.
Un autre problème qui tiraille également le secteur de la santé est celui d’une possible levée des subventions sur les médicaments. Cette éventualité a provoqué une ruée, ces derniers jours, sur les pharmacies, de crainte d’une pénurie ou d’une hausse démesurée des prix. Contacté par L’OLJ, le président du syndicat des importateurs de médicaments, Karim Gebara, s’est voulu rassurant. « L’impression qui se dégage, après d’intenses contacts menés ces derniers jours, c’est qu’il y aura une réduction des subventions et non pas un arrêt total des aides, dans le but de protéger le patient et le secteur pharmaceutique », révèle-t-il, assurant qu’un plan d’action sera bientôt mis en place, en coopération avec le ministère de la Santé.


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14 h 51, le 10 octobre 2020