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Il y a un an comme aujourd’hui

Il y a un an comme aujourd’hui

Un an. Un an aura suffi pour que nos vies se soient définitivement transformées. Plus rien ne ressemble à avant. Et si on doit faire un bilan, à l’aube du premier anniversaire de la révolution, on ne peut que constater que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Si on revient en arrière et qu’on se projette au 10 octobre 2019 plus exactement, on a cette étrange sensation de ne plus se rappeler comment étaient nos vies auparavant. De ne plus s’en souvenir, tellement cette année écoulée a été intense. Et même si certaines constantes ont persisté, comme un métier ou un mariage, on ne peut quasiment plus rien faire comme par le passé. Plus rien. Tout a changé. Nos modes de vie, nos plans, notre manière de consommer. Il y a un an, la vie suivait son cours normal. Avec ses coups durs et ses mauvais tours certes, mais de façon linéaire. Les enfants allaient à l’école, le dollar valait 1 500 livres. Ceux qui le pouvaient organisaient leurs voyages de l’année, décidant de visiter Madrid ou de faire un saut à Paris. D’autres préparaient l’entrée à l’université de leurs aînés, mettaient de l’argent de côté, achetaient une voiture et faisaient des plans d’avenir. On sortait régulièrement boire un verre, on continuait à aller à la plage puisque c’était l’été indien, on faisait les magasins puisque la nouvelle saison d’habits venait de tomber. On retapait la salle de bains, achetait de nouveaux rideaux. Les discussions étaient variées et oscillaient entre potins, jérémiades, histoires d’amour ou de séparation, augmentation de capital, nouveau boulot ; et parfois, pour certains (allez comprendre), émergeait le sujet du Nouvel An. Bref, une vie somme toute classique, en fonction de nos moyens.

Un an plus tard, même si certaines habitudes se perpétuent encore, nos vies ne sont drastiquement plus les mêmes. Entre la thaoura, l’effondrement de l’économie, la pandémie et l’explosion au port de Beyrouth, nous sommes entrés dans une vie que l’on pourrait qualifier de parallèle, sauf que malheureusement, elle ne l’est pas. Il n’y aura pas de possibilité d’un retour en arrière. Ni la possibilité de rêver notre avenir en comparaison avec notre passé. Nos vies d’avant appartiennent définitivement à ce passé-là. Si le monde entier réussit tant bien que mal à s’adapter aux conséquences de la pandémie, pour nous, les conjonctures sont différentes. Il y a le Covid-19 et, avec lui, le télétravail, l’école en distanciel, le port du masque et la peur de l’attraper, surtout au vu des chiffres d’aujourd’hui ; mais il y a aussi tout le reste. Il y a cette incrédulité face aux prix dans les supermarchés et les magasins, la disparition de certains produits, l’absence de médicaments, les tentatives d’arnaque de certains fournisseurs, la parité de la livre, l’impossibilité d’accéder à nos dollars, la difficulté de voyager non seulement à cause de la fermeture des frontières due à la situation sanitaire, mais aussi parce que l’argent se fait plus rare et qu’on ne peut plus utiliser nos cartes de crédit à l’étranger. L’impossibilité pour beaucoup d’inscrire leurs enfants à l’université, de les faire partir parce que ici c’est trop compliqué ou trop cher, et une fois de plus, faute de pouvoir utiliser ses économies. L’impossibilité de se projeter ou de faire des plans puisqu’on ne sait pas ce que nous réservent les crapules qui nous gouvernent. L’impossibilité de vivre normalement, comme n’importe quel otage, les poings liés, la tête enfouie dans une cagoule avec une demande de rançon trop élevée. Beaucoup trop élevée…Et au-delà de ces grands problèmes qui vont de l’existentiel à la survie, il y a aussi ce que l’on subit au quotidien. Ce quotidien bouleversé jusqu’à la moelle et infecté d’une série d’humiliations. Il y a nos discussions qui ne sont plus libres puisqu’elles tournent très et trop souvent autour des mêmes sujets. Guérir, partir, rester, se battre, abandonner, ne pas dépenser. Il y a ces gens qui sont partis et qui ne reviendront plus ; ces gens qui sont restés et qui ne sourient plus. Et il y a, heureusement, ces gens qui ont compris que lorsque le vent tournait, lorsque l’histoire était chamboulée, lorsque tous les ordres établis volaient en éclats, il fallait se réinventer. Réécrire nos vies et prendre la vague, même si c’est celle d’un tsunami, malgré tous les risques qu’elle engendre. Et ce sont ces gens-là, ces Libanais-là, qui nous permettront de naviguer différemment et de ne plus parler du 31 décembre. Parce que désormais, le Nouvel An, c’est le 17 octobre.


Un an. Un an aura suffi pour que nos vies se soient définitivement transformées. Plus rien ne ressemble à avant. Et si on doit faire un bilan, à l’aube du premier anniversaire de la révolution, on ne peut que constater que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Si on revient en arrière et qu’on se projette au 10 octobre 2019 plus exactement, on a cette étrange sensation de ne...

commentaires (4)

Tous les désastres et les catas se sont abattus sur le pays depuis le 17 oct dernier . Quelle coïncidence de mauvais augure . D'ailleurs la thaoura s'est effiloché faute de coordination des revendications , qui plus est les petits ambitions qui s'arrachaient le leadership du mouvement contestataire dans un espoir "sans espoir" de franchir le seuil de l'hémicycle.

Hitti arlette

15 h 08, le 10 octobre 2020

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Commentaires (4)

  • Tous les désastres et les catas se sont abattus sur le pays depuis le 17 oct dernier . Quelle coïncidence de mauvais augure . D'ailleurs la thaoura s'est effiloché faute de coordination des revendications , qui plus est les petits ambitions qui s'arrachaient le leadership du mouvement contestataire dans un espoir "sans espoir" de franchir le seuil de l'hémicycle.

    Hitti arlette

    15 h 08, le 10 octobre 2020

  • "... comme n’importe quel otage, les poings liés, la tête enfouie dans une cagoule avec une demande de rançon trop élevée. ..." sauf que la rançon a déjà été payée. Ils espèrent peut-être en tirer encore plus?

    Gros Gnon

    12 h 26, le 10 octobre 2020

  • ATTENTION: le texte est en double...

    NAUFAL SORAYA

    06 h 44, le 10 octobre 2020