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Éclairage

Haut-Karabakh : les raisons de l’engagement poussé d’Ankara

Alors que la Turquie est plus active que jamais dans le conflit qui oppose les séparatistes proarméniens au gouvernement de Bakou, sa position cache ses innombrables intérêts dans le Caucase.

Haut-Karabakh : les raisons de l’engagement poussé d’Ankara

Photo d’archives datant du 26 juin 2012, lors d’une conférence de presse commune entre Recep Tayyip Erdogan (à droite) et le président azéri, Ilham Aliyev. Murad Sezer/Reuters/File Photo

Pour le président arménien, la conclusion est sans appel : Erdogan est bel et bien responsable des affrontements qui secouent la région du Haut-Karabakh. « Sans l’engagement actif de la Turquie, cette guerre n’aurait pas commencé », a dénoncé mardi Nikol Pachinian à propos de l’appui d’Ankara à Bakou, dans le Caucase.Depuis la reprise des hostilités dans l’enclave séparatiste le 27 septembre, la Turquie est omniprésente sur le front caucasien. Recep Tayyip Erdogan s’investit auprès de son allié azéri comme il ne l’a jamais fait auparavant. Par les mots, certes. Ankara a récemment multiplié les déclarations hostiles envers l’Arménie, la qualifiant notamment « d’État voyou ». Mais aussi et surtout par les armes, en apportant un puissant renfort. Le pays aurait en effet envoyé sur le terrain ses mercenaires recrutés en Syrie, en plus de la fourniture aux combattants azéris de matériel militaire moderne tel que ses drones armés Bayraktar TB2 déjà utilisés en Syrie et en Libye.

Pourquoi Ankara s’engage t-il maintenant ? Pour Soner Cagaptay, spécialiste de la Turquie au sein du Washington Institute, la présence renforcée de la Turquie dans le Caucase s’explique par sa volonté de lutter contre son isolement au Moyen-Orient en conquérant un nouveau front. « La Turquie a compris qu’elle s’en sortirait mieux si elle abandonnait ses ambitions de devenir un petit pays replié sous l’influence européenne et si elle se tournait plutôt vers le Moyen-Orient pour devenir leader de ses voisins à majorité musulmane », explique à L’Orient-Le Jour le chercheur.

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Présente sur tous les fronts – en Syrie, où elle soutient les rebelles opposés au gouvernement de Damas ; en Libye, où elle s’affiche aux côtés du Gouvernement d’union nationale (GNA) ; ou encore en Irak, où elle combat les troupes kurdes dans le nord du pays –, la Turquie semble cependant compter plus d’adversaires que d’alliés dans la région. « Le dirigeant turc fait dernièrement pression sur ses voisins : la Grèce, Chypre, la Syrie ou encore la Libye. À cet égard, l’attitude du président s’inscrit dans un modèle plus large de politique étrangère agressive menée envers ces pays », indique Soner Cagaptay. En outre, l’Égypte, mais aussi l’Irak et l’Iran, qui contestent l’influence de la Turquie dans la région, lui sont majoritairement hostiles. Face à ce constat, Recep Tayyip Erdogan tente d’avoir une nouvelle carte à jouer pour peser sur la scène internationale, en particulier face à la Russie, devenue un acteur diplomatique central au Moyen-Orient. Car Moscou exerce lui aussi un rôle important sur le terrain du Haut-Karabakh. Traditionnelle alliée de l’Arménie, la Russie a toujours occupé une position de premier plan dans la médiation en vue de régler le conflit au Caucase. Une situation que Recep Tayyip Erdogan espère changer grâce à un regain d’influence, avec pour objectif, peut-être, de retrouver la place qu’occupait l’Empire ottoman dans la région un siècle auparavant. « Le président turc se tourne vers d’autres zones géographiques pour y rechercher la grandeur. C’est ce que j’appelle l’empire d’Erdogan 2.0. Après avoir essuyé des échecs au Moyen-Orient, il se tourne maintenant vers l’Afrique de l’Est, les Balkans et l’Eurasie, dont fait partie l’Azerbaïdjan », note Soner Cagaptay.

Les intérêts économiques

S’ajoutent à cela des intérêts d’ordre économique. L’Azerbaïdjan a la main sur deux gigantesques champs d’hydrocarbures dans la mer Caspienne, ce qui explique l’attention portée par les puissances étrangères à ce conflit. Plusieurs pipelines partent de Bakou et traversent la Géorgie puis la Turquie (en prenant soin d’éviter l’Arménie) pour rejoindre la mer Méditerranée. C’est aussi ce qui explique l’intérêt d’Ankara pour la région, lui qui importe la quasi-totalité du pétrole et du gaz qu’il consomme. En août dernier, le pays a même annoncé avoir découvert en mer Noire « le plus grand » gisement de gaz naturel « de son histoire » avant d’indiquer sa volonté d’intensifier ses recherches en Méditerranée orientale malgré les tensions avec la Grèce et Chypre sur ce dossier.

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En Turquie, en tout cas, le sujet ne semble pas faire débat. « La position de Recep Tayyip Erdogan dans le conflit au Haut-Karabakh fait l’unanimité dans le pays à tous les niveaux du spectre politique. Ceci pourrait s’expliquer par l’attachement qui lie ce pays à l’Azerbaïdjan : leur langue et leur histoire commune, ainsi que leur connexion identitaire », explique à L’OLJ Sinan Ülgen, spécialiste des affaires internationales turques au Carnegie Europe à Bruxelles. Ainsi, le chef du Parti républicain populaire (CHP), principale formation de l’opposition turque, a récemment dénoncé le bombardement arménien de la ville de Ganja, située en Azerbaïdjan, qualifiant l’attaque de violation des lois internationales. Une position partagée par une partie de la population turque. « Le Haut-Karabakh a été sous occupation arménienne depuis 30 ans, alors même que cette enclave fait partie du territoire azéri. En tant que citoyenne turque, je ne peux qu’être d’accord avec le gouvernement car l’Azerbaïdjan est victime d’injustice », confie à L’OLJ Shaima Akyildiz, étudiante en architecture de 25 ans, avec des mots qui rappellent ceux de son président.

Jusqu’où Recep Tayyip Erdogan ira t-il dans son engagement au Haut-Karabakh ? Serait-il prêt à envoyer ses troupes dans l’enclave séparatiste pour ériger son pays au rang de puissance internationale ? Il s’agit en tout cas de la ligne rouge fixée par le groupe de Minsk, chargé par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) de la médiation dans ce conflit.


Pour le président arménien, la conclusion est sans appel : Erdogan est bel et bien responsable des affrontements qui secouent la région du Haut-Karabakh. « Sans l’engagement actif de la Turquie, cette guerre n’aurait pas commencé », a dénoncé mardi Nikol Pachinian à propos de l’appui d’Ankara à Bakou, dans le Caucase.Depuis la reprise des hostilités dans...

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Dans les années trente Hitler montait en puissance alors que le monde lui faisait des courbettes et lui offrait des concessions. N'est ce pas la même chose qui arrive avec le petit Sultan Erdogan qui se croit invincible dans son projet de reconstruction de l'empire Ottoman. Quand est ce que le monde libre va se coaliser et réagir avec force contre le plus grand danger que l'Europe et le monde vont devoir affronter? Pourquoi on laisse Macron porter seul l’étendard de la résistance? L'Histoire en tiendra compte.

Romulus Maximus

16 h 58, le 09 octobre 2020

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  • Dans les années trente Hitler montait en puissance alors que le monde lui faisait des courbettes et lui offrait des concessions. N'est ce pas la même chose qui arrive avec le petit Sultan Erdogan qui se croit invincible dans son projet de reconstruction de l'empire Ottoman. Quand est ce que le monde libre va se coaliser et réagir avec force contre le plus grand danger que l'Europe et le monde vont devoir affronter? Pourquoi on laisse Macron porter seul l’étendard de la résistance? L'Histoire en tiendra compte.

    Romulus Maximus

    16 h 58, le 09 octobre 2020