Roman

Dans un monde en colère, le fragile fanal de l’enfance et de l’amour

Dans un monde en colère, le fragile fanal de l’enfance et de l’amour

Brillant publicitaire, après avoir échappé de peu à une carrière de juriste, Grégoire Delacourt se révèle à l’âge de 50 ans jeune écrivain qu’un premier roman, L’Écrivain de la famille (2011), vendu à plus de 20 000 exemplaires, confirme prodige littéraire. Plus loin que Delerme qui faisait lui aussi le « pianiste dans un bordel », la pratique de la réclame rapproche l’auteur des désirs du commun des mortels tourmentés par une époque perverse. Des désirs simples, des envies de bonté, de bienveillance, de solidarité, d’histoires qui finissent bien. Des rêves aussi… ? Un jour viendra, promet Delacourt, comme le promettait Aragon dans ce poème à la fois terrible et adouci d’espérance inspiré de la guerre d’Espagne (et cette bouche absente, et Lorca qui s’est tu) : un jour, un jour. Un jour viendra, couleur d’orange ; le plus évident et le plus beau des titres. Parce qu’on a aussitôt envie de chanter avec la voix de Jean Ferrat à jamais posée sur ses rimes, l’élégie des poètes assassinés. Parce que la suite parle de palmes et de feuillages au front, et de ce « jour d’épaules nues où les gens s’aimeront ».

Même dans la colère (on l’a vu dans Mon père, terrible huis clos entre un prêtre et le père d’un enfant violé) Delacourt est un tendre. Un jour viendra couleur d’orange raconte d’abord un orage : la tempête des Gilets jaunes qui fond sur la France ou plutôt en surgit. À la sortie du roman en août dernier, l’auteur confie avoir voulu en premier, paradoxalement, raconter « une histoire d’amour d’enfant, parce que l’amour c’est l’espérance ». Ce mot qui sans cesse revient. Entre l’idée de l’écrivain et la réalité, les cris de désespoir dans les rues de Paris. En novembre 2018, rappelons-le, les Français en colère contre, en principe, l’augmentation du prix des carburants, commencent à bloquer les routes, après avoir pris soin d’endosser les gilets de sécurité présents dans chaque kit de sécurité dont sont équipés les véhicules. Cet uniforme insoupçonné, à portée de main, et ces mains qui se donnent, cette marée humaine partageant la même amertume, le même désarroi, pour Delacourt, c’est « une forme d’amour, et donc d’espoir ». Deux univers vont bientôt se croiser entre ses pages : cette pureté de l’enfance dont le récit l’habite, et la colère de ses compatriotes qui ne recherchent qu’un monde meilleur. Lui qui est désormais installé aux États-Unis reconnaît livrer dans ce nouvel ouvrage « une écriture nouvelle, plus engagée littérairement, impatiente, urgente, dégraissée pour aller au cœur du monde ». « Le fait d’être loin m’a fait écrire plus près », révèle celui qui se dit par ailleurs « un indécrottable optimiste ». Et ce roman, de la première à la dernière de ses 272 pages, conduit le lecteur vers un inéluctable qui n’est pas celui qu’il pense : celui d’un monde meilleur, le monde enchanté de l’enfance.

Geoffroy, 13 ans, est atteint du syndrome d’Asperger. Il organise son monde par chiffres et par couleurs, ce que reflètent la structure et les noms des chapitres du livre. Il va rencontrer Djamila, 15 ans. D’origine arabe, l’adolescente est très belle et subit la convoitise des hommes. La candeur de Geoffroy la fascine. Ils vont se porter bonheur et vivre, sur fond de grondements d’une France en colère, une véritable histoire d’amour qui va contribuer à adoucir les adultes qui les entourent, le père de Geoffroy, irascible et révolté, et sa mère, une femme douce qui ne comprend pas la violence du monde et travaille dans un service de soins palliatifs pour essayer d’apaiser les fins de vie. Les enfants sont ici un ferment d’espoir. Ils représentent « un chemin lumineux » qui permet à leur entourage de renouer avec le temps de l’enfance, celui des origines et de la pureté perdue.

Un jour viendra couleur d'orange de Grégoire Delacourt, Grasset, 2020, 272 p.


Brillant publicitaire, après avoir échappé de peu à une carrière de juriste, Grégoire Delacourt se révèle à l’âge de 50 ans jeune écrivain qu’un premier roman, L’Écrivain de la famille (2011), vendu à plus de 20 000 exemplaires, confirme prodige littéraire. Plus loin que Delerme qui faisait lui aussi le « pianiste dans un bordel », la pratique de la réclame...

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