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Écotourisme

Quand la grotte de la Qadicha fait peau neuve

Une entrée réhabilitée, un éclairage plus adéquat, des normes de sécurité beaucoup plus strictes... ce site naturel niché au cœur de Bécharré reçoit des centaines de visiteurs depuis août.

Quand la grotte de la Qadicha fait peau neuve

Une merveille de la nature, nichée sur les hauteurs de Bécharré, creusée dans les remblais naturels.

Moins célèbre que sa grande sœur de Jeïta, la grotte de la Qadicha, dans les hauteurs de Bécharré au Liban-Nord, n’en reste pas moins un des joyaux du patrimoine naturel. Elle a d’ailleurs récemment fait l’objet d’un projet de réhabilitation qui en a amélioré les normes environnementales et sécuritaires. Ce site a rouvert ses portes aux visiteurs depuis la mi-août.

La grotte avait grand besoin de cette remise à neuf de son infrastructure. Sur le conseil des spéléologues, elle était fermée depuis 2017 du fait qu’elle pouvait constituer un danger pour ses visiteurs, et que son aménagement à l’intérieur était nuisible à son environnement. L’éclairage inadéquat, les rampes déficientes, un générateur à l’entrée qui vomissait son CO2 dans la grotte… tout était à refaire. Le chemin extérieur qui menait vers son entrée était également insalubre et dangereux.

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« La grotte a bénéficié de deux projets de financement, qui ont permis d’en réhabiliter l’entrée, ainsi que l’aménagement à l’intérieur, explique Johnny Tawk, architecte et spéléologue, qui a supervisé la conception et l’exécution des travaux pour la municipalité du village. Le premier projet, financé en grande partie par l’USaid (à travers la Fondation Moawad) à hauteur de 200 000 dollars, en plus d’un budget de 40 000 dollars consacré par la municipalité, vient d’être terminé. Il avait été lancé en 2014 et a été clos en juillet dernier. Le second projet, qui a permis l’amélioration des conditions de visite de la grotte, avec un changement de l’éclairage et des rampes entre autres, a été mené en collaboration avec l’Unicef et l’Établissement de crédit pour la reconstruction (KFW, une institution publique allemande). »


Un nettoyage en profondeur du site.


Une histoire longue

Pour concevoir un projet de réhabilitation adéquat de ce site, connaître son histoire est essentiel. Découverte en 1903 après la grotte de Jeïta qui avait été repérée en 1836, la grotte de la Qadicha est quand même la plus ancienne à avoir été transformée en grotte touristique, dès 1926 – contre 1956 pour Jeïta. C’est un moine de la région qui a, le premier, posé les yeux sur cette merveille de la nature, un peu par hasard, après avoir suivi une source qui jaillissait de la terre et qui alimentait un cours d’eau. En 1920, trois habitants de Bécharré se sont aventurés plusieurs centaines de mètres à l’intérieur. La grotte de la Qadicha est le résultat d’une longue érosion karstique souterraine : elle présente un paysage féerique de stalactites et de stalagmites, ainsi que de nombreuses coulées. Son eau est plus froide qu’à Jeïta, avec une température plus ou moins constante de 7 degrés. Sa principale caractéristique géologique est qu’elle est creusée dans les remblais naturels, ce qui la rend instable par endroits et sujette aux effondrements. Elle ne contient pas de grosses chambres.

L’intérêt de la grotte pour l’alimentation du village en eau potable est très vite devenu une évidence. Dès 1923, Bécharré a construit un barrage hydroélectrique en contrebas de la grotte, en collaboration avec un ingénieur français, ce qui a nécessité de construire cinq petits lacs dans la partie la plus superficielle de la grotte, qui s’y trouvent toujours. Aurait-on fait les mêmes choix aujourd’hui ? Ce n’est pas sûr, mais ces lacs font toujours tourner les turbines de la petite centrale. Ils sont actuellement un témoin historique du début du XXe siècle, avec leurs câbles rongés par le calcaire.

Depuis 1926, les visites non supervisées ont laissé leurs traces sur la grotte, où l’on voit toujours des graffitis datant des années 40 à 60 environ. Durant la guerre civile, quand le chaos régnait, la grotte a été vandalisée plus d’une fois.


Des rampes pour la sécurité et des bancs pour profiter de la vue imprenable sur la vallée. Photos Johnny Tawk


Des lampes de 24 volts… contre 220 précédemment

La longue histoire de l’exploitation touristique et hydraulique de la Qadicha ainsi que ses caractéristiques naturelles ont marqué les travaux de réhabilitation. « La route menant vers la grotte a été totalement réhabilitée, avec des rampes qui en rendent l’accès beaucoup plus sûr qu’avant », explique Johnny Tawk.

À l’intérieur de la grotte, sur les 180 mètres ouverts actuellement au public, l’éclairage a été refait à neuf. « Nous avons utilisé des lampes LED spécialement conçues par une société spécialisée dans l’éclairage des grottes, précise l’architecte. Et, surtout, la lumière est froide et ne nuit pas à l’environnement humide de la grotte, avec une intensité maximale de 24 volts, alors que les lampes anciennes étaient de… 220 volts. Malgré tout cela, la grotte est aujourd’hui mieux illuminée qu’elle ne l’a jamais été ! »

Avec son collègue Chadi Chaker, ingénieur électrique et spéléologue, Johnny Tawk a dû s’adapter à la nature quelque peu instable de la grotte, installant les projecteurs là où c’était possible. L’autre petite révolution a été de convaincre les responsables locaux de la nécessité de bannir le générateur à mazout, et de prendre la seule décision logique : celle d’alimenter la grotte à partir de la petite centrale qui emploie son eau depuis des décennies pour faire tourner ses turbines…

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L’autre défi était représenté par le lac artificiel principal à l’entrée de la grotte. « Mal entretenu, il provoquait une infiltration de trente litres par seconde, dit-il. Nous avons dû en retravailler l’étanchéité, utilisant des produits non nuisibles pour l’eau. » Enfin, de nouvelles rampes ont été installées, pour plus de sécurité.

Des scouts ou des retraités

La grotte est donc rouverte au public depuis août, à la grande satisfaction du président du conseil municipal de Bécharré, Freddy Keyrouz. « Cette grotte est l’une de nos principales attractions naturelles et touristiques, sa réouverture représente une opportunité pour la municipalité comme pour la population », dit-il à L’OLJ. En raison de la crise du coronavirus, l’inauguration a été discrète : malgré cela, la grotte a attiré pas moins de 2 500 visiteurs durant les quinze jours d’août où elle était ouverte ! « Ces visiteurs viennent de tout le Liban, seuls 20 à 25 % d’entre eux sont originaires de Bécharré », se félicite l’élu.

Pour mieux préserver les acquis de la réhabilitation, Johnny Tawk, lui-même président du Spéléo-Club du Liban, a instauré, avec la municipalité, un système suivant lequel les visiteurs sont constamment accompagnés à l’intérieur de la grotte par des guides choisis parmi les habitants de la région. Ces guides sont puisés principalement parmi les scouts du village, ou au sein de ses retraités, deux catégories disposant du temps nécessaire pour se consacrer à cette activité. Ils ont été formés par le Spéléo-Club. « Aujourd’hui, 29 scouts sont rémunérés à 40 000 livres la journée », affirme Freddy Keyrouz.

La grotte restera ouverte jusqu’à octobre cette saison, pour tous les amateurs de joyaux naturels. Dans une époque trouble, elle représente un rare exemple de réussite en matière de développement durable, et c’est dorénavant le bon moment de la redécouvrir.



Moins célèbre que sa grande sœur de Jeïta, la grotte de la Qadicha, dans les hauteurs de Bécharré au Liban-Nord, n’en reste pas moins un des joyaux du patrimoine naturel. Elle a d’ailleurs récemment fait l’objet d’un projet de réhabilitation qui en a amélioré les normes environnementales et sécuritaires. Ce site a rouvert ses portes aux visiteurs depuis la mi-août....

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Incroyable... la vie continue, malgré tout!

NAUFAL SORAYA

07 h 12, le 29 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • Incroyable... la vie continue, malgré tout!

    NAUFAL SORAYA

    07 h 12, le 29 septembre 2020