Tourisme local

Des maisons d’hôtes pour redécouvrir les montagnes libanaises

Que nous reste-t-il, à nous Libanais, quand tout va mal, quand l’horizon s’obscurcit, quand l’espérance se réduit comme peau de chagrin ? En cette période de double crise (sanitaire et économique), nos montagnes nous attendent pour une échappée belle.

La Maison du Bonheur d’Ama Tabet à Deir el-Qamar. Photo tirée de sa page Instagram

Au moment où nous avons tous besoin de nous aérer le corps et l’esprit, après des semaines de confinement, la crise économique continue d’impacter le budget des ménages. À cette contrainte vient s’ajouter le coronavirus qui circule toujours. Malgré tout, les propriétaires de chambres d’hôtes ne désespèrent pas, affirmant avoir pris les mesures d’hygiène nécessaires pour accueillir les touristes locaux. En toute sécurité, assurent-ils, on peut troquer le farniente de la Corse pour les chemins de la Békaa, de Tannourine ou du mont Hermon. Cela donnera lieu à des découvertes et à des plaisirs nouveaux.

Car vivre au vert n’a rien d’austère. Pendant les trois mois de confinement, quel citadin n’a pas rêvé de s’allonger dans l’herbe en écoutant le murmure de la brise dans les arbres ?

Petit tour d’horizon, non exhaustif et à titre indicatif, des possibilités d’évasion.

Avec ses hectares de terres agricoles, al-Haush offre un magnifique cadre aux visiteurs qui auront rapidement l’impression de déambuler au cœur d’un tableau. Empruntant ses lignes et ses couleurs à l’hacienda mexicaine, elle célèbre la beauté de la Békaa et sa nature généreuse. « Nous avons pris toutes les mesures d’hygiène pour protéger le client et nous protéger », indique Faysal Saab, le propriétaire des lieux qui propose 14 chambres. « Du gel hydro-alcoolique est mis à disposition des visiteurs dès l’entrée dans le domaine. Les espaces communs, les coussins et les rideaux sont systématiquement désinfectés au nettoyeur vapeur. Les serveurs portent nécessairement des gants et un masque », précise-t-il. Fini aussi le buffet et les petits fours. M. Saab signale que « les plateaux sont individuels et les tables sont disposées de manière à respecter les mesures de distanciation. L’aire de jeux pour enfants est fermée ; les petits profitent des jardins étagés en terrasse, de la ferme, de l’air libre et de la piscine chauffée », ajoute-t-il. Il faut compter 222 dollars (2 000 LL le dollar) par couple pour une nuitée, petit déjeuner compris. Pour un lit d’enfant supplémentaire, il faut ajouter 50 dollars.

Les vieilles bâtisses au service du tourisme

On peut aussi pousser jusqu’à Deir el-Qamar, à La Maison du Bonheur d’Ama Tabet. La propagation du Covid-19 n’a pas bousculé ses habitudes. Elle rencontre ses hôtes « au cours du petit déjeuner qui est servi dans le jardin. Ce n’est pas en plein air qu’on va attraper le coronavirus », dit-elle en riant. Elle précise toutefois qu’après le passage de chaque client, « on nettoie évidemment et on désinfecte les lieux ». De plus, les quartiers d’Ama sont indépendants des deux annexes réservées aux hôtes. Au milieu d’un jardin de 3 700 m2 déclinant une palette riche en couleurs et en arbres fruitiers, se pose un appartement coquet, où les vacanciers se sentent bien dès la première minute. Véritable cocon, il comporte deux chambres avec salle de bains, une kitchenette et un living doté d’un piano et de livres. Un peu plus bas, un cabanon douillet, équipé d’un frigo, propose une chambre à deux lits avec salle de bains et une vue magnifique sur le Chouf. Les tarifs des chambres sont fixés à 225 000 LL la nuitée.

Pour mémoire

Voyager autrement, une ferme libanaise à la fois

Les précautions sanitaires sont également de mise à Ghalboun où les réservations s’accumulent. Perché à une altitude de 500 mètres dans le caza de Jbeil et entouré par les villages de Aïn Kfaa, Bejjé, Shamat et Maad, Ghalboun bénéficie d’un riche patrimoine naturel et bâti. Il y a quelques années, la bourgade s’était engagée, sous la houlette du président de son conseil municipal l’architecte Élie Gebrayel, dans un projet de valorisation de son patrimoine architectural, favorisant l’essor d’un réseau de tourisme durable. Ainsi restaurées, ces vieilles maisons traditionnelles, Beit el-Dayaa et Beit-el Baydar, accueillent les visiteurs dans un cadre confortable et convivial. Le verger et le jardin biologiques produisent des fruits et des légumes frais pour le petit déjeuner en terrasse. La maison d’hôtes de Ghady Gebrayel, équipée d’une piscine, affiche 180 dollars la nuit pour une chambre à deux lits incluant une salle de bains privative et le petit déjeuner.

Guita à Akoura, charme et confort. Photo tirée du site web Guita Bed&Bloom

Le village des potiers

Sur une des collines qui surplombe la vieille ville de Batroun, se dresse la maison de Colette Kahil. L’artiste mosaïste ouvre ses portes mais reste prudente. « Les mesures de sécurité et de distanciation seront respectées », affirme-t-elle. Appelée Beit el-Batroun, la villa, équipée d’une piscine, est entourée de citronniers, amandiers et oliviers centenaires. Des meubles soigneusement chinés ornent les cinq chambres d’hôtes, dont chacune dispose d’une salle de bains privée et d’un espace extérieur. Les enfants de moins de 12 ans ne sont pas admis ; les animaux non plus. Le tarif moyen est de 287 000 LL la nuitée.

Bonne nouvelle : il existe également des options moins onéreuses pour ceux qui veulent se reconnecter avec la nature. Pour un bol d’air à moindre frais, cap sur Rachaya al-Foukhar, village grec-orthodoxe où Esber a ouvert une maison d’hôtes. Un roof aménagé en chambre, avec salle de bains, salon et kitchenette et « une vue panoramique de 360 ° donnant sur le mont Hermon, Hasbaya, Marjeyoun et Chebaa », dit-il. Quant au rez-de-chaussée, il comporte quatre pièces chacune de deux lits et deux salles de bains à partager ainsi qu’une cuisine commune. Chez Esber Guesthouse, la nuitée pour une personne se monte à 25 dollars, petit déjeuner compris. Le propriétaire se veut rassurant : « On respecte la distanciation ; avant l’arrivée des clients et après leur départ, les pièces sont désinfectées. Ici, ils vont d’ailleurs vivre en pleine nature, car on leur propose un certain nombre d’activités. » La découverte du temple romain de Habbarieh au sud-ouest du mont Hermon, les ruines antiques d’une ancienne tombe baptisée « la pierre d’Osman », l’église Saint-Georges, l’une des plus vieilles de la région, des randonnées à cheval, et surtout la visite d’un atelier spécialisé dans la production de poterie artisanale. L’auteur de Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai, and Arabia Petraea, Edward Robinson, notait déjà en 1852 que le village est célèbre pour sa poterie et ses grands fours en forme de dôme, et que ses vases et récipients étaient exposés dans toutes les foires de la région. En 1875, le géographe et archéologue Victor Guérin qui a conduit des missions scientifiques en Afrique, en Syrie et Palestine relève également dans ses écrits la production de poterie de Rachaya al-Foukhar.

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La ville de Zahlé est également parfaite pour ceux qui font attention à leurs dépenses. Les prix des chambres d’hôtes varient entre 19 et 50 dollars. En plus, aucune proximité entre l’hôte et le propriétaire du logement, comme par exemple au Ptit paradis de Salim, où cette saison la nuitée s’affiche à 19 $*. À ce tarif, le visiteur disposera d’une micromaison indépendante comprenant une chambre à deux lits, une salle de bains, un espace de vie, une kitchenette et un jardin pour se détendre ou faire un barbecue. L’hôte des lieux dit réduire ses contacts physiques avec le touriste, mais reste à sa disposition par téléphone.


Beit al-Batroun de Colette Kahil. Photo tirée de la page Instagram Beit al-Batroun


À la recherche du confort

C’est sous le mandat de Michel Pharaon, alors ministre du Tourisme, que le tourisme local avait été redynamisé. En 2014, il avait en effet créé la commission pour la promotion du tourisme rural, affirmant qu’avec « le Chouf, Jezzine, la Békaa, le Akkar... le Liban bénéficie d’un immense potentiel en la matière ». Depuis, de nombreuses initiatives individuelles ont été entreprises un peu partout à travers le pays. En moins de dix ans, le nombre de chambres d’hôtes a explosé. Il s’en crée une dizaine chaque année. Et en la matière, on trouve de tout, du plus luxueux au plus simple. Ce sont des gens d’âges différents qui se lancent dans l’aventure et misent sur un accueil de qualité, des services complémentaires (tables d’hôtes, vente de produits du terroir, etc.) et une identité forte permettant de se différencier des offres concurrentes (lieux insolites, développement durable, culture, etc.). Aussi, un panel très large d’établissements s’est constitué, allant de l’ancien palais de l’émir Qabalan Abillama à Mtaïn, racheté par l’arrière-grand-père de Fayçal al-Kontar, au domaine ancestral de Nabil et Nana Hamdane à Btater, en passant par la bâtisse vieille de deux siècles de Fady Moghabgab et Alia Mouzannar nichée à Aïn Zhalta, ou encore la maison traditionnelle de Guita et son fils Philippe Germanos à Akoura. Les prix comme les lieux sont extrêmement variables et dépendent du niveau de confort, des équipements et des services proposés.

Si l’authenticité et la convivialité figurent toujours parmi les critères les plus recherchés par les clients de chambres d’hôtes, ils attendent aussi un niveau de confort globalement équivalent à ce qu’ils ont chez eux, une combinaison de charme, d’authenticité, mais avec le wifi.

Face à des exigences de plus en plus élevées, les propriétaires de maisons d’hôtes doivent veiller à ce que leur hébergement réponde toujours au goût du jour, tant en termes d’équipements que d’aménagement.

*Étant donné la situation, le propriétaire indiquera le taux de change appliqué au moment de la sollicitation.


Au moment où nous avons tous besoin de nous aérer le corps et l’esprit, après des semaines de confinement, la crise économique continue d’impacter le budget des ménages. À cette contrainte vient s’ajouter le coronavirus qui circule toujours. Malgré tout, les propriétaires de chambres d’hôtes ne désespèrent pas, affirmant avoir pris les mesures d’hygiène nécessaires pour...

commentaires (5)

Comment contacter ces hôtes avant de partir au Liban?

Citoyen

22 h 36, le 04 juin 2020

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Commentaires (5)

  • Comment contacter ces hôtes avant de partir au Liban?

    Citoyen

    22 h 36, le 04 juin 2020

  • Quand donc les propriétaires de ces lieux annonceront les tarifs en monnaie locale, devra t on se munir, si l'on visite ces lieux, se munir d'une calculatrice ?

    c...

    21 h 17, le 04 juin 2020

  • Rachaya al-Foukhar c'est un village d'apres mon souvenir dans la Bekaa orientalle. Il y a des autres beaux villages la-bas (Ain Ataa, Ain Horsha), mais c'est pourtant la region frontaliere avec la Syrie et Damascus (pas loin du point "Masnaa" transition vers la Syrie je pense). J'ai mange pendant mes vacances dans un petit restaurant la-bas a Rachaya al Foukhar, c'etait une belle vue (pour se souvenir) sur le mont Hermon avec la neige. Tres joli. En plus le repas (peut-etre a cause du beau paysage) etait top, la meillieure cuisine libanaise dans ce petit restaurant, on pouvait manger aussi 'manouche' la-bas. Ca vaut certainement une excursion. En fait je n'aimais pas Kaslik et le littoral Beyrouth et Jounieh etc. mais la-bas a Rachaya al Foukhar c'est plus de nature, plus joli, plus authentique. En lisant le OLJ je viens de lire aussi de Anjar (qui n'est pas loin) et Majdal Anjar un village qui est plutot sunnite si je peux croire Wikipedia et je regrette ne pas avoir visite une fameuse mosquee a Majdal Anjar , la soit-dite mosquee de "Omar bin al-Khattab," construit par Walid bin Abdul Malik bin Marwan donc tres ancien, j'y pense encore que c'est dommage que je ne l'ai pas visite pendant le retour de Rachaya al Foukhar.

    Stes David

    16 h 47, le 04 juin 2020

  • Faut-il toujours spécifier la religion des villes et villages? Bon à savoir que Rachaya al Fokhar est grec orthodoxe!!

    Michael

    11 h 47, le 04 juin 2020

  • luxe et confort ,est ce donc cela l'authenticité libanaise ? J.P

    Petmezakis Jacqueline

    06 h 28, le 04 juin 2020