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Explosions du port

L’« Habitat du cœur », une initiative de L’Écoute pour réhabiliter des maisons endommagées de Beyrouth

L’ONG a également mis en place une équipe de psychologues et de guides spirituels pour assurer un soutien moral aux personnes affectées.

L’« Habitat du cœur », une initiative de L’Écoute pour réhabiliter des maisons endommagées de Beyrouth

Des bénévoles de L’Écoute restaurant un toit en tuiles rouges. Photos DR

Dans l’église Notre-Dame de l’Annonciation de Zokak el-Blatt, les travaux de restauration battent leur plein. Cette église, qui fête cette année ses 175 ans, a été sévèrement touchée par la double explosion du port de Beyrouth, le 4 août. « Je célébrais la messe, lorsque la déflagration a eu lieu », raconte le père Jean-Marie Chami, curé de cette paroisse et président de L’Écoute, une ONG qui travaille à promouvoir l’intégration sociale des personnes sourdes, handicapées ou démunies, encourager leur accès au monde du travail et faciliter leurs besoins en communication, tout en sensibilisant à l’environnement. « Personne n’a été blessé », poursuit-il, un sourire bon enfant lui éclairant le visage. « Au lendemain du drame, les travailleurs sourds et malentendants de L’Écoute se sont mobilisés pour remettre l’église en état », raconte-t-il, tout en supervisant les travaux. Ainsi, « un menuisier et un peintre sourds s’entraident pour restaurer le plafond et les imposantes portes en bois » de ce lieu sacré qui « s’était retrouvé en partie à ciel ouvert ».


Un ouvrier de l’association travaillant le cadrage du verre.


La restauration de cette église n’est qu’un petit exemple du travail titanesque qu’accomplit l’ONG. Car face au drame qui a meurtri Beyrouth et à l’absence flagrante de toute aide étatique, L’Écoute s’est rangée parmi les associations qui ont aussitôt accouru au chevet des sinistrés de la double explosion qui a causé le décès de 194 personnes, en a blessé plus de 6 500 et a laissé quelque 300 000 sans-abri.

La tragédie a constitué un défi de plus pour L’Écoute, qui a fêté ses trente ans cette année. L’ONG a ainsi pris l’initiative immédiate de créer l’« Habitat du cœur », « une cellule de crise composée d’ingénieurs, d’architectes, d’experts en structure, mais aussi d’étudiants dans le but de restaurer, voire de reconstruire de manière professionnelle des maisons qui ont été endommagées », précise le père Chami. Ce travail de réparation a commencé et se poursuit dans plusieurs maisons de la capitale, avec comme ligne directrice « la conservation de l’aspect patrimonial des derniers immeubles représentant l’héritage architectural traditionnel libanais, frappés par la déflagration », affirme-t-il.

Fidèle à sa mission première d’intégration des sourds et malentendants, l’ONG permet à des ouvriers et artisans souffrant de déficiences auditives de réaliser la majorité des travaux. « Ces derniers gagnent ainsi l’opportunité de subvenir à leurs besoins personnels et familiaux tout en mettant leur savoir-faire au service des autres, soutient le père Chami. Parallèlement, l’ONG a mis en place une équipe de psychologues et de guides spirituels afin d’assurer un support moral aux personnes affectées par l’explosion. »

L’Écoute entreprend aussi des projets à plus court terme en cette période de crise, comme l’approvisionnement récent en médicaments d’une quarantaine de familles en partenariat avec un dispensaire à Zahlé.


Des ouvriers et bénévoles de L’Écoute transportant l’une des imposantes portes de l’église. Photo DR


Marché du cœur

En octobre 2019 et suite à la crise qui a ravagé l’économie libanaise, L’Écoute avait déjà inauguré le Marché du cœur, une initiative à travers laquelle elle distribue des aides alimentaires et sanitaires à plus de 1 500 familles issues de diverses régions libanaises. L’opération prend la forme d’un « supermarché dans lequel les familles identifiées par l’association choisissent les produits dont elles ont besoin en fonction d’un nombre de points accordés de manière raisonnable et déductibles une fois les produits scannés à la caisse », soutient le père Chami. « C’est ainsi que chaque mois, les familles peuvent faire les courses dans la dignité, au même titre que toute famille favorisée », poursuit-il.

Le père Chami, qui est également l’aumônier des sourds au Liban, coordonne au quotidien avec ses équipes qui travaillent simultanément sur des projets différents. Ensemble, ils jonglent entre les deux nouvelles initiatives de l’association (Marché du cœur et Habitat du cœur) et des projets plus anciens notamment ceux de recyclage et d’upcycling. En effet, l’association qui a été fondée pour la réinsertion socioculturelle et professionnelle de sourds et malentendants a évolué pour englober d’autres handicaps, et a ainsi vu ses dépenses augmenter. C’est face à ce problème que le père Chami et son équipe avaient choisi de collecter et trier principalement du papier, des cannettes, des métaux en tout genre et du matériel électronique et électrique afin de les vendre à des usines de recyclage pour s’autofinancer, tout en favorisant l’inclusion des personnes souffrant de handicap en les faisant travailler dans l’association. Cette opération de recyclage a beaucoup évolué depuis et ses recettes permettent à la fois d’offrir aux déficients auditifs des prothèses adaptées, de motoriser les personnes atteintes de handicap et de préserver l’écologie. « Le centre de tri situé à Aïn Saadé a pour vocation d’être un CET, c’est-à-dire un centre éducatif du tri, collaborant avec plus de 200 écoles et universités libanaises », se félicite le père Chami.


Le père Jean-Marie Chami examinant une porte de la paroisse de Notre-Dame de l’Annonciation, à Zokak el-Blatt, qui a été ravagée par la double explosion du port. Photo Samir Moukheiber


Quant au projet d’upcycling, il consiste à « transformer des objets qui ne sont plus utilisables ou dont on aimerait se débarrasser en des œuvres d’art ». Parmi ces créations, on peut par exemple trouver une ancienne guitare transformée en étagère, des livres élégamment sculptés en anges de papier ou encore des matériaux changés en tables hautes. Il figurerait même parmi les artisans malentendants un spécialiste du tressage de l’osier, un métier qui se fait de plus en plus rare dans le monde.

Pour acquérir ces créations et soutenir l’ONG, il est possible d’appeler ou d’envoyer un message à l’ONG au 76/176234. De l’étranger, les commandes peuvent être passées en visitant l’un des deux sites : www.lecoute-lb.org ou www.lebanesesignature.com

Aujourd’hui, L’Écoute lance un appel humanitaire et urgent aux donateurs pour l’aider à accomplir sa mission de réhabilitation matérielle de Beyrouth et celle psychologique de sa population. Les donations peuvent être effectuées à la branche de Mar Takla-Hazmieh de la Banque libano-française.

– Numéro de compte en euros : 017857848002978.

IBAN EUR :

LB30001000000017857848002978.

Swift code BLFSLBBX.

– Numéro de compte en dollars : 017857848002840.

IBAN USD LB70001000000017857848002840.

Swift Code BLFSLBBX.


Dans l’église Notre-Dame de l’Annonciation de Zokak el-Blatt, les travaux de restauration battent leur plein. Cette église, qui fête cette année ses 175 ans, a été sévèrement touchée par la double explosion du port de Beyrouth, le 4 août. « Je célébrais la messe, lorsque la déflagration a eu lieu », raconte le père Jean-Marie Chami, curé de cette paroisse et...

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