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Environnement

Émissions de gaz, herbes sèches, pneus usagés... : la décharge sauvage de Tripoli flirte avec le scénario catastrophe

Hassan Ghamraoui, vice-président de de la Fédération des municipalités de Fayha’, affirme à « L’Orient-Le jour » qu’il prend toutes les mesures pour préserver la sécurité des habitants.

Émissions de gaz, herbes sèches, pneus usagés... : la décharge sauvage de Tripoli flirte avec le scénario catastrophe

L’ancienne décharge de Tripoli. Photo ANI

Un incendie qui s’est déclaré hier au port de Tripoli, dans la partie consacrée à la maintenance des navires, a jeté l’effroi parmi les habitants du Liban-Nord. Survenu sur un chantier de réparations à cause d’une opération de soudure (encore ! ) effectuée dans un bateau où se sont enflammés des tonneaux de peinture, il a été heureusement vite circonscrit sans faire de victimes. Le directeur du port de Tripoli, Ahmad Tamer, a d’ailleurs affirmé dans une déclaration à l’Agence nationale d’information que « l’incendie était de petite envergure ». Ce qui n’a pas empêché la résurgence de la panique, d’autant que le traumatisme dû à la double explosion au port de Beyrouth (le 4 août) produit encore son impact sur la population. Mais Tripoli a peur. Trois jours avant le sinistre, des informations sur le danger d’une explosion dans l’ancienne décharge sauvage de la ville avaient alarmé les habitants. Le danger a été signalé par deux ingénieurs, Mohammad Ayoubi, président de la commission de l’environnement et de l’énergie au sein de la municipalité de Tripoli, et Jalal Halouani, ancien membre de cette municipalité et président de la Commission libanaise pour l’environnement et le développement durable. « À moins que les responsables de la Fédération des municipalités de Fayha’ (caza de Tripoli) ne trouvent une solution pour empêcher une catastrophe, Tripoli se prépare à une explosion dont la gravité pourrait dépasser celle qui a frappé Beyrouth », a averti M. Ayoubi lors d’un entretien de presse, mettant en cause « des émissions de gaz, des herbes sèches, ainsi que l’emmagasinage en contrebas de la décharge de milliers de pneus et d’autres matières inflammables ». En deux mots, les règles élémentaires de sécurité publique n’y sont pas respectées. Comme au port de Beyrouth. « Les énormes quantités de pneus usagés, entreposés près de l’ancienne décharge et derrière une usine de tri des déchets, constituent une menace criante », a affirmé pour sa part M. Halouani, mettant en garde « contre un énorme incendie qui pourrait survenir si les émanations de gaz à l’air libre entraient en contact avec des étincelles ».

Craintes injustifiées

Joint par L’Orient-Le jour, Hassan Ghamraoui, vice-président de la Fédération des municipalités de Fayha’, juge que le cri d’alarme est injustifié. « Les alertes envahissent les réseaux sociaux, alors que nous œuvrons pour ne pas exposer les gens au danger », souligne-t-il dans une volonté d’apaisement. « Nous avons demandé à l’ordre des ingénieurs de charger une commission d’experts d’inspecter le site et de définir le degré de sa dangerosité dans le périmètre qui l’entoure », indique-t-il. Interrogé par L’OLJ pour savoir quel est l’état des lieux, l’un des experts de la commission affirme que le rapport n’est pas tout à fait prêt, mais il estime que les émanations de gaz ne sont pas très importantes puisque la décharge est fermée depuis près de deux ans. Faux, rétorque un habitant de Tripoli, qui déplore que les odeurs du méthane enveloppent la ville de manière insoutenable. C’est que, selon une source proche de la Fédération des municipalités de Fayha’, le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) a demandé à une entreprise d’installer des tuyaux pour accélérer la ventilation du gaz produit par la décomposition des déchets organiques. Or, ces tuyaux sont apposés sur la surface du site, provoquant le dégagement d’un gaz toxique et cancérigène en grandes quantités, selon cette même source. Il aurait fallu continuer à utiliser les puits de gaz forés il y a 40 ans dans les couches souterraines, qui permettaient d’extraire le gaz conformément aux normes, estime la source. Mais le procédé étant coûteux, il a été arrêté et remplacé par des moyens qui ne respectent pas l’environnement.

Pour mémoire

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Quant aux pneus usagés stockés à l’air libre, M. Ghamraoui affirme que la société AMB chargée de la gestion de l’usine de tri ne remplit plus son obligation de procéder à leur recyclage. Le vice-président de la Fédération des municipalités de Fayha’ a donc donné ordre hier de sa fermeture, celle-ci devant avoir lieu dès aujourd’hui. La fédération a en outre sollicité une entreprise située à Beyrouth afin que les pneus soient déplacés en vue de leur recyclage. Mais celle-ci a refusé, préférant attendre des pluies qui viendraient les laver avant qu’elle ne les prenne en charge. Pour prévenir le danger, M. Ghamraoui n’a pas voulu atermoyer. Il a décidé de rechercher un endroit couvert afin que les pneus soient entreposés de manière sûre, dit-il.

Pour ce qui est des herbes sèches qui risquent de brûler à cause du moindre mégot de cigarette ou de l’impact de la lumière vive du soleil sur des bris de verre et des canettes, elles ont été arrachées hier par des équipes de nettoyage, assure une source de la fédération. Par ailleurs, des gardiens de la police municipale et des caméras de surveillance contrôlent désormais l’entrée dans la décharge pour empêcher tout acte pyromane ou saboteur, ajoute-t-elle.

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Pour en revenir à l’expert précité, il estime qu’au lieu de se focaliser sur l’ancienne décharge, il faudrait s’inquiéter plutôt du danger que représente le nouveau site qui la remplace. Selon lui, il ne s’agit pas d’une décharge sanitaire, car ne comportant ni de station d’épuration ni d’équipements pour l’extraction du méthane. Mais là, c’est encore un autre problème d’incurie.


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