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Comptes nationaux

Le PIB en baisse de 6,7 % en 2019, selon l’ACS

L’économie s’est contractée de 15 % dans le sillage des manifestations qui ont démarré le 17 octobre dernier.


Le PIB en baisse de 6,7 % en 2019, selon l’ACS

Des manifestants rassemblés devant la mosquée Mohammad el-Amine, au centre-ville de Beyrouth, le 20 octobre 2019. Photo d’archives Gilles Khoury/L’OLJ

Si le Liban était déjà mal en point en 2018, avec une première contraction du PIB (-1,8 %) depuis le début du conflit syrien sept ans plus tôt, les chiffres de 2019 publiés il y a quelques jours par l’Administration centrale de la statistique (ACS) confirment que c’est bien en 2019 que le pays a entamé une descente aux enfers qu’il ne semble toujours pas en mesure de freiner aujourd’hui.

Selon l’institution rattachée à la présidence du Conseil des ministres, le PIB réel (en retirant l’effet de l’inflation estimée à 4,5 % en 2019 selon l’office de statistiques) s’est contracté de 6,7 % sur l’ensemble de l’année dernière pour atteindre 82 800 milliards de livres, soit 53,6 milliards de dollars au taux officiel de 1 507,5 livres pour un dollar. La baisse était déjà de 4 % au premier trimestre, selon la précédente mise à jour de l’ACS publiée l’hiver dernier.

L’ACS calcule le PIB libanais réel en utilisant les données fournies par la TVA, provenant de 40 000 entreprises, et l’indice des prix qu’elle publie chaque mois. Les auteures du rapport expliquent qu’elles ont préféré se concentrer sur l’activité économique sur toute l’année 2019 et non sur un seul trimestre car « l’activité d’un petit pays comme le Liban est plus variable que dans de grands pays. La croissance y est plus rapide et la contraction plus aiguë ». L’ACS suppose que le secteur informel, estimé selon ces auteures à 30 % du PIB, suit la même tendance que l’économie formelle.

Construction en forte baisse
Selon les calculs du Lebanon This Week de la Byblos Bank qui a relayé les chiffres de l’ACS, les services immobiliers ont constitué 17,3 % du PIB de 2019, suivis par le transport et le commerce (16,1 %), l’administration publique, l’éducation et la santé (10,8 %), les services financiers (9,6 %), les services aux entreprises (6,7 %), l’agriculture et la pêche, ainsi que l’hôtellerie et la restauration (3,2 % chacun) et les communications (2,1 %).

Au niveau trimestriel, la baisse la plus forte a sans surprise été constatée sur le dernier quart de 2019, avec une contraction de 15 %, dans le sillage du début de la contestation populaire du 17 octobre dirigée contre la classe politique et qui s’est poursuivie pendant des mois. Les banques avaient alors fermé pendant près d’un mois en discontinu avant de reconnaître et de généraliser les restrictions sur les comptes en devises des déposants libanais, en plein contexte de dépréciation de la livre (de 1 700 à 2 000 livres le dollar en moyenne sur ce trimestre), de crise de liquidités et d’érosion de la confiance envers le secteur traditionnellement présenté comme un pilier de l’économie. Le PIB s’est en outre contracté de 3 % durant le premier trimestre, de 7 % pendant le deuxième et de 2 % au cours du troisième.

Dans le détail, c’est le secteur de la construction qui a connu la plus grande baisse d’activité (-29 %) l’année passée, selon l’ACS. Le secteur des services n’est pas en reste avec une diminution de 15 %, suivi de près par l’industrie (-13 %), la restauration et l’hôtellerie (-12 %), le transport et le commerce (-11 %), les communications (-9 %), les services financiers (-4 %) et les services personnels (-2 %). Les secteurs de l’administration publique, de l’éducation et de la santé sont restés stables.

Agriculture et immobilier dans le vert
Mais certains secteurs ont connu un regain d’activité en glissement annuel, à l’instar de l’agriculture et de la pêche (6 %) et de celui de l’immobilier, qui s’est imposé comme l’une des principales valeurs refuges privilégiées par les déposants dont l’accès aux comptes ont été restreints – ou ceux qui en ont profité pour faire de bonnes affaires en payant en « dollars frais ». Cette expression se rapporte aux devises déposées en espèces ou transférées de l’étranger sur des comptes au Liban qui ne sont soumises à aucune restriction. Une pratique que les banques ont commencé à mettre en œuvre à partir de novembre dernier mais qui n’a été reconnue et protégée par la Banque du Liban qu’à partir d’avril. Les comptes d’« argent frais » sont définis par opposition à ceux, toujours en devises, qui étaient déjà dans le secteur bancaire libanais quand les restrictions ont commencé à être mises en œuvre. Aujourd’hui, un « dollar libanais » peut ainsi être retiré uniquement en livres et à un taux proche de 4 000 livres pour un dollar, tandis qu’un « dollar frais » est difficile à obtenir hors du marché noir (7 500 livres le dollar).

Contacté par L’Orient-Le Jour, le président de l’Association des agriculteurs, Antoine Hoyek, a été étonné des performances de l’agriculture, jugeant que les quantités produites localement en 2019 n’avaient pas été plus élevées qu’en 2018 et que les prix n’avaient pas encore augmenté à la fin de l’année dernière. Il a néanmoins fourni un des éléments de réponse possibles en rappelant que le blocage des routes lors de la contestation en octobre n’avait affecté la filière que pendant une semaine, les livraisons de fruits et légumes ayant ensuite été effectuées pendant la nuit. Le spectre de la crise a enfin poussé de nombreux Libanais à l’époque à s’approvisionner davantage chez des producteurs locaux.

Aussi mauvais soient-ils, les chiffres de 2019 resteront, sauf miracle, bien meilleurs que ceux de 2020, au cours de laquelle la crise, dont les premiers effets sont apparus il y a un peu plus d’un an, a continué de s’intensifier, sous le regard d’une classe politique en grande partie responsable de cette situation mais qui a jusqu’à présent failli à presque tous les niveaux. En défaut de paiement sur sa colossale dette publique et incapable de freiner la fonte de ses réserves en devises, le pays a de plus dû compter sur les conséquences du confinement lié au Covid-19 et de la double explosion au port de Beyrouth le 4 août.

Toutes les estimations publiées jusqu’ici tablent sur une contraction du PIB à deux chiffres pour 2020. La plus récente a été publiée cette semaine par l’agence de notation financière Moody’s qui table sur une fonte de plus de 22 %, pour un taux d’inflation de 150 %. Dans son plan de redressement finalisé fin avril et qui a servi de base à ses négociations – jusqu’ici infructueuses – avec le Fonds monétaire international pour négocier une aide financière, le gouvernement a tablé sur une baisse de 13,8 %.



Si le Liban était déjà mal en point en 2018, avec une première contraction du PIB (-1,8 %) depuis le début du conflit syrien sept ans plus tôt, les chiffres de 2019 publiés il y a quelques jours par l’Administration centrale de la statistique (ACS) confirment que c’est bien en 2019 que le pays a entamé une descente aux enfers qu’il ne semble toujours pas en mesure de...

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