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Éclairage

Quand les États-Unis récompensent le Qatar

Un officiel américain a déclaré que l’administration Trump souhaitait désigner l’émirat comme un allié majeur non-membre de l’OTAN.


Quand les États-Unis récompensent le Qatar

Le vice-Premier ministre du Qatar et ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohammad ben Abderrahmane al-Thani, et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo lors du troisième dialogue stratégique annuel entre les États-Unis et le Qatar au département d’État de Washington, le 14 septembre 2020. Erin Scott/AFP via Getty Images

Si Washington vient de consolider ses alliances avec Riyad et Abou Dhabi, il ne néglige pas pour autant sa relation avec Doha. « Nous allons aller de l’avant, nous l’espérons, en désignant le Qatar comme un allié majeur non-membre de l’OTAN », a déclaré jeudi Timothy Lenderking, le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires du Golfe, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes. Ce statut, qui est accordé par le gouvernement américain, est un symbole des relations étroites qu’il entretient avec certains de ses partenaires étrangers et leur offre des privilèges en matière de coopération dans le domaine de la sécurité et du commerce dans le secteur de la défense. Dix-sept pays bénéficient aujourd’hui de ce titre, dont Bahreïn depuis 2002 et le Koweït depuis 2004, à l’initiative du gouvernement de George W. Bush.

L’annonce de l’administration américaine concernant le Qatar intervient deux jours après la signature des « accords d’Abraham » entre les Émirats arabes unis, Bahreïn et Israël, sous la houlette des États-Unis. Elle a également eu lieu trois jours après la première session de pourparlers de paix directs entre les autorités afghanes et les talibans à Doha, dossier sur lequel l’émirat est un partenaire précieux de l’administration américaine.

Bien que le président américain Donald Trump n’ait pas caché son souhait de prendre le contre-pied de la politique du balancier de son prédécesseur Barack Obama dans le Golfe, en affichant publiquement son penchant pour l’Arabie saoudite et les EAU, le Qatar est un allié-clé de Washington. L’émirat héberge la base d’al-Udeid depuis 1996, qui représente la plus grande base militaire américaine dans la région avec quelque 11 000 hommes déployés – sur 60 000 répartis à travers le Moyen-Orient.

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Le récent geste de Washington reflète sa volonté de se positionner stratégiquement au-dessus de la mêlée dans la région dans l’objectif de contrecarrer la menace iranienne, outrepassant les différends qui opposent ses alliés dans la péninsule Arabique. L’émirat qatari fait l’objet d’un blocus lancé par Riyad et ses alliés en 2017, l’accusant de financer le terrorisme et d’entretenir des liens trop étroits avec l’Iran.

Des divergences qui ont été ravivées cette semaine alors que Doha a vivement critiqué la normalisation des liens entre Manama, Abou Dhabi et l’État hébreu et l’adoption d’une rhétorique saoudienne plus modérée sur le conflit israélo-palestinien. L’émirat a fermement fait savoir qu’il conditionnait toujours l’établissement de relations officielles avec Israël à la création d’un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale, conformément à l’initiative de paix arabe de 2002.

Ambition d’adhésion
L’intention américaine de désigner le Qatar comme allié majeur non-membre de l’OTAN soulève toutefois des interrogations sur son objectif final alors que les États-Unis s’activent pour encourager une normalisation entre l’État hébreu et les pays de la région. Bien que la vision du Qatar soit plus proche de celle de l’axe turco-iranien que de celle de l’axe émirato-saoudien dans la région, il pourrait s’agir pour Washington de récompenser un allié et l’inciter à choisir son camp. Dans un même élan, la Maison-Blanche a annoncé hier soir que le président américain a décerné la Légion du mérite, grade de commandant en chef, à l’émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah, saluant ses talents de médiateur dans la région et son soutien aux États-Unis.

Coïncidence de calendrier, la troisième session du dialogue stratégique entre le Qatar et les États-Unis s’ouvrait lundi à Washington, à la veille de la signature des « accord d’Abraham », avec la présence du ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohammad ben Abderrahmane al-Thani. Dans un communiqué conjoint publié mercredi, les parties ont déclaré avoir abordé les questions de sécurité régionale et « les perspectives pour une résolution négociée au conflit israélo-palestinien, comme indiqué dans la vision américaine pour la paix ». Sur le plan militaire, le document fait état de changements sur la base aérienne d’al-Udeid pour « aligner les procédures d’exploitation sur les normes de l’OTAN » et de mises à niveau pour augmenter les capacités des forces américaines et de la coalition internationale contre l’État islamique qui y sont stationnées.

Si devenir un allié majeur non-membre de l’OTAN garantirait des avantages importants pour Doha sur le plan militaire, l’émirat et l’organisation transatlantique entretiennent déjà des liens, cristallisés depuis 2004 avec l’initiative de coopération d’Istanbul. Le Qatar avait par ailleurs fourni six avions de chasse Mirage pour l’intervention militaire menée par l’organisation transatlantique en Libye en 2011. En 2018, le ministre qatari de la Défense, Khaled al-Attiyah, avait également fait part de l’ambition de son pays d’adhérer à l’OTAN dans un entretien accordé à Altalaya, le magazine officiel de son ministère, publié le jour du premier anniversaire du blocus imposé à Doha par Riyad et ses alliés. Cette aspiration avait toutefois été balayée d’un revers de main par un responsable de l’organisation transatlantique dès le lendemain, précisant à l’AFP que « selon l’article 10 du traité de Washington, seuls les pays européens peuvent devenir membres de l’OTAN ».


Si Washington vient de consolider ses alliances avec Riyad et Abou Dhabi, il ne néglige pas pour autant sa relation avec Doha. « Nous allons aller de l’avant, nous l’espérons, en désignant le Qatar comme un allié majeur non-membre de l’OTAN », a déclaré jeudi Timothy Lenderking, le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires du Golfe, lors d’une conférence...

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