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Éclairage

Entre Israéliens et Palestiniens, le Qatar joue sur plusieurs tableaux

Doha entretient de bonnes relations institutionnelles avec les ministères et institutions de l’État hébreu dans le cadre de son rôle de médiateur et de facilitateur entre ce dernier et le Hamas.


Entre Israéliens et Palestiniens, le Qatar joue sur plusieurs tableaux

Des Palestiniens rassemblés pour soutenir le Qatar dans un projet de logement financé par l’émirat dans la ville de Khan Younis, au sud de Gaza, le 9 juin 2017. Said Khatib/AFP

Parmi les pays du Golfe, il est celui qui paraît le plus éloigné d’une normalisation de ses relations avec Israël. Le message du Qatar est clair : pas de liens officiels avec l’État hébreu sans État palestinien. Une position qui va à contre-courant de la vague de changement qui traverse les pays du Golfe. Alors que les Émirats arabes unis et Bahreïn ont officiellement établi des relations diplomatiques avec Israël mardi, le locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump, a indiqué que « cinq ou six pays » arabes devraient à leur tour signer des accords avec l’État hébreu. Les visites du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, et du conseiller et gendre du président américain, Jared Kushner, se sont d’ailleurs succédé le mois dernier dans la région avec pour objectif d’encourager les voisins d’Abou Dhabi à lui emboîter le pas. Si les rumeurs vont bon train sur Mascate, Khartoum ou encore Rabat comme prochains candidats à la normalisation, l’option a été balayée d’un revers de main par Doha. « Nous ne pensons pas que la normalisation était au cœur de ce conflit et, par conséquent, elle ne peut pas être la réponse », a déclaré Lolwah Alkhater, ministre adjointe qatarie des Affaires étrangères, lors d’un entretien accordé à l’agence américaine Bloomberg à la veille de la signature des « accords d’Abraham » (appellation donnée aux accords signés entre les Émirats et Bahreïn, et Israël, en référence au patriarche des trois religions monothéistes, NDLR) « Le cœur de ce conflit concerne les conditions dramatiques dans lesquelles vivent les Palestiniens » en tant que « peuple sans pays, vivant sous occupation », a-t-elle poursuivi.

Doha reste conforme à la ligne traditionnellement défendue par les pays de la région, cristallisée par l’Initiative de paix présentée en 2002 par le roi saoudien Abdallah, qui conditionne une normalisation des relations entre les pays arabes et Israël à la création d’un État palestinien avec pour capitale Jérusalem-Est et une solution viable pour les réfugiés palestiniens. Un discours réitéré cette semaine par le ministre qatari des Affaires étrangères Mohammad ben Abderrahman al-Thani, qui a estimé dans une interview accordée au Washington Post que le document offre « une base juste » pour des négociations, soulignant que le gouvernement israélien « n’a pas montré sa volonté de s’engager dans un dialogue constructif avec les Palestiniens ». « Les conditions ne sont actuellement pas remplies par Israël pour permettre la réalisation d’une concession à son égard. Pour le Qatar, cela doit aller dans les deux sens », remarque Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres.

Les annonces par Abou Dhabi puis par Manama de la normalisation de leurs liens avec Israël le mois dernier se sont heurtées à de violentes critiques dans les médias qataris, mettant en avant la perception de ces décisions comme une « trahison » par les Palestiniens. Lundi, le ministère américain de la Justice a qualifié al-Jazeera Media Network, organisation de presse internationale financée par Doha, d’ « agent du gouvernement du Qatar », ordonnant à sa branche américaine sur les réseaux sociaux AJ+ de s’enregistrer en tant qu’agent de l’étranger auprès des autorités. Un statut qui signifie qu’AJ+ sont considérés comme un organe exerçant, entre autres, des activités politiques nécessitant selon la loi américaine FARA (Foreign Agents Registration Act) la divulgation de ses liens avec un mandant étranger. La décision, qui a provoqué une levée de boucliers sur les réseaux sociaux, est perçue comme le fait des lobbys émiratis œuvrant dans ce sens depuis ces dernières années et qui disposent d’une certaine influence à Washington.

La stratégie des EAU s’inscrit dans la continuité du blocus imposé à Doha par Abou Dhabi et ses alliés du Golfe depuis 2017, qui accusent le Qatar de financer le « terrorisme » et d’entretenir des liens trop étroits avec l’Iran. La fermeture d’al-Jazeera, dont le discours diffère de ceux des EAU et de l’Arabie dans la région, était en outre l’une des treize conditions posées pour la levée de l’embargo contre le petit émirat.

Numéro d’équilibriste

La question du conflit israélo-palestinien reste toutefois une équation délicate pour Doha, pris en étau dans la guerre des axes saoudo-émirati et turco-iranien. Le calcul s’apparente à un numéro d’équilibriste pour l’émirat : il partage un certain nombre d’intérêts sécuritaires avec ses voisins du Golfe et Washington, d’une part, et alimente une rhétorique ferme, à l’instar d’Ankara et de Téhéran, contre la normalisation, d’autre part. Le Qatar entretient des liens étroits avec la Turquie qui dispose d’une base militaire dans l’émirat et partage avec Ankara son affinité sur le plan politique pour les Frères musulmans – bête noire des Saoudiens et des Émiratis. L’approche qatarie à l’égard de Téhéran se veut plus pragmatique que celle de ses voisins en maintenant une bonne relation avec la République islamique.

Mais malgré le ton adopté par l’émirat sur la question israélo-palestinienne, Doha joue sur plusieurs tableaux, même s’il n’a pas de relations diplomatiques officielles avec l’État hébreu. « Le Qatar a des liens avec Israël depuis les années 1990 et entretient de bonnes relations institutionnelles avec les ministères et les institutions en Israël dans le cadre de son rôle de médiateur et de facilitateur entre l’État hébreu et le Hamas », observe Andreas Krieg. Le premier bureau de représentation israélien dans le Golfe avait également été ouvert au Qatar en 1996 – avant sa fermeture quatre ans plus tard.

Des contacts qui s’articulent notamment autour de la bande de Gaza où l’émirat fournit une assistance matérielle et financière. L’année dernière, Doha a contribué avec l’ONU et l’Égypte à l’accord de trêve entre le Hamas et Israël, prévoyant une aide mensuelle de 30 millions de dollars à la bande de Gaza par l’émirat. Quelques mois plus tard, l’émirat accueillait des athlètes israéliens à l’occasion des championnats du monde d’athlétisme, provoquant la colère du Hamas. Un geste controversé qui n’a pas empêché Doha de poursuivre son rôle d’intermédiaire entre Israéliens et Palestiniens. Fin août, l’émissaire du Qatar, Mohammad al-Emadi, s’est rendu dans l’enclave palestinienne pour calmer le jeu entre le Hamas et l’État hébreu, alors que les heurts se sont récemment multipliés entre eux. Mettant un point final à près d’un mois de tensions, la visite s’est conclue par un accord entre les autorités israéliennes et le mouvement islamiste sous le patronage qatari.


Parmi les pays du Golfe, il est celui qui paraît le plus éloigné d’une normalisation de ses relations avec Israël. Le message du Qatar est clair : pas de liens officiels avec l’État hébreu sans État palestinien. Une position qui va à contre-courant de la vague de changement qui traverse les pays du Golfe. Alors que les Émirats arabes unis et Bahreïn ont officiellement...

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LE QATAR DEVRAIT ABOLIR LA BASE DES GENOCIDAIRES TURCS/OTTOMANS DE CHEZ LUI ET LES CHASSER DE SON SOL POUR REINTEGRER LA FAMILLE ARABE ET NE PAS SERVIR DE TREMPLIN PERSE ET OTTOMAN CONTRE SES FRERES.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

09 h 23, le 17 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • LE QATAR DEVRAIT ABOLIR LA BASE DES GENOCIDAIRES TURCS/OTTOMANS DE CHEZ LUI ET LES CHASSER DE SON SOL POUR REINTEGRER LA FAMILLE ARABE ET NE PAS SERVIR DE TREMPLIN PERSE ET OTTOMAN CONTRE SES FRERES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 23, le 17 septembre 2020