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Assurance

Explosion au port : la CCIAB mandate une société spécialisée dans les réclamations

Explosion au port : la CCIAB mandate une société spécialisée dans les réclamations

Les participants de la conférence de presse hier à la Chambre de commerce et d’industrie de Beyrouth et du Mont-Liban (CCIAB). De gauche à droite : le président de l’entreprise e-Technical Consulting, Mario Viscione, le président de la CCIAB, Mohammad Choucair, et l’avocat Mohammad Alam, l’un des avocats mobilisés. Photo M.A.

Alors que les dégâts de la double explosion meurtrière qui a eu lieu le 4 août dernier au port de Beyrouth sont estimés entre 3 et 5 milliards de dollars, selon les différentes sources, sans compter le manque à gagner, le conflit entre les entrepreneurs et les compagnies d’assurances concernant la prise en charge des dommages semble désormais ouvert.

Dans une conférence de presse hier à la Chambre de commerce et d’industrie de Beyrouth et du Mont-Liban (CCIAB), son président Mohammad Choucair, qui est aussi le président des organismes économiques, une organisation patronale, s’en est pris en effet aux assureurs locaux à qui il reproche de tenter d’échapper à leurs obligations vis-à-vis des victimes de la catastrophe.

C’est dans cette optique que la CCIAB a annoncé avoir fait appel à une entreprise italienne, e-Technical Consulting, spécialisée dans le traitement et les négociations liées aux procédures de réclamations entre assureurs et assurés. Celui qui a notamment été ministre des Télécoms dans le gouvernement Hariri en 2019 a également justifié cette décision par la nécessité urgente de débloquer les procédures de dédommagement, alors que les entreprises du pays traversent une grave crise économique et financière qui dure depuis au moins un an, sur fond de dépréciation de la livre et de restrictions bancaires.

Bien que conviées à cette conférence, les compagnies d’assurances, représentées par le président de l’Association des compagnies d’assurances au Liban (ACAL), Élie Torbey, ne s’y sont pas rendues, signe du malaise entre les deux parties. L’association a toutefois assuré dans un communiqué qu’elle « est en contact direct avec plusieurs réassureurs » pour couvrir les dégâts (le réassureur couvre l’assureur qui lui-même couvre l’assuré). Selon nos informations, certains assureurs ont néanmoins commencé à couvrir certains dégâts, une tendance surtout visible pour les assurances auto.

Commission de 2 à 3 %

Basée à Naples depuis 1980 et implantée dans plusieurs pays du monde (c’est le bureau de Dubaï qui gère la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord – Zone MENA), e-Technical Consulting s’est récemment installée à Beyrouth, au 8e étage du siège de la CCIAB, où elle a mobilisé une équipe de 12 personnes, aidées par une équipe de quatre avocats libanais, sous la houlette de l’un d’entre eux, Mohammad Alam.

Les entreprises et particuliers peuvent donc appeler aux numéros suivants : 01/743377 - 01/744167 - et 76/122566 pour que e-Technical Consulting les aide gratuitement à monter des dossiers afin d’obtenir gain de cause auprès des compagnies d’assurances. Ensuite, les assurés pourront soit négocier seuls avec ces derniers, soit l’entreprise italienne pourra s’en charger, moyennant une commission « de l’ordre de 2 à 3 % selon la police d’assurances et de la complexité du problème », a précisé Mohammad Choucair à L’Orient-Le Jour, jugeant cette participation « peu élevée ». Les autres modalités de cette prestation de services n’ont pas été révélées.

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Présent lors de la conférence de presse, le président de l’entreprise italienne, Mario Viscione, a pour sa part justifié l’utilité du service fourni par sa société. « Les personnes assurées (entreprises et particuliers) sont profanes, contrairement aux compagnies d’assurances. C’est encore plus le cas au Liban en raison du manque d’expérience. Notre rôle est de garantir leurs droits », a-t-il déclaré à L’Orient-Le Jour.

Il a aussi souligné dans son intervention un autre problème auquel feront face les assurés dans le cas où les compagnies d’assurances et de réassurances payent : ces dernières transféreront l’argent depuis l’étranger au Liban, donc en argent frais – par opposition aux comptes en devises sur lesquels s’appliquent des restrictions bancaires – et les compagnies d’assurances seront alors tentées, toujours selon Mario Viscione, de rembourser en livres libanaises, au taux officiel de 1 507,5 livres pour un dollar, ou en « dollars libanais », que les clients peuvent retirer au taux de 3 900 livres, soit bien inférieur au taux du marché noir qui gravitait encore hier autour de 7 500 livres pour un dollar.

Courant août, lors d’une réunion au Conseil économique et social (CES), l’ACAL avait réitéré l’engagement des assureurs à rembourser les dégâts et proposé que l’État libanais publie un rapport préliminaire indiquant que la cause de l’explosion était accidentelle, pour ainsi permettre aux assureurs de rembourser une grande partie de leurs clients. Le président de l’ACAL avait notamment précisé que seuls 5 % des assurés libanais s’étaient dotés d’une couverture adéquate pour couvrir les dommages liés à une « action volontaire à but politique ». Une société de réassurances allemande, Munich Re, a elle récemment estimé que les réclamations qui s’adresseront à elle dans le sillage de la catastrophe de Beyrouth s‘élèveront au moins à 100 millions d’euros (118 millions de dollars). Contactée, la société n’a pas souhaité répondre à nos questions concernant l’évaluation de ce montant.

Les assureurs libanais présents au CES avaient pointé du doigt la dette des compagnies d’assurances libanaises envers les sociétés de réassurances étrangères car elles n’ont pas pu régler l’intégralité des primes dues durant 2019, en raison des restrictions bancaires sur les transferts en devises vers l’étranger.


Alors que les dégâts de la double explosion meurtrière qui a eu lieu le 4 août dernier au port de Beyrouth sont estimés entre 3 et 5 milliards de dollars, selon les différentes sources, sans compter le manque à gagner, le conflit entre les entrepreneurs et les compagnies d’assurances concernant la prise en charge des dommages semble désormais ouvert.

Dans une conférence de...

commentaires (1)

"... les compagnies d’assurances seront tentées de rembourser en livres libanaises, au taux officiel de 1 507,5 livres pour un dollar, ou en « dollars libanais » ..." -.- Comment les primes ont-elles été payées par les assurés? En "dollars frais"? Alors ils ont tout à fait raison de réclamer d’être payés de même. En "dollars libanais" ou en livres libanaises? Alors ils comprendront que le remboursement se fasse dans la même monnaie. Logique et juste, non?

Gros Gnon

13 h 58, le 16 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • "... les compagnies d’assurances seront tentées de rembourser en livres libanaises, au taux officiel de 1 507,5 livres pour un dollar, ou en « dollars libanais » ..." -.- Comment les primes ont-elles été payées par les assurés? En "dollars frais"? Alors ils ont tout à fait raison de réclamer d’être payés de même. En "dollars libanais" ou en livres libanaises? Alors ils comprendront que le remboursement se fasse dans la même monnaie. Logique et juste, non?

    Gros Gnon

    13 h 58, le 16 septembre 2020