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Pour Naïm Kassem, le gouvernement doit être formé indépendamment des sanctions US

« Nous nous attendons à ce qu’à un moment, l’initiative française s’enlise à cause des États-Unis. C’est quelque chose de possible », affirme le numéro 2 du Hezbollah.

Pour Naïm Kassem, le gouvernement doit être formé indépendamment des sanctions US

« Les sanctions américaines ne risquent pas d’impacter les alliances entre le parti chiite et ses alliés », selon le cheikh Naïm Kassem. Photo d’archives L’OLJ

Le numéro deux du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, a établi hier une distinction entre les sanctions américaines qui ont frappé mardi deux cadres du mouvement Amal et des Marada (deux formations politiques alliées au parti chiite) et la formation du futur gouvernement libanais.

« Les sanctions américaines sont une attaque déclarée contre le Liban et une tentative de modifier l’équation politique » dans le pays, a affirmé le dignitaire chiite dans un entretien avec la chaîne Russia Today (RT), dont les propos ont été publiés par le bureau de presse du parti. Il a souligné que la décision de cibler des anciens ministres et alliés du Hezbollah est due au fait que les sanctions lancées précédemment contre des membres du parti « n’avaient pas changé la donne » et que cela permettrait d’imposer « davantage de pression » sur le Liban. Ces nouvelles sanctions sont, pour Naïm Kassem, « l’annonce de l’échec de la politique » des États-Unis en la matière. Il a encore souligné qu’elles ne risquaient pas d’impacter les alliances entre le parti chiite et ses alliés « qui sont basées sur le principe de l’indépendance du pays et de la lutte contre l’occupation ». Au contraire, a-t-il poursuivi, cela pourrait « consolider leurs positions » vis-à-vis de leur alliance avec le Hezbollah.

Les États-Unis avaient imposé mardi des sanctions contre les anciens ministres des Travaux publics, Youssef Fenianos, et des Finances, Ali Hassan Khalil, pour « corruption » et soutien au Hezbollah, considéré comme une organisation terroriste par Washington. Dans un communiqué, le département du Trésor avait indiqué que les deux anciens ministres ont « fourni un soutien matériel au Hezbollah et se sont livrés à des actes de corruption ».

Le numéro deux du parti chiite a encore estimé que la « position officielle » du Liban vis-à-vis de ces sanctions devrait être de « se mobiliser davantage », alors que le chef de l’État Michel Aoun s’était contenté, à l’annonce de la décision du Trésor américain, de demander au ministre sortant des Affaires étrangères, Charbel Wehbé, de se « renseigner sur les circonstances » de celle-ci.

Considérations intérieures

Naïm Kassem a par ailleurs affirmé que l’imposition de sanctions contre des personnalités phares du mouvement Amal et des Marada et la formation du gouvernement étaient deux processus « totalement différents ». « La formation du cabinet est soumise à des considérations intérieures, notamment au poids des différentes parties au sein du Parlement, vu que la future équipe ministérielle devra recevoir la confiance de la Chambre », a-t-il ajouté. Il a averti que tout gouvernement qui serait mis en place sans certaines forces politiques en raison des sanctions risquerait de « rencontrer des problèmes », et qu’il fallait donc former le cabinet « indépendamment » de celles-ci.

Il ne s’est toutefois pas prononcé sur l’éventualité d’une naissance « proche » du gouvernement de Moustapha Adib, en relevant que cela dépend « des contacts » de ce dernier avec les différentes formations politiques. « Jusqu’à présent, nous n’en sommes toujours qu’au dialogue et aux discussions, a-t-il indiqué. Je ne sais pas si nous verrons des résultats d’ici à quelques jours ou à quelques semaines. » Naïm Kassem a en outre rejeté l’éventualité d’un cabinet « indépendant », soulignant qu’il n’existait pas au Liban de partie « neutre ou indépendante ». « Tout le monde a des appartenances politiques », a-t-il ajouté. Et d’estimer que l’expérience d’un gouvernement de technocrates (celui de Hassane Diab, tombé le 10 août) a prouvé qu’il nécessitait une « impulsion politique afin de se renforcer ». « Nous sommes en faveur d’un cabinet qui reprendra le plus grand nombre possible de parties politiques », a-t-il lancé.

« Enlisement » de l’initiative française

Le cheikh Kassem est également revenu sur la question de l’initiative lancée par Emmanuel Macron pour sortir le Liban de sa crise – à laquelle toutes les parties politiques libanaises s’étaient engagées – et sur un éventuel lien avec la politique américaine par rapport au pays du Cèdre. Selon lui, la volonté des États-Unis est de « garder le Liban sous pression », mais Washington a « approuvé » l’initiative française parce qu’elle vise à « empêcher l’effondrement » du pays. « Nous attendons avec méfiance la position américaine » au sujet du Liban, a-t-il commenté, jugeant que Washington essaye toujours « d’empêcher tout avancement » du pays. « Nous nous attendons donc à ce qu’à un moment, l’initiative française s’enlise à cause des États-Unis. C’est quelque chose de possible », a-t-il dit.

En ce qui concerne les suites de la double explosion meurtrière dans le port de Beyrouth, le 4 août, Naïm Kassem a estimé que la volonté de certains donateurs de ne pas passer par l’État et de fournir les aides humanitaires directement à des organisations ou au peuple libanais « ne permettra pas d’atteindre les objectifs requis en matière de reconstruction ». Il a toutefois concédé que les aides ne pouvaient pas être « liées à des conditions » de la part de l’État. Il a également souligné que l’annonce faite par le gouvernement sortant de Hassane Diab, selon laquelle les résultats de l’enquête sur les causes de la déflagration seraient rendus publics en cinq jours avait été « précipitée ». Il a considéré qu’une enquête internationale à ce sujet risquait de « ne jamais aboutir à des résultats » et de coûter « extrêmement cher » au Liban, soulignant toutefois l’importance que l’enquête locale se fasse sans ingérence politique.

Pas de guerre avec Israël « pour le moment »

Enfin, en ce qui concerne les tensions à la frontière entre le Liban et Israël, Naïm Kassem a affirmé « ne pas s’attendre à une guerre israélienne au Liban pour le moment ». Il a notamment expliqué que cela était dû au fait que l’État hébreu était aux prises avec plusieurs autres affaires, notamment la pandémie de coronavirus, les tentatives de normalisation avec d’autres pays, la volonté d’« occuper plus de territoires » avec le soutien du président américain Donald Trump et le fait que Tel-Aviv ne « parvient pas à faire plier Gaza ». Le Hezbollah de son côté « n’a jamais été l’initiateur » de conflits avec Israël. « Nous serons toutefois prêts à réagir si les Israéliens décidaient de lancer une guerre », a-t-il conclu.



Le numéro deux du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, a établi hier une distinction entre les sanctions américaines qui ont frappé mardi deux cadres du mouvement Amal et des Marada (deux formations politiques alliées au parti chiite) et la formation du futur gouvernement libanais.

« Les sanctions américaines sont une attaque déclarée contre le Liban et une tentative de...

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La rhétorique anti-américaine du Hezbollah ne passe plus aussi facilement qu'avant, auprès de ses adhérents et sympathisants. C'est devenu une obsession d'accuser les Etats-Unis et Israël de tous les problèmes qui affectent la région. L'initiative franco-américaine de solution politique en vue de la formation d'un gouvernement qui n'est pas subordonné à l'ingérence de puissances étrangères souvent rivales, est le seul salut possible pour un Liban qui agonise et qui risque de se désintégrer et de se fissurer encore davantage.

Tony BASSILA

10 h 46, le 12 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • La rhétorique anti-américaine du Hezbollah ne passe plus aussi facilement qu'avant, auprès de ses adhérents et sympathisants. C'est devenu une obsession d'accuser les Etats-Unis et Israël de tous les problèmes qui affectent la région. L'initiative franco-américaine de solution politique en vue de la formation d'un gouvernement qui n'est pas subordonné à l'ingérence de puissances étrangères souvent rivales, est le seul salut possible pour un Liban qui agonise et qui risque de se désintégrer et de se fissurer encore davantage.

    Tony BASSILA

    10 h 46, le 12 septembre 2020