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Stress et cœur, la valse des maux

Stress et cœur, la valse des maux

Image de l’explosion du 4 août 2020 dans le port de Beyrouth. Mikhail Alaeddin/Sputnik, via AFP

La double explosion du port de Beyrouth, qui a secoué le Liban le 4 août dernier, restera à jamais imprimée dans notre mémoire individuelle et collective. Cette catastrophe, l’une des plus graves de l’histoire contemporaine, représente une des formes de stress les plus agressives pour l’organisme humain. Bien qu’il soit encore tôt pour effectuer un bilan chiffré de ses conséquences directes et indirectes sur notre santé, il n’y a aucun doute que celles-ci risquent d’être majeures et graves, à la fois sur le court et le long terme. Par analogie, des événements tragiques passés servent d’exemples de l’impact négatif du stress sur le cœur, le cerveau et le système vasculaire, notamment la hausse considérable de mortalité subite qui survient à la suite de ces événements.

Ainsi, dans les semaines qui ont suivi le tremblement de terre survenu au large de Sendai et le puissant tsunami qui a dévasté cette région du nord-est du Japon en 2011, le nombre de personnes décédées subitement a doublé comparativement aux années précédentes, une tendance qui s’est maintenue dans les trois semaines suivant le choc initial. Le tremblement de terre de Hanshin-Awaji a entraîné un triplement des infarctus du myocarde. La fréquence des accidents vasculaires cérébraux a aussi presque doublé.

Par ailleurs, l’explosion d’AZF Toulouse, survenue en 2001 et qui était similaire à celle de Beyrouth, mais à une échelle bien moindre, a également entraîné dans les cinq jours qui ont suivi un triplement des cas d’infarctus du myocarde et d’événements coronaires aigus.

Après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, le taux d’arythmies cardiaques graves et vitales a, dans le mois qui a suivi l’attaque, plus que doublé chez les patients cardiaques de la région de New York. Le taux le plus élevé d’arythmies a été enregistré trois jours après l’attaque. Il est resté élevé pendant un mois, avant d’atteindre de nouveau le niveau qui prévalait avant l’attaque.

Réponse combat-fuite

Le stress est aujourd’hui admis comme étant un facteur de risque cardio-vasculaire indépendant, au même titre que le tabagisme et l’hypertension artérielle. En effet, toute situation stressante peut déclencher une cascade « d’hormones de stress » qui produisent des changements physiologiques bien orchestrés. Cette combinaison de réactions, également connue sous le nom de réponse combat-fuite (Fight or Flight Response), permet de réagir rapidement à des situations dangereuses et potentiellement mortelles. La séquence soigneusement orchestrée, mais quasi instantanée de changements hormonaux et de réponses physiologiques aide quelqu’un à combattre la menace ou à s’enfuir en lieu sûr.

En réalité, la réponse au stress commence dans le cerveau. Lorsqu’une personne est confrontée à un stress, les yeux ou les oreilles – et parfois même les deux organes – envoient l’information à l’amygdale cérébrale, une zone du cerveau qui contribue au traitement émotionnel, en interprétant les images et les sons. Lorsqu’elle perçoit un danger, l’amygdale envoie instantanément un signal de détresse à l’hypothalamus, qui est le centre de commandement du cerveau. Celui-ci active le système nerveux sympathique en envoyant des signaux à travers les nerfs autonomes vers les glandes surrénales et déclenche la réponse de combat ou de fuite fournissant au corps une explosion d’énergie pour qu’il puisse répondre aux dangers perçus. Ainsi, les glandes répondent en pompant l’hormone épinéphrine (également appelée adrénaline), entraînant un certain nombre de changements physiologiques. Aussi, le cœur bat-il plus vite que la normale, poussant le sang vers les muscles, le cœur et d’autres organes vitaux. Le pouls et la pression artérielle augmentent, alors que la respiration s’accélère et les petites voies respiratoires se dilatent. De cette façon, les poumons peuvent absorber autant d’oxygène que possible à chaque respiration. De plus, de l’oxygène supplémentaire est envoyé au cerveau, augmentant la vigilance. La vue, l’ouïe et les autres sens deviennent plus nets. Enfin, du sucre et des graisses sont libérés à partir des sites de stockage temporaires dans le corps. Ces nutriments inondent la circulation sanguine, fournissant de l’énergie à toutes les parties du corps.

Tous ces changements se produisent si rapidement que les gens n’en sont pas conscients. En fait, le câblage est si efficace que l’amygdale et l’hypothalamus démarrent cette cascade avant même que les centres visuels du cerveau aient eu la chance de traiter pleinement ce qui se passe. C’est pourquoi les gens peuvent réagir avant même de penser à ce qu’ils font.

Au fur et à mesure que la poussée d’épinéphrine initiale diminue, l’hypothalamus active le deuxième composant du système de réponse au stress pour maintenir le niveau de vigilance et d’alerte. Si le cerveau continue de percevoir quelque chose comme dangereux, l’hypothalamus stimule les glandes surrénales, les incitant à libérer du cortisol. Le corps reste ainsi excité et en état d’alerte.

Conséquences néfastes

L’activation répétée ou prolongée de la réponse au stress a toutefois des conséquences néfastes sur le corps. Le stress chronique contribue à l’hypertension artérielle, favorise la formation de dépôts obstruant les artères, et provoque des changements cérébraux qui peuvent contribuer à l’anxiété, à la dépression et à la dépendance. Le stress chronique peut également contribuer à l’obésité, à la fois par des mécanismes directs incitant les gens à manger plus, ou indirectement en raison d’un manque de sommeil et d’activité physique.

Certaines personnes sont simplement plus sujettes au stress que d’autres, que ce soit en raison de leur constitution génétique ou de leurs expériences passées. Pour ces personnes, il est particulièrement important d’apprendre des mécanismes d’adaptation sains qui peuvent réduire efficacement le stress. Les techniques de réduction du stress les plus couramment efficaces comprennent notamment une activité physique régulière, un régime alimentaire sain et équilibré, une méditation, de la relaxation et de l’écoute musicale, un soutien familial, une thérapie ciblée et un traitement par antidépresseurs et anxiolytiques si nécessaire.

Quel que soit le niveau de stress, il est important pour tout le monde de maintenir un mode de vie sain et de garder un œil vigilant sur votre santé cardiaque. Ainsi, au moindre symptôme inquiétant et suspect, qu’il soit nouveau ou récurrent, il faut envisager de consulter au plus vite votre médecin traitant ou votre cardiologue pour discuter de vos antécédents, de vos symptômes actuels et des risques encourus afin de convenir des examens à effectuer et éventuellement des traitements à prendre pour vous protéger pour l’avenir.

Finalement, il est nécessaire de rappeler l’importance de la mise en place – par les autorités compétentes – d’une stratégie nationale efficace de recensement et de suivi au court, moyen et long terne des conséquences cardiaques, vasculaires, cérébrales et autres de ce désastre qui fera parler de lui encore bien longtemps.

* Le Dr Naji J. ABIRACHED est cardiologue.


La double explosion du port de Beyrouth, qui a secoué le Liban le 4 août dernier, restera à jamais imprimée dans notre mémoire individuelle et collective. Cette catastrophe, l’une des plus graves de l’histoire contemporaine, représente une des formes de stress les plus agressives pour l’organisme humain. Bien qu’il soit encore tôt pour effectuer un bilan chiffré de ses...

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