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Monde - Épidémie

En Norvège, le Covid-19, une leçon de démocratie pour les enfants

Signe de leur popularité, les conférences de presse sur le Covid-19 ont drainé des centaines de questions.

En Norvège, le Covid-19, une leçon de démocratie pour les enfants

La Première ministre norvégienne Erna Solberg, la ministre de l’Éducation et de l’Intégration Guri Melby et le ministre de la Famille Kjell Ingolf Ropstad, à Oslo, le 3 septembre. Berit Roald/NTB Scanpix/via Reuters

Est-ce qu’on peut de nouveau s’embrasser ? Le coronavirus est-il toujours aussi dangereux ? Quand un vaccin sera-t-il prêt ? Pour la troisième fois depuis le début de la pandémie, la Première ministre norvégienne a répondu hier aux questions d’enfants impatients de voir le bout du tunnel. Flanquée de sa ministre de l’Éducation et de son ministre de la Famille, à distance respectueuse les uns des autres, Erna Solberg a tenté de lever les doutes d’une génération nostalgique des jours pré-Covid, un exercice jugé salutaire par les pédopsychiatres. « J’espère que, l’an prochain, on pourra commencer à vivre un peu plus normalement, a répondu Mme Solberg aux élèves d’une classe de CE2. En attendant, on doit continuer à faire comme aujourd’hui et à veiller les uns sur les autres. »

Depuis que le coronavirus s’est invité dans la région, les responsables des pays nordiques se sont tous livrés à des séances de questions-réponses par et pour les enfants. Mais aucun n’a montré autant de persévérance que les dirigeants norvégiens : c’est la troisième fois depuis mars que le même trio de ministres se prête à une telle « conférence de presse », retransmise en direct à la télévision et d’où les adultes sont bannis.

Dans la très officielle salle de presse du Premier ministre, ils s’emploient à répondre avec des mots simples, sans rien cacher des incertitudes, aux interrogations collectées par un programme pour enfants de la chaîne publique NRK. « L’été est fini, les enfants ont recommencé l’école, leur quotidien a changé, et de nouvelles questions se font jour, de même que le besoin de parler ensemble de l’avenir », a expliqué Mme Solberg dans un courriel. Cette fois-ci, les enfants s’interrogent sur la possibilité de voyager, de jouer au foot avec les autres classes dans la cour de récré ou que leurs grands-parents leur rendent visite depuis l’étranger. Asio, 12 ans, s’interroge, lui, sur le sort de Halloween. « On peut fêter Halloween, respecter la distance d’un mètre, sonner aux portes, se déguiser et s’amuser, répond la Première ministre. Tout le monde doit s’assurer que les précautions sont respectées. »

« Responsabilité et obligation »

Pour les spécialistes, de tels efforts de pédagogie sont bienvenus. Professeur français de psychiatrie de l’enfant, Daniel Marcelli y voit « une initiative démocratique plutôt heureuse ». « Pour tout enfant de sept-huit ans qui a donc atteint l’âge de raison, pouvoir s’adresser en direct au président, au Premier ministre, à une personnalité importante, c’est un acte de reconnaissance important qui nourrit un sentiment de citoyenneté », souligne-t-il. En Norvège, il est d’usage que des débats politiques spécialement consacrés aux enfants soient organisés en amont des élections. « C’est à la fois une responsabilité et une obligation que nous avons », précise Rune Alstadsaeter, secrétaire d’État auprès du Premier ministre. « La Convention relative aux droits de l’enfant, dans son article 17, dit que l’État doit veiller à ce que tous les enfants aient accès à l’information », fait-il valoir.

Signe de leur popularité, les conférences de presse sur le Covid-19 ont drainé des centaines de questions.

« C’est normal, commente le psychiatre Serge Tisseron. C’est la génération de demain. Ils sont extrêmement attentifs à tout cela. » « Quand vous avez 40 ou 50 ans, vous avez vécu autre chose. Mais quand vous avez dix ans, c’est normal de demander si cela va continuer comme ça », explique-t-il.

Au pire « opération électorale », au mieux un « apprentissage démocratique », l’exercice doit, pour revêtir tout son intérêt, s’accompagner selon lui d’un débat préalable dans les écoles avant que les questions soient remontées. Auquel cas, tout le monde y trouve son compte, y compris les plus âgés. « Les enfants posent des questions très directes et sans complexe, note M. Marcelli. Souvent, les réponses peuvent être tout aussi intéressantes pour les adultes. »

Pierre-Henry DESHAYES/AFP

Est-ce qu’on peut de nouveau s’embrasser ? Le coronavirus est-il toujours aussi dangereux ? Quand un vaccin sera-t-il prêt ? Pour la troisième fois depuis le début de la pandémie, la Première ministre norvégienne a répondu hier aux questions d’enfants impatients de voir le bout du tunnel. Flanquée de sa ministre de l’Éducation et de son ministre de la Famille, à distance respectueuse les uns des autres, Erna Solberg a tenté de lever les doutes d’une génération nostalgique des jours pré-Covid, un exercice jugé salutaire par les pédopsychiatres. « J’espère que, l’an prochain, on pourra commencer à vivre un peu plus normalement, a répondu Mme Solberg aux élèves d’une classe de CE2. En attendant, on doit continuer à faire comme aujourd’hui et à veiller les uns sur les autres. »Depuis que...
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