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Société - Administration

À l’Éducation, une affaire aux relents de népotisme et de rivalités politiques

Le ministre Tarek Majzoub vient de limoger Nada Oueyjane, présidente du Centre de recherche et de développement pédagogique, connue pour être proche des milieux aounistes.

À l’Éducation, une affaire aux relents de népotisme et de rivalités politiques

Nada Oueyjane, présidente du CRDP, et l’ancien ministre de l’Éducation Élias Bou Saab. Photo tirée du CRDP

À moins d’un mois de la rentrée scolaire, le ministère de l’Éducation est secoué par une affaire aux relents de népotisme qui révèle, une fois de plus, les rivalités politiques qui secouent l’administration publique du pays. Des rivalités telles qu’elles paralysent l’institution déjà malmenée par l’absence de réformes, la crise économique et financière, la pandémie de coronavirus et, plus récemment, par la double explosion qui a endommagé quelque 128 établissements scolaires.

Nada Oueyjane, présidente du Centre de recherche et de développement pédagogique (CRDP) relevant du ministère de l’Éducation, avait déclaré, quelques jours avant la double explosion qui a endeuillé la capitale libanaise, que le Liban n’était pas prêt pour la prochaine rentrée scolaire. Elle avait fait part de ses craintes que les écoles ne rouvrent pas leurs portes, à la fin de l’été, vu la recrudescence du coronavirus. Et avait déploré qu’aucune stratégie n’avait été mise en place, comme l’ont fait des pays plus prévoyants, pour institutionnaliser l’enseignement à distance et sauver l’année scolaire à venir des élèves libanais. Lundi, elle a été démise de ses fonctions par le ministre sortant de l’Éducation, Tarek Majzoub. Ce dernier n’avait pas apprécié les critiques de la présidente du CRDP qu’il avait jugées « imprudentes », l’appelant en revanche « à mettre en place ce qu’elle réclame pour un retour normal dans les classes ». « Il estimait qu’elle avait outrepassé ses prérogatives et qu’elle avait fait preuve d’un manque de responsabilité », commente une source informée, relatant « les déclarations à répétition » accordées à la presse par une responsable particulièrement critique à l’égard de la politique éducative du ministère.

Nommée par Élias Bou Saab en 2015

Le limogeage de Mme Oueyjane date en fait du 10 août, jour de la démission du gouvernement présidé par Hassane Diab. Mais elle n’entre en application que le 24 août, date à laquelle la présidente a été informée de son renvoi. Elle sera remplacée par la professeure à l’Université libanaise Fida Mikhaël Chami. Nous n’avons pas réussi à joindre M. Majzoub, mais dans un tweet, il a justifié sa décision par une question. « Est-ce une fraude que d’annuler l’affectation d’un employé qui n’a jamais été à la hauteur de ses responsabilités? » a-t-il demandé, accusant carrément de « fraude ceux qui affectent de force un fonctionnaire qui leur est apparenté, pour le garder en poste pendant cinq ans, sans rendement significatif, mais avec une bonne dose de clientélisme ». L’allusion est claire. Sans citer nommément son prédécesseur, Élias Bou Saab, c’est à ce dernier que la pique est adressée.

En effet, l’ancien ministre de l’Éducation, proche des milieux aounistes, avait chargé sa nièce Nada Oueyjane du poste de présidente du CRDP par décision ministérielle le 15 janvier 2015. « La nomination à ce poste aurait dû faire l’objet d’un Conseil des ministres. Mais par décision ministérielle, ce poste a été accordé à une proche du ministre Bou Saab, confirme la source précitée. Et si les compétences de cette professeure universitaire spécialisée en éducation ne sont pas en question, elle était en désaccord avec le ministre (actuel) sur nombre de points et plus particulièrement l’apprentissage en ligne. »

Pour certaines personnes qui ont côtoyé Mme Oueyjane, « le courant n’est jamais passé » entre le ministre Tarek Majzoub, un sunnite proche du Premier ministre démissionnaire, Hassane Diab, et la présidente du CRDP. « Elle était une aouniste inconditionnelle et ne se privait pas de le faire savoir dans ses décisions, comme dans l’embauche de personnes proches du CPL, ce qui dérangeait fortement au sein du ministère, et n’était pas pour plaire au ministre de tutelle du CRDP », confie une source proche du dossier.

Un différend qui n’a fait que s’exacerber

Mais pour Nada Oueyjane, contactée par L’Orient-Le Jour, le différend entre elle et le ministre Majzoub n’a rien de politique. « Il est d’ordre strictement professionnel », assure-t-elle, rappelant les craintes qu’elle avait avancées à maintes reprises quant au « manque de préparation pour l’année scolaire à venir en temps de coronavirus, l’absence de vision éducative de manière plus globale, et une lenteur administrative ». « Un différend qui s’est progressivement exacerbé au point que le ministre a développé des vidéos liées à l’apprentissage en ligne sans le concours du CRDP », déplore-t-elle. « De même, Tarek Majzoub a rejeté la stratégie que j’avais préparée pour la nouvelle année scolaire », ajoute la fonctionnaire congédiée.

Sans grande surprise, dans cet état de délitement généralisé, l’affaire a pris une tournure politique. La rentrée scolaire, elle, attendra, de même que les programmes scolaires en attente de la refonte tant promise. Dans un communiqué, le CPL s’est dit surpris du licenciement de la présidente du CRDP, qu’il a qualifié de « violation administrative flagrante » et même de « fraude ». Il appelle dans ce cadre l’Inspection centrale à agir et à mener l’enquête, et le Conseil d’État à arrêter la mise en application de cette « décision arbitraire ». Et ce d’autant que « la décision n’a été publiée que deux semaines après avoir été prise ». « Ce qui pourrait vouloir dire que le ministre a pris sa décision après la chute du gouvernement et masqué cette fraude en réservant à l’avance les numéros des formalités », explique Mme Oueyjane. Si la principale concernée affirme « ne pas vouloir s’accrocher » au poste qu’elle a occupé pendant plus de cinq ans et demi, il n’en reste pas moins qu’elle envisage de « faire valoir ses droits et de réclamer justice ».

À moins d’un mois de la rentrée scolaire, le ministère de l’Éducation est secoué par une affaire aux relents de népotisme qui révèle, une fois de plus, les rivalités politiques qui secouent l’administration publique du pays. Des rivalités telles qu’elles paralysent l’institution déjà malmenée par l’absence de réformes, la crise économique et financière, la pandémie de coronavirus et, plus récemment, par la double explosion qui a endommagé quelque 128 établissements scolaires. Nada Oueyjane, présidente du Centre de recherche et de développement pédagogique (CRDP) relevant du ministère de l’Éducation, avait déclaré, quelques jours avant la double explosion qui a endeuillé la capitale libanaise, que le Liban n’était pas prêt pour la prochaine rentrée scolaire. Elle avait fait part de ses...
commentaires (6)

5 ans et demi c un peu trop ? STOP à vos comédies de pacotilles. Savez vous Priorisez ???La question la PLUS importante est de subvenir aux besoins URGENTS de l'éducation , notamment plus de 50 % des élèves libanais qui feront leur rentrée dans des écoles soit détruites soit en manque de moyen.

Alors...

17 h 52, le 26 août 2020

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Commentaires (6)

  • 5 ans et demi c un peu trop ? STOP à vos comédies de pacotilles. Savez vous Priorisez ???La question la PLUS importante est de subvenir aux besoins URGENTS de l'éducation , notamment plus de 50 % des élèves libanais qui feront leur rentrée dans des écoles soit détruites soit en manque de moyen.

    Alors...

    17 h 52, le 26 août 2020

  • Les nominations des membres de la famille des ministres députés et présidents doivent être strictement interdites par la loi. Un point c’est tout. Tous les postes à pourvoir au sein de l’état devraient faire l’objet d’un recrutement basé sur la seule compétence des candidats. Il faut changé en premier la constitution et ensuite toutes les lois permettant des largesses aux supposés responsables de ce pays, sinon rien ne se fera et le pays restera classé comme faisant partie du tiers-monde. Nous ne méritons pas ça.

    Sissi zayyat

    12 h 40, le 26 août 2020

  • Exemple parfait du comportement du CPL : on crie partout qu’on veut combattre la corruption et le clientélisme et on agit à l’extrême contraire en nommant sa nièce à un haut poste sans doute fortement rémunéré. En France cela s’appelle du trafic d’influence pénalement répréhensible

    Lecteur excédé par la censure

    09 h 24, le 26 août 2020

  • Compétente ou incompétente? Là est toute la question. Si seulement on pouvait se debarrasser du clientélisme. Premier grand géant pas anti corruption. Mais pas deux poids deux mesures. Partout!

    Massabki Alice

    08 h 50, le 26 août 2020

  • Gendre, nièce, au CPL on a le sens des valeurs familiales. C’est beau...

    Gros Gnon

    07 h 57, le 26 août 2020

  • C'est dégoûtant.

    Esber

    06 h 35, le 26 août 2020

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