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Société - Procès Hariri

Une condamnation et trois acquittements par le TSL

Le tribunal international confirme un assassinat politique, mais n’établit pas de lien direct avec le Hezbollah.

Une condamnation et trois acquittements par le TSL

Les juges du TSL lors de la séance d’hier. Piroschka van de Wouw/AFP/ANP

Des quatre hommes membres présumés du Hezbollah accusés d’avoir participé à l’assassinat en 2005 de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, trois ont été acquittés hier par le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), sans qu’aucun lien direct n’ait pu être établi avec les dirigeants du parti chiite.

Au bout de six ans de procès, le seul à avoir été reconnu coupable était le principal suspect dans l’affaire, Salim Ayache, 56 ans, condamné par contumace pour son rôle dans l’attentat-suicide du 14 février 2005 au cours duquel Rafic Hariri et 21 autres personnes, dont l’ancien ministre Bassel Fleyhane, avaient été tués.

Le TSL a rendu son jugement hier à 16h30, au terme d’une longue audience qui s’explique par la volonté des magistrats d’argumenter le verdict qui expose en détail le contexte dans lequel l’assassinat avait été commis et les motifs de cet acte. Le tribunal évoque l’appartenance des accusés au Hezbollah mais reconnaît qu’aucune preuve n’a permis d’établir un « lien direct » entre l’attentat et la Syrie ou le Hezbollah.

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L’assassinat de Rafic Hariri était « un acte politique perpétré par des personnes dont les activités étaient menacées par celles de Hariri », ont déclaré les juges lors de la lecture du verdict, à Leidschendam, près de La Haye (Pays-Bas), où est basé le TSL. L’acquittement des trois accusés Hassan Habib Merhi, 54 ans, Hussein Oneïssi, 46 ans, et Assaad Sabra, 43 ans, ôte au Hezbollah un argument de taille qu’il mettait en avant pour dénigrer l’action du TSL : il l’accusait d’être politisé et instrumentalisé et affirme toujours ne pas le reconnaître. La condamnation de Ayache pèse toutefois sur la formation chiite.

Les quatre accusés étaient jugés par contumace. « La chambre de première instance du Tribunal spécial pour le Liban déclare M. Ayache coupable au-delà de tout doute raisonnable en tant que coauteur de l’homicide intentionnel de Rafic Hariri avec préméditation. » « Il est coupable de perpétration d’un acte de terrorisme au moyen d’explosifs, d’homicide intentionnel de 21 personnes avec préméditation et de tentative d’homicide intentionnel de 226 personnes avec préméditation », a ajouté le juge David Re.

Après avoir entendu près de 300 témoins et examiné plus de 3 000 pièces à conviction, le tribunal a estimé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour condamner les trois autres suspects, Hassan Merhi, Hussein Oneïssi et Assaad Sabra. Les deux derniers étaient notamment poursuivis pour avoir enregistré une fausse cassette vidéo qui revendiquait le crime au nom d’un groupe fictif.

Quant à Hassan Merhi, il faisait également face à plusieurs chefs d’accusation, tels que complicité de perpétration d’un acte de terrorisme et complot en vue de commettre cet acte. « La chambre de première instance n’a pas été en mesure de conclure que toutes les personnes impliquées dans la surveillance de M. Hariri avaient participé sciemment au complot allégué », a annoncé le TSL. « Toute personne impliquée dans la surveillance de M. Hariri avant le 14 février 2005 à l’aide de téléphones mobiles qu’elle avait l’ordre de jeter ou de remettre à quelqu’un chargé de le récupérer se serait rendu compte, à tout le moins après l’explosion, que l’activité de surveillance était liée à l’attentat. Donc seules des personnes de confiance pouvaient être assignées à une telle tâche », a souligné la juge Micheline Braidy. « L’on peut donc déduire que les personnes impliquées dans le complot avaient un point commun, à savoir l’appartenance à une organisation très soudée, dans laquelle des participants de confiance » se voyaient déléguer des tâches, a-t-elle ajouté.

« Il était évident pour nous depuis le départ que ce dossier ne tenait pas », a réagi à la sortie du tribunal Vincent Courcelle-Labrousse, l’un des avocats de M. Oneïssi. Se disant « très heureux » pour son client, il a toutefois regretté que des centaines de millions de dollars aient été nécessaires au fonctionnement du tribunal et dépensés « sur un dossier aussi vide ».

Moustapha Badreddine, le principal suspect dans cette affaire décrit comme le « cerveau » de l’attentat par les enquêteurs, est mort depuis et n’a donc pas été jugé. Il était un ancien responsable militaire du Hezbollah et avait été tué en 2016 en Syrie. Le tribunal a affirmé ne pas pouvoir soutenir « au-delà de tout doute raisonnable qu’il était le cerveau de l’attentat, comme le soutient l’accusation », selon le juge Re.

« Pas de preuves contre le Hezbollah »

La condamnation de Salim Ayache repose donc entièrement sur l’utilisation de téléphones mobiles pour organiser l’attentat. L’accusé a, selon les juges, utilisé plusieurs téléphones pour surveiller M. Hariri pendant les mois précédant l’assassinat, élément-clef du dossier formé par l’accusation.

Les magistrats ont également indiqué être convaincus que M. Ayache – également accusé d’être impliqué dans trois autres attentats, contre Marwan Hamadé, Georges Haoui et Élias Murr en 2004 et 2005 – « avait des liens avec le Hezbollah ».

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« La Syrie et le Hezbollah ont peut-être eu des motifs d’éliminer Rafic Hariri et ses alliés politiques, mais il n’y a aucune preuve que les dirigeants du Hezbollah aient été impliqués dans le meurtre et il n’y a aucune preuve directe de l’implication syrienne », a cependant déclaré le juge David Re.

Salim Ayache risque la prison à perpétuité. La peine sera toutefois prononcée à une date ultérieure. L’accusation et la défense peuvent toutes deux faire appel du jugement.

« Nous espérons sincèrement que le verdict d’aujourd’hui vous permettra de faire votre deuil », a conclu le juge en s’adressant aux victimes et à leurs familles.

Une minute de silence

La séance avait débuté par une minute de silence en hommage aux victimes de la double explosion au port de Beyrouth qui a tué plus de 177 personnes et blessé au moins 6 500 autres. Le tribunal avait d’ailleurs reporté la lecture du verdict, initialement prévue le 7 août, « par respect pour les innombrables victimes » de cette double explosion dévastatrice qui avait eu lieu trois jours plus tôt. Le juge Re a appelé le tribunal à observer une « minute de silence pour rendre hommage aux victimes de cette catastrophe, à ceux qui ont perdu la vie, à ceux qui ont été mutilés ou blessés, à leurs familles, à ceux qui ont perdu leur maison ».


Des quatre hommes membres présumés du Hezbollah accusés d’avoir participé à l’assassinat en 2005 de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, trois ont été acquittés hier par le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), sans qu’aucun lien direct n’ait pu être établi avec les dirigeants du parti chiite. Au bout de six ans de procès, le seul à avoir été reconnu coupable était...

commentaires (4)

Tant d'années d'investigations et de crispations pour que la montagne accouche d'une souris. Comment admettre l'idée que quelques individus décident à eux seuls d'assassiner un homme de cette envergure sans qu'il n'y ait eu décision au niveau d'une organisation voire même d'un état. L'ampleur de l'attentat à lui seul justifie le fait que sa préparation dépassait les accusés. Rafic Hariri se savait menacé par la Syrie qui a fini par l'éliminer. Le verdict est décevant; une déception de plus.

CAMAYOU

10 h 42, le 19 août 2020

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Commentaires (4)

  • Tant d'années d'investigations et de crispations pour que la montagne accouche d'une souris. Comment admettre l'idée que quelques individus décident à eux seuls d'assassiner un homme de cette envergure sans qu'il n'y ait eu décision au niveau d'une organisation voire même d'un état. L'ampleur de l'attentat à lui seul justifie le fait que sa préparation dépassait les accusés. Rafic Hariri se savait menacé par la Syrie qui a fini par l'éliminer. Le verdict est décevant; une déception de plus.

    CAMAYOU

    10 h 42, le 19 août 2020

  • VERDICTS POLITIQUES ISSUS DE MARCHANDAGES ENTRE LES GRANDS. LE HEZBOLLAH AURAIT DU AU MOINS LIVRE AYACHE.

    OLJ, SOUTENEZ-NOUS POUR QUE NOUS VOUS SOUTENIONS.

    09 h 57, le 19 août 2020

  • "Salim Ayache risque la prison à perpétuité.". En fait, il ne risque rien du tout, puisque, protégé par le Hezbollah, il ne sera jamais arrêté.

    Yves Prevost

    07 h 52, le 19 août 2020

  • Je n'y crois pas a cette sentence 1) le tribunal a été menacé 2) quelqu'un a payé 3) le Hezbollah et la Syrie sont dans le coup 4) je n'y crois plus à ce tribunal

    Eleni Caridopoulou

    00 h 23, le 19 août 2020

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