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Initiative

Jack Lang, Claude Lemand et l’Institut du monde arabe, « solidaires du peuple libanais et de ses artistes »

Le président de l’IMA annonce un certain nombre d’initiatives culturelles vouées à soutenir le Liban et à l’accompagner dans la tragédie que vivent ses habitants.

Jack Lang, Claude Lemand et l’Institut du monde arabe, « solidaires du peuple libanais et de ses artistes »

Jack Lang et Claude Lemand au Grand Palais, mars 2013. Photo DR

Dans un long entretien sur France Info, le vendredi 7 août, le président de l’Institut du monde arabe Jack Lang a annoncé un certain nombre d’initiatives culturelles vouées à soutenir le Liban et à l’accompagner dans la tragédie que vivent ses habitants. Des projets d’envergure, dont certains sont menés conjointement avec le galeriste franco-libanais Claude Lemand, dont la générosité et les initiatives sont une fois de plus au rendez-vous. Interrogé sur le bien-fondé du déplacement d’Emmanuel Macron à Beyrouth, deux jours après le terrible drame qui a touché la capitale libanaise, l’ancien ministre de la Culture a insisté sur la dimension positive de cette démarche. « C’est le premier chef d’État du monde à se rendre sur place. C’est bien normal, le Liban est une nation sœur, c’est une histoire partagée, des liens affectifs, humains, culturels. Le Liban est dans le cœur de tous les Français. Là où Emmanuel Macron s’est rendu à Beyrouth, aucun dirigeant libanais n’était venu en personne, à un point tel que la coupure est grande entre le peuple et les dirigeants. Ce que j’apprécie, c’est la rapidité et l’efficacité de l’aide humanitaire concrète et immédiate », a-t-il répondu, avant de rappeler que le président français était « à l’unisson avec la jeunesse libanaise ». Jack Lang a ensuite réaffirmé son attachement profond à la ville de Beyrouth, « une ville lumière qui a été meurtrie, blessée, écrasée par des gangs, des clans qui s’en sont mis plein les poches au lieu de servir le Liban. Emmanuel Macron a raison, il faut que l’aide attribuée n’aille pas dans les poches des corrompus, mais se tourne vers le peuple, ce qui suppose un profond changement du système ». Afin de dissiper d’éventuels malentendus, l’ancien ministre de l’Éducation nationale a également clarifié l’objectif d’Emmanuel Macron. « Il ne s’agit pas d’établir un nouveau protectorat français, mais au contraire de faciliter l’émergence d’un Liban libre, souverain, maître de lui-même. Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui, le Liban, ce sont d’innombrables cinéastes, écrivains, penseurs, peintres, jeunes qui ne demandent qu’une seule chose : vivre, vivre librement, vivre dignement, et je suis fier et heureux que mon pays, la France, que notre président de la République se soit le premier rendu sur place pour faire entendre cette amitié franco-libanaise. »


« Méditerranéenne » (1980), une lithographie originale de Hussein Madi parmi la centaine de lithographies d’une douzaine d’artistes, tirées de la collection personnelle de Claude Lemand, pour une vente aux enchères chez Christie’s à Paris, en septembre, au profit du Liban. Photo DR


Avant l’entretien, Jack Lang avait demandé à ce que soit diffusée une chanson de Feyrouz, Li Beyrouth ; il a ensuite commenté ce choix musical. « C’est un chant d’amour pour Beyrouth. Je crois qu’en ce moment, il est important que nos cœurs battent en même temps que le cœur de Feyrouz et que le cœur des Libanais », a poursuivi celui qui a annoncé un certain nombre d’initiatives culturelles pour marquer la solidarité de l’Institut du monde arabe avec le Liban. Un grand événement qui s’appellera « 24 heures pour le Liban », qui sera annoncé avec plus de détails prochainement, et aussi, du 20 au 22 août, une œuvre théâtrale, présentée au public sur le parvis du bâtiment conçu par Jean Nouvel, dans le cadre des spectacles en plein air de l’été. Il s’agit de la pièce de Raymond Hosni et Cléa Petrolesi, qui a déjà été jouée au festival IN d’Avignon, Yalla bye, dans une mise en scène de Jean-Christophe Dollé. Cette œuvre propose un chassé-croisé entre deux personnages qui confrontent des perceptions du Liban très différentes. Lui a quitté son pays pour vivre en France et pour échapper à la guerre ; et elle a choisi le Liban comme destination de voyage, portée par une vision orientaliste qui va rapidement se heurter à une réalité moins idyllique.

La grande exposition prévue en janvier 2021 sur les divas du monde arabe offrira également une belle visibilité aux chanteuses libanaises, notamment Feyrouz. Jack Lang a enfin affirmé son soutien aux différentes initiatives de Claude et France Lemand, qui ont été très réactifs pour mettre en place, immédiatement et pour les six mois à venir, plusieurs actions en faveur de Beyrouth, du Liban et de ses artistes.

« La destruction et les pertes considérables qu’a connues le Liban m’ont rappelé les drames que j’ai vécus pendant la guerre, et je me suis mis à pleurer. Même si l’histoire de l’humanité m’inspire un profond pessimisme, je constate que chaque fois que je suis témoin d’un malheur, je réagis immédiatement en vrai optimiste. Je prends des contacts et je déploie une énergie folle pour mener des actions simples et concrètes, et des projets parfois ambitieux, sur le court et le moyen terme. Avec le soutien de Jack Lang, nous avons souhaité, mon épouse et moi, montrer notre solidarité avec les sinistrés de Beyrouth, ville lumière de tout le Proche-Orient, et avec le monde des arts et de la culture de notre chère patrie blessée, mais qui va renaître de ses cendres », confie le galeriste, qui a décidé avec son épouse d’offrir cent lithographies d’une douzaine d’artistes, tirées de leur collection personnelle, pour une vente aux enchères chez Christie’s à Paris, en septembre. Il s’agit de treize artistes provenant du monde entier, vivants ou décédés, Chafic Abboud, Youssef Abdelké, Etel Adnan, Assadour, Dia al-Azzawi, Farid Belkahia, Abdallah Benanteur, Manabu Kochi, Hussein Madi, Naja Mehadji, Mario Murua, Antonio Segui et Ossip Zadkine. La vente de leurs œuvres sera reversée directement à la Croix-Rouge libanaise.

« Comme au moment de l’incendie de Notre-Dame de Paris, j’ai également contacté un certain nombre d’artistes afin de leur demander de créer des œuvres d’art en hommage à la ville de Beyrouth, selon le style et le format qu’ils souhaitent. Le caractère international de cette solidarité est essentiel. Une quinzaine d’artistes du monde entier proposeront d’ici à deux mois leur travail autour d’une ville à laquelle ils sont liés d’une manière ou d’une autre. Youssef Abdelké, Etel Adnan, Nasser al-Aswadi, Dia al-Azzawi, Ayman Baalbaki, Chaouki Choukini, Simone Fattal, Fatima el-Hajj, Abed al-Kadiri, Mohammad O. Kahil, Manabu Kochi, Boutros al-Maari, Najia Mehadji, Mohammad Melehi, Mahmoud al-Obaïdi, Steve Sabella, Antonio Segui, Khaled Takreti, Fadi Yazigi et Hani Zurob ont d’emblée pris part au projet. Nous les exposerons de la mi-octobre à la mi-décembre aux frais de notre fondation, à l’IMA, avant de vendre les œuvres aux enchères chez Christie’s au mois de décembre, en même temps qu’une trentaine d’œuvres de notre collection personnelle, que nous ajouterons », explique le donateur qui insiste sur le succès des ventes des œuvres qui avaient été réalisées dans le cadre de l’hommage à Notre-Dame de Paris. « Des gens des quatre continents y ont participé, et jamais Christie’s n’avait vendu des œuvres du monde arabe à des acheteurs d’Extrême-Orient par exemple. La vente des œuvres de la collection « Hommage à Beyrouth » se fera au profit des auteurs eux-mêmes et du musée de l’IMA afin de financer la grande exposition sur les artistes libanais, « Lumières du Liban », qui se tiendra de mars à juillet 2021 ; Chafic Abboud y aura une place essentielle. Ses bénéfices permettront d’enrichir le corpus présenté afin de proposer un panel de créateurs sur quatre générations et de financer la scénographie, l’éclairage, le catalogue, la communication… » poursuit celui qui espère organiser à Beyrouth même avec les artistes, les collectionneurs et les musées libanais une grande exposition internationale, « Lumières du Liban et du monde », en hommage à la capitale libanaise. « Il faut donner une goutte d’eau fraîche sur le visage meurtri de notre pays bien-aimé », a terminé tristement le galeriste.

Un programme qui s’échelonne sur plusieurs mois et qui n’oublie pas le long terme pour rendre hommage à Beyrouth, que Claude Lemand ne parvient pas à nommer sans une douleur immense, qui emporte sa voix.


Dans un long entretien sur France Info, le vendredi 7 août, le président de l’Institut du monde arabe Jack Lang a annoncé un certain nombre d’initiatives culturelles vouées à soutenir le Liban et à l’accompagner dans la tragédie que vivent ses habitants. Des projets d’envergure, dont certains sont menés conjointement avec le galeriste franco-libanais Claude Lemand, dont la...

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