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Manifestations

« Mon gouvernement a tué mon peuple » : la rage des manifestants résonne dans les rues de Beyrouth

Un agent des Forces de sécurité intérieure tué et plus de 230 protestataires blessés.

« Mon gouvernement a tué mon peuple » :  la rage des manifestants résonne dans les rues de Beyrouth

Samedi, sur la place des Martyrs, qui porte son nom en souvenir des Libanais pendus par les Ottomans, des potences ont été dressées à quelques mètres de la statue en bronze. Photo Matthieu Karam

Contenue quatre jours durant, depuis la double explosion du 4 août au port de Beyrouth, qui a fait jusqu'ici 158 morts et plus de 6.000 blessés, la colère populaire a explosé hier, place des Martyrs, dans le centre-ville, où les manifestants ont commencé à affluer par milliers dès 15 heures, soit deux heures avant le rendez-vous prévu du rassemblement, placé sous le thème du « Jour du jugement ». « Thaoura ! Thaoura ! » criait la foule dont les rangs grossissaient rapidement.

Munis du drapeau libanais, masqués dans leur majorité,c'est en scandant des slogans insultants à l’égard des responsables politiques, accusés d’incurie et d’incompétence et tenus responsables de la tragédie du 4 août, que les contestataires ont convergé, en masse, vers la place des Martyrs. Une scène que l'on n'avait plus vue depuis des mois, depuis les grandes premières heures de la révolution de l'automne 2019.

« Mon gouvernement a tué mon peuple », lit-on sur une pancarte en carton. « Vous étiez des corrompus, vous êtes devenus des meurtriers », est-il écrit sur une autre. « Vous êtes confortablement assis sur vos sièges ? L’histoire retiendra que votre mandat fut celui des tragédies », « Nos lendemains seront meilleurs parce qu’ils ne peuvent pas être pires », « Vous nous avez contraints à vivre dans une jungle au point que nous sommes devenus nostalgiques du mandat (français) »… autant de slogans qui expriment la rage d’un peuple meurtri. Un peuple pour qui la double explosion du port de Beyrouth est tellement symbolique des conséquences tragiques, au delà de la crise économique et financière aiguë que traverse le pays depuis un an, que peut avoir l'incurie, la corruption, et l'incompétence de la classe politique libanaise.

« Je suis venu hurler la rage, la colère, affirme Charif Majdalani, écrivain. Nous sommes tous venus dire la même chose : cassez-vous ! »

Sur la place des Martyrs, qui porte son nom en souvenir des Libanais pendus par les Ottomans, des potences ont été dressées à quelques mètres de la statue en bronze. Des silhouettes grandeur nature en carton frappées à l’effigie des hommes politiques y pendent, la corde au cou : le Premier ministre Hassane Diab, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le chef du Parlement, Nabih Berry, le leader du courant du Futur, Saad Hariri… aucun responsable politique n’est épargné. Le « Hela hela ho… » revient également en force, ciblant tous les responsables sans exception, y compris le chef de l’État, Michel Aoun.

« Je suis descendue manifester pour mon fils et pour tous les enfants du Liban, lance Mirna, la quarantaine. Je veux qu’ils restent au Liban et qu’ils reconstruisent le pays. Je ne veux pas les voir vivre ce que nous avons vécu. Aujourd’hui, comme à chaque fois que je descends, je garde l’espoir de voir venir le changement. Je ne serais pas venue si je n’étais pas armée de cet espoir. Il est important de ne pas baisser les bras. De continuer à essayer, jusqu’à ce que le changement ait lieu. »

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Plus loin, Maya, la trentaine, brandit le drapeau libanais. Elle est une inconditionnelle du mouvement de protestation depuis ses débuts, le 17 octobre dernier. Au dessus de son masque de protection, qui dissimule son visage, ses yeux brillent de colère. « Si, après la tragédie de Beyrouth, le peuple ne tient pas bon jusqu’à ce qu'il les (responsables politiques) dégage, cela veut dire que nous avons tout perdu, confie-t-elle. C’est ce que je crains. Quel qu’il en soit, il est important qu’ils sachent que les gens crachent sur eux. »

Makram, la quarantaine, est convaincu que ce rassemblement est différent de ceux qui l’ont précédé, parce qu’il est motivé par « la douleur et la colère ». « Les gens qui n’avaient pas l’habitude de descendre dans la rue parce qu’ils suivaient les manifestations sur leur poste de télévision, n’ont plus de télé, ni un fauteuil dans lequel ils peuvent s’installer, dit-il. Il est sûr que nous allons être attaqués, mais l’important c’est de rester dans la rue, jusqu’à ce que le changement ait lieu. »

"Le jour du jugement", le slogan de la manifestation contre la classe dirigeante, samedi à Beyrouth. Photo Joao Sousa

Affrontements
Lors de cette manifestation, massive, les affrontements avec les forces de l'ordre ont débuté très tôt. Dès 15 heures, lorsqu’un groupe de protestataires a lancé des projectiles vers les barrières érigées pour entraver les accès au Parlement et s’en est pris aux barrières métalliques protégeant l’hémicycle. Quelques minutes plus tard, les forces de l’ordre ripostaient en tirant des bombes lacrymogènes repoussant les manifestants à l’entrée de la rue Weygand, vers la place des Martyrs. Pas suffisant, pour autant, pour démotiver ces groupes de révolutionnaires qui ont continuer à lancer des projectiles. « Danser et chanter fait du bien, mais il faut occuper le Parlement et le Grand Sérail », lance l’un d’entre eux.

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Plus les affrontements s’intensifiaient et plus la foule grandissait. Vers 18 heures, les gens, des hommes, des femmes, des manifestants venus en famille, avec enfant et grands-parents, affluaient encore vers la place des Martyrs. Et ce alors même que les chaîne de télévision diffusaient en boucle les images des violences ayant lieu dans le centre-ville. La rue Gemmayzé grouillait de manifestants, ainsi que tous les axes qui convergent vers le centre. L’autoroute de Dora vers Saïfi était tellement bloquée que les protestataires ont garé leur voiture, poursuivant leur chemin à pied.

Plus haut, vers la mosquée al-Amine et dans les rues adjacentes, l’ambiance est, assez longtemps, restée relativement plus calme. Les manifestants reprenant les slogans habituels de la Thaoura. Les heures passants, l'ambiance se tend, et des slogans plus virulents à l'encontre notamment du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, sont lancés. "Nasrallah terroriste", entend-on notamment.

Alors que les affrontements s’intensifient, des appels sont lancés via les haut-parleurs pour demander aux manifestants de ne pas quitter les lieux. En début de soirée, les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre se durcissent, notamment devant l’hôtel Le Gray, à la rue Weygand, et dans la rue des Lazaristes. L'on apprendra, en soirée, via un communiqué des FSI, qu'un de ses agents est décédé alors qu’il intervenait à l’intérieur de l’hôtel Le Gray occupé par les manifestants. Dans son bilan, la Croix-Rouge libanaise, précise, elle, avoir transporté 63 blessés vers les hôpitaux et soigné 175 personnes sur place.

Vers 23 heures, le calme était revenu à la place des Martyrs, où seuls quelques groupes de manifestants campaient toujours.




Contenue quatre jours durant, depuis la double explosion du 4 août au port de Beyrouth, qui a fait jusqu'ici 158 morts et plus de 6.000 blessés, la colère populaire a explosé hier, place des Martyrs, dans le centre-ville, où les manifestants ont commencé à affluer par milliers dès 15 heures, soit deux heures avant le rendez-vous prévu du rassemblement, placé sous le thème du «...

commentaires (6)

Beyrouth est comme job qui a tout perdu sauf sa foi en Yahvé , mais job était un gros con! Frappe frappe O douleur , si tu trouves encore de la place .....

Robert Moumdjian

03 h 45, le 10 août 2020

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Commentaires (6)

  • Beyrouth est comme job qui a tout perdu sauf sa foi en Yahvé , mais job était un gros con! Frappe frappe O douleur , si tu trouves encore de la place .....

    Robert Moumdjian

    03 h 45, le 10 août 2020

  • En 20 ans de guerre ma famille au Liban a subi moins de morts, blessés et dégâts que ce 4 août maudit. Je souhaite de tout mon cœur faire tomber la pourriture qui sans aucune pudeur s’accroche au pouvoir. Tremblez les sangsues du Liban, votre heure est proche.

    Antoine Eddé

    13 h 17, le 09 août 2020

  • CA C,EST LE COMBLE ! IL FAUT QU,ILS DEGAGENT IMMEDIATEMENT DE BONGRE. SINON LE PEUPLE LES DEGAGERA DE MALGRE. PLUS D,AUTRE ALTERNATIVE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 22, le 09 août 2020

  • Stupide manifestation : Résultat un POLICIER assassiné , destructions de documents probablement très gênants aux partis politiques qui ont participé à cette folie organisée . Comédie de démission et voilà que Future réapparaît (avec une émission sur l’oligarque rafik semblable aux émissions de la crucifixion du Christ !)- on nous prend pour des débiles. Et pourtant messieurs les révolutionnaires d’hier sachez que pour détourner notre attention de l’enquête sur vos corruptions et faire oublier qu’il il y a 200 morts et 5000 blessés c’est rate…. Honte à vous.

    aliosha

    09 h 07, le 09 août 2020

  • Ce silence assourdissant des autorités ... attendent ils que le soufflé retombe ? Il semble pourtant que l’heure est grave, le président devrait en tirer les conséquences . Normalement un responsable de si haut rang aurait du s’adresser à la nation et non se lancer dans des supputations improbables. Pour une fois le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’un accident , lui semble penser, envers et contre tous, qu’il s’agirait d’un élément extérieur, en d’autres termes, un OVNI qui aurait frappé le port. La population, déjà en détresse psychologique, est excédée tandis que lui, entouré d’une poignée de fidèles qui rétrécit comme peau de chagrin, s’accroche à son strapontin. Ne serait ce que moralement, il devrait tirer les conséquences de la faillite de son mandat et meme si on ne peut lui imputer les incendies en Amazonie, les plus grandes catastrophes sont survenues durant son mandat, il pourrait évoquer la malchance... mais les faits sont là, il marquera à jamais l’histoire du Liban dans des proportions inimaginables, dans le mauvais sens. Seule et triste consolation, il n’a pas tracé les bons sillons pour son succésseur désigné. L’heure, pour lui, est venue d’aller profiter de ses petits enfants, plaisir incommensurable et moins lourd à son âge ...

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