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Nos Lecteurs ont la Parole

L’explosion vécue depuis l’étranger par une expatriée

L’explosion vécue depuis l’étranger par une expatriée

Photo Nabil Ismail

En l’an 2000 et à l’occasion de mes 18 ans, mes parents ont décidé de m’envoyer à l’étranger pour faire mes études universitaires, pour y travailler et pour acquérir un 2e passeport. Pour eux le Liban est un pays instable et il valait mieux le quitter pour mieux vivre ailleurs...

Vingt ans plus tard, je suis toujours à l’étranger, je suis bloquée devant ma télé, les images sont très violentes et je n’arrive pas à y croire...

Je n’arrive pas à croire qu’on n’a plus de capitale, Beyrouth n’existe plus ! Beyrouth que nous avons mis tellement de temps à reconstruire après la guerre, et dont nous sommes tellement fiers ! Toutes les entreprises mondiales sont implantées à Beyrouth ! Les Libanais qui ont fait fortune à l’étranger et qui sont rentrés avec tous leurs investissements, leurs connaissances, leur savoir-faire pour reconstruire Beyrouth et pour faire partie de ce rêve beyrouthin...

Comment tout cela a eu lieu ? Comment en une seconde tout est parti en éclats ? Notre capitale, notre ville, notre port, nos ruelles, nos Beyrouthins, nos vieilles maisons datant du XIXe siècle...

Comment par négligence, par ignorance, par corruption, pour des intérêts politiques personnels, toute une capitale part en éclats, toute une capitale est à terre !

Je n’y crois pas ou plutôt je ne veux pas y croire, je n’arrive plus à dormir, je me réveille devant la télé, je m’endors devant la télé comme si j’attendais une annonce, comme si j’espérais qu’on me dise, réveille-toi de ce cauchemar, c’est une fausse alerte, Beyrouth va bien, nos Beyrouthins vont bien, le Liban va bien !

Je vois nos jeunes s’entraider sur le lieu de l’explosion, je les vois ramasser des débris de verre, balayer les rues, faire tenir à tout prix ces maisons dévastées... À ces jeunes je dis :

Ne faites pas comme moi, ne quittez pas notre pays, résistez, révoltez-vous, vous êtes l’avenir de ce pays, vous êtes notre fierté et notre seul espoir !

Faites-les partir, mais ne partez pas !

Faites partir ces assassins, ces corrompus, ces incompétents, ces voleurs qui pendant des années n’ont rien fait à part faire saigné le peuple libanais.

Faites-les partir, mais vous, restez et résistez parce que vous êtes plus patriotiques que cette bande d’incapables qui ont vendu le Liban et son peuple pour leurs propres intérêts personnels, ils sont tout sauf libanais. Ils ne sont pas dignes de ce pays !

Ils nous ont volé, ils ont volé nos épargnes, le fruit des années de travail et d’acharnement, ils nous ont tout pris, nos rêves, nos projets et notre avenir.

Ne partez pas, restez, révoltez-

vous ! Qu’ils soient punis et sanctionnés au nom du peuple libanais ! Que les guillotines prennent place à Beyrouth !

Débarrassez-vous d’eux, vous êtes travailleurs, débrouillards et qualifiés, vous excellez dans tous les postes à l’étranger et au sein des plus grandes entreprises mondiales !

Débarrassez-vous d’eux, vous n’avez pas besoin d’eux !

Tant qu’ils sont là, on ne vit pas, on survit !

Débarrassez-vous d’eux, cette explosion est de trop, cette explosion a pointé du doigt encore plus le degré extrême de corruption et de manque de patriotisme qu’ils ont attaint !

Écrivons ensemble, main dans la main, un nouveau chapitre de notre histoire, révoltons-nous, changeons les choses !

Notre Liban est à nous, vous autres, vous ne le méritez pas, partez en enfer et laissez-nous en paix !

Joëlle GHANEM LAHOUD

Dubaï

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


En l’an 2000 et à l’occasion de mes 18 ans, mes parents ont décidé de m’envoyer à l’étranger pour faire mes études universitaires, pour y travailler et pour acquérir un 2e passeport. Pour eux le Liban est un pays instable et il valait mieux le quitter pour mieux vivre ailleurs...

Vingt ans plus tard, je suis toujours à l’étranger, je suis bloquée devant ma télé,...

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