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Exposition/Rencontre

Kamal Kassar : Mon rêve le plus cher, un musée de la musique au Liban

Du 22 juillet 2020 au 4 janvier 2021, Marseille accueille l’exposition « L’Orient sonore, musiques oubliées, musiques vivantes », autour du patrimoine de la musique orientale.


Kamal Kassar : Mon rêve le plus cher, un musée de la musique au Liban

Farajallah Baida (Liban), « Ya Ghazali Kayfa Anni Abaadouk » (« Ma gazelle, comment t’ont-ils éloignée de moi ? »), Baidaphone, 1907, 78 tours. AMAR – Foundation for Arab Music Archiving & Research, Beirut ©AMAR

Soutenue par la fondation AFAC (Arab Fund for Arts and Culture) au Liban, « L’Orient sonore » est une exposition qui passionnera à la fois les amoureux d’histoire et les mélomanes. Pour ceux qui auront la chance de passer par Marseille avant le 4 janvier 2021, il s’agira là d’un rendez-vous culturel à ne pas manquer. « À partir de la richesse exceptionnelle des collections de la Fondation AMAR (Foundation for Arab Music Archiving & Research), l’exposition “L’Orient sonore” donne à voir et à entendre l’histoire des traditions musicales arabes menacées et de leur sauvegarde. Des maisons de disques d’hier aux vidéos d’aujourd’hui, elle nous mène à la redécouverte d’un patrimoine oublié », peut-on lire sur le site internet du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem).

Kamal Kassar, commissaire de l’exposition et directeur de la Fondation AMAR pour l’archivage et la recherche sur la musique arabe, explique à L’Orient-Le Jour : « Nous racontons deux histoires de préservation : d’abord celle entreprise par les maisons de disques occidentales qui, au début du siècle dernier, ont effectué les premiers enregistrements de musique arabe et nous ont permis de préserver notre musique du XIXe siècle et de la faire vivre jusqu’à aujourd’hui ; ensuite celle de l’histoire de la préservation de la mémoire des traditions orales populaires qui se trouvent dans ce vaste monde arabe. Nous présentons 12 exemples de ces traditions orales, que nous avons filmés pendant des centaines d’heures. Chaque sujet a été filmé des dizaines d’heures pour obtenir du matériel sur cette pratique de transmission qui est en danger, soit pour des raisons politiques, communautaires, religieuses, soit pour des raisons de développement social qui laisse derrière ce genre de belles traditions. »

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En outre, l’exposition donnera la possibilité d’écouter 60 disques de 78 tours illustrant les pratiques musicales du monde arabe (du Golfe au Maghreb). « Ce sont 60 chanteuses et chanteurs choisis pour leur représentativité des pays du monde arabe : Irak, Yémen, Syrie, Liban, Arabie, Égypte, Soudan, pays du Golfe et du Maghreb. Les enregistrements couvrent une période allant de 1903 jusqu’aux années 1970. Chaque pays possède sa propre histoire avec le disque qui lui est associé, et ces histoires sont toutes racontées dans l’exposition », précisent Kamal Kassar et Fadi Yeni Turk (co-commissaire de l’exposition et directeur de la photographie) dans une interview publiée sur le site du Mucem.


Pochette d’un des premiers 78 tours produits par le label levantin Baidaphone en 1907. Le disque présente Farjallah Baida (1880-1933), un chanteur libanais qui interprète « Ya Ghazali Kayf Anni Abaadouk » (« Ma gazelle, comment t’ont-ils éloignée de moi ? »), poème très populaire depuis le XIXe siècle, dans lequel il improvise en arabe littéraire. AMAR – Foundation for Arab Music Archiving & Research ©AMAR


La Fondation AMAR face à la crise

Si beaucoup craignent que la crise économique et politique qui dévaste actuellement le Liban lui fasse à jamais changer de visage, son héritage musical semble donc être, quant à lui, en sécurité. « Je suis très inquiet pour le Liban, je ne sais pas ce que va devenir ce pays, il est à un tournant. Mais du point de vue de notre travail d’archivage et de collecte, nous continuons et nous n’arrêterons pas. Nous avons des soupapes de sûreté par les systèmes de digitalisation, de numérisation, de banque de données, que nous essayons de préserver. Les archives que nous avons n’existent nulle part ailleurs, il faut qu’on les protège pour les générations futures. Nous essayons de publier des coffrets tous les ans de cette musique, et il y a eu plus de 210 podcasts réalisés ces quatre dernières années. Nous sommes aussi en train de refaire notre site internet pour ajouter 500 à 600 pièces musicales, pour qu’elles soient accessibles à tous », rassure Kamal Kassar.

Depuis 2009, la Fondation AMAR s’occupe de l’archivage et de l’étude de la musique arabe, spécialement celle du Moyen-Orient. « Nous avons commencé en collectant des enregistrements sur 78 tours de disques qui ont commencé à être imprimés en 1903 et qui ont continué jusque dans les années 50/60. Ces disques représentent une source très importante pour connaître la musique classique arabe, cette musique née vers le milieu du XIXe siècle », rappelle le directeur de la Fondation. Dans cette logique de préservation et de diffusion au large public d’un patrimoine arabe commun, la Fondation s’est rendue en 2018 au Humboldt Forum de Berlin. « C’est lors de cette exposition à Berlin que les patrons du Mucem ont été intéressés par l’idée de faire connaître ce patrimoine si riche », se souvient Kamal Kassar.

Mais après Berlin, après Marseille, la Fondation AMAR pourra-t-elle un jour mettre à disposition à ampleur similaire son gigantesque patrimoine sonore de la région au Liban même ? Son fondateur répond, non sans une pointe d’amertume : « Mon rêve le plus cher, c’est de faire un musée de la musique au Liban. Mais nous n’avons aucun soutien, aucune subvention. Nous n’avons pas la possibilité d’acheter un immeuble et d’en faire un musée. Sans aide, ce ne sera pas possible. » En espérant qu’un jour ces souhaits tombent dans les oreilles de mécènes mais aussi et surtout dans celles d’un ministre de la Culture soucieux du patrimoine libanais.


Soutenue par la fondation AFAC (Arab Fund for Arts and Culture) au Liban, « L’Orient sonore » est une exposition qui passionnera à la fois les amoureux d’histoire et les mélomanes. Pour ceux qui auront la chance de passer par Marseille avant le 4 janvier 2021, il s’agira là d’un rendez-vous culturel à ne pas manquer. « À partir de la richesse exceptionnelle des...

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Le patrimoine musical libanais est déjà present au collège Notre Dame de Jamhour

Robert Moumdjian

03 h 41, le 04 août 2020

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  • Le patrimoine musical libanais est déjà present au collège Notre Dame de Jamhour

    Robert Moumdjian

    03 h 41, le 04 août 2020