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Innovation

Au Liban, des centres éducatifs ont su prendre le virage du numérique

Ringlet Learning, une start-up basée à Saïda, lancera à l’automne une plateforme munie d’une intelligence artificielle personnalisant l’apprentissage pour les élèves.

Au Liban, des centres éducatifs ont su prendre le virage du numérique

La nouvelle plateforme d’apprentissage virtuel créée par la start-up Ringlet Learning sera lancée à l’automne prochain. Rawane Affara/Ringlet Learning

Après une année scolaire chaotique et tandis que de nombreuses écoles publiques et privées sont désormais menacées par la crise économique, les centres éducatifs, eux, s’ouvrent au marché numérique relançant quelque peu, par là même, l’économie de la connaissance au Liban. Face aux crises, les nombreux centres de remédiation et d’éducation spécialisée du Liban se sont en effet rapidement lancés dans l’enseignement en ligne, réagissant à l’actualité et répondant à la demande d’une éducation rigoureuse pour sécuriser l’avenir de la jeunesse libanaise. Alors que le Liban fait face depuis près d’un an à la pire crise économique et financière de son histoire, avec une dépréciation abyssale de la monnaie nationale et le saut de quelque 50 % des Libanais sous le seuil de pauvreté, selon les chiffres de la Banque mondiale, l’ensemble des secteurs sont en crise et celui de l’éducation n’est pas épargné. Avec des licenciements en série, des frais de scolarité impayés, une baisse des réinscriptions pour l’année prochaine et, au cours du week-end écoulé, la présidente du Centre de recherche et de développement pédagogique, Nada Oueyjane, qui demandait l’aide de l’État pour l’achat de fournitures scolaires, entre autres, au vu de l’inflation galopante… la rentrée s’annonce d’ores et déjà houleuse.

Il va sans dire que l’année scolaire 2019-2020 a été exceptionnelle pour tous les élèves libanais : du mouvement de contestation contre la classe dirigeante à partir du 17 octobre, ayant entraîné la fermeture des établissements scolaires pendant des semaines, aux mesures de confinement pour enrayer la propagation du Covid-19, fin février pour les écoles et à la mi-mars pour les universités, les cours traditionnels ont accusé le coup.

L’organisation dans la précipitation par les écoles de cours en ligne n’a pas été un franc succès : classes souvent intenables, tricherie aux examens, connexion internet précaire, utilisation maladroite des systèmes de communication en ligne… C’est une accumulation de lacunes et de cours de rattrapage qui se profile à la rentrée prochaine.

Dans ce contexte, et malgré les situations sanitaire et économique difficiles, les centres éducatifs ont réussi à tirer leur épingle du jeu, proposant une alternative à des parents inquiets et des élèves en retard. Et ce au-delà des frontières du Liban.

Incursion sur le marché numérique à l’international

« En moins d’un mois, nous avons investi les marchés de sept pays arabes », indique Audrey Nakad. La cofondatrice de l’application Synkers fait ici référence à l’expérience numérique à laquelle le secteur de l’éducation s’est vu contraint lorsque les mesures de confinement ont été instaurées à travers le monde, au premier semestre de 2020. « Avant la pandémie, nous avions déjà développé notre propre plateforme virtuelle, mais peu de clients y avaient recours car la barrière face à l’enseignement en ligne était encore bien présente. Le confinement a complètement brisé cette dernière et en a démontré les nombreux avantages. » Cette constatation, Sarah Taher, cofondatrice d’Etcetera (Educational Teaching Consultancy), l’un des premiers centres d’éducation spécialisée à Beyrouth, l’a faite aussi. « Malgré l’inclusion de nombreuses ressources technologiques dans nos salles de classe, nous n’avions jamais exploité l’enseignement en ligne. Par la force des choses, nous nous sommes lancés et autant les parents, les élèves que nos professeurs y ont trouvé un intérêt. »

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Avec la fin du confinement, Etcetera a rouvert ses portes, mais beaucoup de clients ont souhaité poursuivre leurs cours en ligne, autant au Liban qu’à l’étranger. « Grâce aux cours en ligne, nous avons élargi notre clientèle à l’international, principalement au niveau de la diaspora libanaise, notamment au Brésil et aux États-Unis. » Quant à Scorehub, un centre éducatif ayant ouvert au printemps 2019, c’est dès le début du mouvement de contestation que la fondatrice et directrice du centre, Fadila Ghandour, a décidé de se lancer en ligne. « Par crainte pour la sécurité de nos élèves et de nos employés, la directrice a décidé de fermer le centre et de proposer une alternative en ligne le temps que la vie reprenne à peu près son cours normal à Beyrouth à l’automne dernier, explique la manager de Scorehub, Farah Jouni. Lorsque la pandémie est arrivée au Liban et que les mesures de confinement ont été instaurées, nous avions déjà tous les outils et les réflexes nécessaires pour poursuivre nos cours de manière numérique. » En promouvant les cours en ligne toute l’année, Scorehub a d’ailleurs réussi à doubler son nombre d’élèves au Liban au mois de juillet par rapport à l’été dernier.

Une nouvelle plateforme d’apprentissage pour tous

Contraintes de passer en ligne, les institutions éducatives nationales ont dû mettre les bouchées doubles pour continuer à assurer leur mission de la manière la plus efficace possible, via diverses plateformes internationales déjà disponibles sur le marché, telles que Zoom, Skype, Microsoft Teams ou encore WebEx. Si cette option a dans un premier temps paru simple, les limites n’ont pas tardé à apparaître : absence de sécurité en ligne, inadéquation des formats au service des méthodes éducatives, absence d’outils d’apprentissage et difficulté de communication et de contrôle entre le professeur et sa classe.

Dans le but de faciliter l’apprentissage continu à distance, le ministère de l’Éducation avait annoncé le 20 mai une collaboration avec l’application britannique Century Tech, offrant son usage gratuitement à « des milliers d’écoles et des millions de familles au Liban », selon leur communiqué. Collaborant déjà avec le gouvernement libanais depuis 2018 pour aider les réfugiés syriens en âge de poursuivre leur éducation, ce système internationalement reconnu s’est donc dans un premier temps ouvert aux écoles du secteur public, mais à la toute fin de l’année scolaire.

« Le Liban doit investir dans son potentiel national et ne pas chercher des solutions de facilité à l’étranger », estime toutefois Rawane Affara, à la tête de Ringlet Learning. De plus, « si les bases de l’enseignement sont les mêmes de par le monde, chaque pays possède son propre système éducatif selon sa culture, sa région, sa langue, etc. ». De fait, la plateforme d’apprentissage que propose Century Tech n’inclut du contenu de référence que pour l’anglais, les sciences et les mathématiques pour les enfants âgés de 7 à 16 ans.

La start-up Ringlet Learning, basée à Saïda, va beaucoup plus loin. Son projet est en effet de créer une plateforme munie d’une intelligence artificielle sécurisant et personnalisant l’expérience d’apprentissage sur base des curriculums disponibles sur le marché de l’éducation au Liban, selon les systèmes français, anglais et libanais, et, surtout, faisant converger les secteurs public et privé pour offrir la meilleure éducation possible à tous les enfants du pays.

Si le projet remonte à avant la pandémie de Covid-19, les conséquences de cette dernière ont à la fois attesté du besoin vital de se lancer sur le marché de l’éducation numérique et de la nécessité d’un renouvellement du secteur de l’éducation, confirmant au passage à Rawane Affara qu’elle était sur la bonne voie. Sélectionnée par Pitchworthy, un incubateur/accélérateur d’entreprises situé à Beyrouth, en collaboration avec la fondation Asfari, la plateforme d’apprentissage virtuel Ringlet Learning sera lancée à l’automne. Avec les incertitudes cumulées au Liban cette année, sa créatrice espère ainsi pallier les manquements scolaires de l’année écoulée et offrir un recours local et innovant à tous les établissements scolaires du Liban.




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