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Erreur d’adresse

Et si on les chamboulait un bon coup, toutes ces équations qui, en dépit des bonnes volontés internationales, ne font qu’enfermer le Liban en détresse dans une étouffante quadrature du cercle ? Oui, si pour briser la mortelle impasse, on s’essayait à aborder la question par l’autre bout ?

Aidez-nous à vous aider : assénée il y a peu à Paris et réitérée à Beyrouth même, reprise par les Britanniques, célébrissime est désormais cette adjuration de Jean-Yves Le Drian aux dirigeants libanais, afin qu’ils entreprennent ces réformes sans lesquelles il n’est point de salut. D’une logique imparable, lumineuse est certes la formule ; à tel point éblouissante cependant qu’elle peut en devenir aveuglante, et là précisément réside le problème.


Que faire en effet, face à un quémandeur qui se refuse à toute nouvelle règle de vie car il se porte très bien comme ça, merci ? Nulle logique au monde n’aurait pu prévoir le cas d’une mafia politique qui se cramponne de toutes ses griffes à ses juteux privilèges, alors que la pauvreté frappe le commun des citoyens. Qui avale et digère, sans broncher, les malédictions populaires comme les réprimandes et admonestations des puissances amies. Qui croit leurrer son monde en traficotant des réformes qui n’en sont pas vraiment. Et dont on continue d’attendre pourtant qu’elle se résigne à passer aux choses sérieuses : ce qui reviendrait, pour ces parrains, à se passer eux-mêmes la corde au cou.


Guère encourageant : c’est en ces termes (encore était-il trop indulgent) que le chef du Quai d’Orsay commentait, jeudi, le traitement du dossier vital de l’électricité, ce gouffre à milliards engloutis en rapines, et qui n’est pas près d’être comblé. Patience, le ministre va en voir de bien belles encore, notamment avec l’imposture de ces audits choisis à la carte par le pouvoir et dont le champ d’investigation est strictement délimité par avance. Tout cela pour dire qu’en définitive, cet aidez-nous de légende s’adressait au mauvais interlocuteur : aux dirigeants d’un pays qu’ils ont eux-mêmes mis en coupe réglée.


Tout au long de son séjour beyrouthin, Jean-Yves Le Drian n’a cessé d’affirmer le fidèle soutien de la France au Liban et aux Libanais : précision capitale, d’ailleurs illustrée par l’assistance sanitaire, humanitaire, académique et autre que nous offre l’Hexagone, sans plus attendre ces fameuses réformes qui jouent les filles de l’air. Pour généreux et hautement apprécié que soit toutefois ce programme d’urgence, il y a davantage à faire pour une population dont nul ne peut encore ignorer qu’elle est retenue en otage par une classe dirigeante corrompue et bien décidée à continuer en toute impunité.


Démasquer ces responsables indignes, les sanctionner, leur faire rendre gorge, remettre à flot un pays en faillite pour cause patente de pillage n’est humainement possible qu’à la faveur d’une vaste et intraitable campagne internationale d’assainissement. Le moteur d’une telle entreprise ne saurait être autre que la France, marraine d’un Grand Liban bouclant en triste état son premier centenaire et patrie des libertés publiques. Du moment que l’État fait la sourde oreille, c’est le peuple, amis français, qu’il faut aider, pour que le Liban vous aide enfin à l’aider.


Issa GORAIEB
[email protected]


Et si on les chamboulait un bon coup, toutes ces équations qui, en dépit des bonnes volontés internationales, ne font qu’enfermer le Liban en détresse dans une étouffante quadrature du cercle ? Oui, si pour briser la mortelle impasse, on s’essayait à aborder la question par l’autre bout ?

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