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Et les réformes, bordel ?

Aidez-nous à vous aider…

Dieu, qu’il était bien senti, ce bon sang par lequel Jean-Yves Le Drian ponctuait mercredi, devant le Sénat français, son appel aux responsables libanais afin qu’ils procèdent aux réformes que commande impérieusement la situation ! Quelle amertume, quelle indignation, quelle colère noire dans cette exclamation fort peu diplomatique, frisant même le juron, que lui inspirait la choquante léthargie des autorités locales, à l’heure où notre pays frôle, lui, l’effondrement total !


Aide-toi, le Ciel t’aidera…


La formule est vieille comme le monde et depuis l’Antiquité déjà, c’est là que réside le début de toute sagesse ; car pour les individus comme pour les nations, obéir à ce conseil fait toute la différence entre mendiant fataliste et victime de quelque infortune méritant pleinement assistance. Toujours est-il que pour voler au secours du Liban, non moins de deux présidents de France ont littéralement remué ciel et terre, faisant de leur capitale le point de ralliement des puissances désireuses de lui venir en aide. À Jacques Chirac nous devons Paris I, II et III, qui ont notamment rendu possibles la reconstruction et la stabilisation du Liban de l’après-guerre. Avec le projet CEDRE, Emmanuel Macron a élargi le concept d’une mobilisation internationale ouverte aux entreprises privées et dont le nécessaire, l’inévitable pendant est un sérieux effort d’assainissement consenti par le Liban lui-même. C’est dire que pour motiver (et rassurer !) prêteurs et investisseurs, le Liban officiel doit rompre avec une longue tradition de laisser-aller, de mal gouvernance, de corruption et d’engagements non honorés.


L’équation est désormais toute simple : pour conjurer l’extrême fragilité du verre dont il est fait, l’État libanais n’a d’autre issue que d’en acquérir la transparence ; mais les dirigeants y sont-ils vraiment résolus ou, pour le moins, résignés ? Tout porte à croire le contraire, et dans l’océan d’absurdité et de surréalité où patauge le pays, l’on serait même tenté de trouver la chose absolument naturelle, normale. Quel assassin en effet irait-il se porter volontaire pour la reconstitution de son crime ? Quelle excellence pourrie accepterait-elle de bon cœur une enquête sérieuse sur les malversations dont elle est, parmi bien d’autres, notoirement suspectée ?


Éloquente à cet égard, parmi tant d’autres aberrations, est la ridicule valse-hésitation qui continue de marquer la recherche de la firme de juricomptabilité idéalement qualifiée pour éplucher les comptes de la Banque du Liban. Selon le ministre des Finances qui se réclamait de ses solides et fidèles sympathies partisanes, c’est pour cause de liens avec Israël qu’a été récusé l’audit Kroll, pourtant pressenti depuis trois mois. Voilà donc les services de sécurité libanais affairés à passer au crible les sociétés financières en lice, dans l’espoir de trouver l’oiseau rare ; souhaitons-leur bonne chance : il serait bien honteux et déshonorant, n’est-ce pas, de voir atterrir sous les yeux de l’ennemi la volumineuse chronique des turpitudes nationales…


Les responsables sont conscients du désastre imminent mais ce n’est guère suffisant et rien ne bouge, déplorait ce jour-là le chef du Quai d’Orsay. Mais si, Monsieur le Ministre, ils bougent, ils ne font même que ça mais sans grand résultat. Vous n’êtes pas sans savoir que le gouvernement Diab, dit de technocrates indépendants et qui groupe quelques bonnes volontés, est le jouet de ces mêmes forces politiques qui ne se laisseront pas dessaisir de leurs scandaleux privilèges, dût le pays faire naufrage : qui, au grand jamais, ne se passeront elles-mêmes la corde au cou.


Davantage encore que le gouvernement, c’est le peuple libanais ruiné, vampirisé, menacé de famine, qui fait figure d’otage et risque d’être le premier à faire les frais de la montée des périls dont cette partie du monde, avec son cortège de pressions et de sanctions économiques. Pour cette raison, c’est d’une philosophie nouvelle que doit se parer toute entreprise d’aide au Liban ; le salut de ce pays ne tient plus désormais à la seule poignée de milliards éventuellement concédés à un establishment politique qui, par miracle, aurait enfin montré quelques signes d’amendement.


Non, aider le Liban n’est plus simple et froide question de gros sous. Aider le Liban, c’est surtout garantir l’essentiel de ce qui fait ce pays. C’est se préoccuper des principaux, sinon des seuls, méritants : les Libanais.

Issa GORAIEB

[email protected]


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Dieu, qu’il était bien senti, ce bon sang par lequel Jean-Yves Le Drian ponctuait mercredi, devant le Sénat français, son appel aux responsables libanais afin qu’ils procèdent aux réformes que commande impérieusement la situation ! Quelle amertume, quelle indignation, quelle colère noire dans cette exclamation fort peu diplomatique, frisant...