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Télénostalgie

Elsie Ferneiné : J’ai vécu l’âge d’or de la télévision

L’actrice regrette d’avoir démissionné en 1979 de son poste de présentatrice.

Elsie Ferneiné : J’ai vécu l’âge d’or de la télévision

Elsie Ferneiné, Noha al-Khatib, Jeanne-d’Arc Abou Zeid, Gaby Lteif et l’équipe technique.

Si Elsie Ferneiné a fait de la télévision, c’est, dit-elle, par amour pour l’art dramatique, même si, quand elle s’est lancée dans cette carrière en 1973, elle n’avait aucune formation, comptant surtout sur son naturel et sa spontanéité pour devenir l’une des stars du petit écran libanais. « On me dit souvent que j’ai vécu l’âge d’or de la télévision. Et pourtant, au moment même, je ne m’en rendais pas compte. C’est plus tard que j’ai réalisé cette chance que j’ai eue. Quand la guerre battait son plein, j’étais, comme beaucoup d’autres acteurs de ma génération, à l’apogée de ma carrière. Nous avons vécu des jours noirs, tout à fait comme maintenant. Notre monde s’écroulait et nous devions nous adapter à une autre vie qui se présentait à nous, composer avec et survivre », précise-t-elle.

Douce, simple et élégante, Elsie Ferneiné prend plaisir à raconter l’histoire de sa famille. Celle de son grand-père paternel, d’abord, un grec-orthodoxe qui s’est converti au rite protestant et a construit une église à Achrafieh, non loin de Mar Mitr. « Avec ses copains, il avait décidé de se faire enregistrer auprès de l’État libanais en s’inscrivant dans la case consacrée au rite, sur la carte d’identité, comme chrétien non sectaire. »

Issue de ce qu’on appelle les sept familles de la bourgeoisie d’Achrafieh, Elsie Ferneiné vient d’un milieu conservateur où il n’est pas d’usage de devenir acteur. Et pourtant tout commence pour elle à l’âge de sept ans, alors qu’elle est élève à l’Institut d’enseignement chrétien. « Une enseignante, Samira Melki, qui montait des pièces de théâtre pour différentes occasions, m’a donné mes premiers rôles », se souvient-elle.

L’enfant est douée. Toute jeune et bien plus tard, dans la vie comme sur le petit écran, elle mise sur le feeling. Elle interprète des rôles instinctivement, participe à toutes les pièces de l’école et se fait remarquer. C’est alors que sa professeure tente de persuader sa famille de permettre à la petite fille de participer à des programmes télévisés pour enfants, comme Mama Afaf et al-Sadika Janane. La direction de la télévision voulait aussi que l’actrice en herbe participe à des feuilletons avec de grands acteurs de l’époque, notamment Philippe Akiki. Ce que sa famille refuse catégoriquement.

À 14 ans, elle interrompt ce début de carrière, pour un moment seulement. Après avoir décroché son bac, elle revient au petit écran, mais en tant que présentatrice de programmes. « Il m’a fallu six mois de stage avant de passer la première fois à l’antenne. J’avais un trac fou », confie-t-elle.

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« Pour mes parents, être présentatrice de programmes était mieux accepté que d’être actrice », ajoute-t-elle. Au cours de cette même année, elle obtient aussi son premier grand rôle, celui d’une infirmière dans l’émission Mouzakkarat moumarrida. « Le personnage principal me ressemble partiellement, celui d’une jeune fille modèle et discrète… Mais sous ces dehors-là, j’avais quand même mes propres idées et une liberté de pensée. »

Elsie Ferneiné, une liberté de penser.

Pionnière du mariage civil

C’est justement cette liberté qui la pousse en 1974 à accepter de contracter un mariage civil avec Georges Chalhoub, l’acteur qui lui donne la réplique dans le feuilleton. « C’est moi qui l’ai choisi pour le rôle. Albert Kilo, le metteur en scène, voulait quelqu’un d’autre. J’ai dit ma préférence, ce à quoi Albert Kilo a répondu : “Mais cet acteur n’en fait qu’à sa tête”, avant de finir par accepter. » Le tournage achevé, le mariage a lieu dans la plus stricte intimité à Chypre. La cérémonie est simple, informelle. La mariée est en robe courte blanche, de longues bottes blanches et un grand chapeau.

De cette union, elle confie : « C’était le coup de foudre et nous nous sommes mariés par amour. Comme chaque couple, nous avons eu nos hauts et nos bas, mais nous formons un duo solide. Je l’ai choisi parce que j’ai toujours su que je pouvais compter sur lui. » Après son mariage, les rôles s’enchaînent, Athar ala al-rimal, al-Hob al-kabir, Bint el-bawab, Milia, Talbin el-erb et, avec son époux, Rahlet el-omr ou encore al-Samet.

« Nous trouvions normal de jouer dans des feuilletons en langue arabe littéraire. Le marché englobait tous les pays de la région et le Liban était le pionnier de la télévision. Les tournages à l’époque étaient différents. Tout se passait à Hazmieh dans les studios immenses de canal 5 qui étaient très bien équipés. Nous tournions les épisodes chronologiquement et cela pouvait prendre deux ou trois jours par épisode. Nous passions d’un studio à l’autre pour le changement de décor. Aujourd’hui, le tournage est épuisant, nous devons nous adapter au lieu, à l’emplacement du tournage qui, lui, définit l’ordre des tournages et non la chronologie des scènes. Le travail peut commencer tôt le matin et s’arrêter tard le soir. »

Le mariage civil du couple à Chypre en 1974, une première. Photos DR

Avec la guerre du Liban, la production télévisée s’est arrêtée. De nombreux feuilletons seront tournés sous des cieux plus cléments, notamment en Grèce. Elsie Ferneiné décline à maintes reprises des offres de travail en Jordanie et en Égypte.

« C’était la guerre et je n’en avais pas vraiment envie. Pour moi c’était une immense aventure que je n’avais pas envie de tenter. Je ne me voyais pas jouer un rôle dans le cinéma égyptien. Ce n’était pas pour moi. Et puis, je suis une casanière par nature », précise-t-elle, ajoutant que parfois elle refuse même de prendre des vacances à l’étranger pour rester tranquillement chez elle.

Quand les productions télévisées se feront rares en raison du conflit qui perdure, elle se tournera vers le doublage de feuilletons dans les studios de Nicolas et Marie Badine. Elle tente également l’expérience du cinéma libanais avec plusieurs films dont al-Layl al-tawil où elle donne la réplique à son mari.

Évoquant la précarité de la vie d’acteur au Liban, elle avoue regretter encore sa démission en 1979 de son poste de présentatrice, qu’elle aimait et qui lui assurait indemnités et Sécurité sociale.

Profondément croyante, versée dans les livres spirituels et philosophiques, Elsie Ferneiné dit prôner la tolérance et l’amour de l’autre. Quatre fois grand-mère, elle vit tranquillement à Ballouné (Kesrouan) avec son mari et ses deux enfants, Yorgo, également acteur, et Nadim.


Si Elsie Ferneiné a fait de la télévision, c’est, dit-elle, par amour pour l’art dramatique, même si, quand elle s’est lancée dans cette carrière en 1973, elle n’avait aucune formation, comptant surtout sur son naturel et sa spontanéité pour devenir l’une des stars du petit écran libanais. « On me dit souvent que j’ai vécu l’âge d’or de la télévision. Et...

commentaires (2)

J'ai vécu cette Periode aussi, lorsque mon feu pere Mounir Takchi était responsable de la Publicité a CLT! C'est la que j'ai connu, Fehmen, Abou Melhem, Abou Salim etc... Et plusieurs artistes. Privélégié j'allais souvent au Studio 7 ou j'allais rejoindre Simon Asmar a la salle des controle et production. Jean-Claude Boulos, directeur de la programmation, ces enfants, Naji, Josyane et Myrna. Ma tante Elite qui a était aussi Speakrean, bcp d'autres personnes. Des personalités du theatre de dix heures aussi. Toute une époque! Fiere de l'avoir vecu et vu de mes propres yeux!!!

Marwan Takchi

20 h 28, le 08 juillet 2020

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Commentaires (2)

  • J'ai vécu cette Periode aussi, lorsque mon feu pere Mounir Takchi était responsable de la Publicité a CLT! C'est la que j'ai connu, Fehmen, Abou Melhem, Abou Salim etc... Et plusieurs artistes. Privélégié j'allais souvent au Studio 7 ou j'allais rejoindre Simon Asmar a la salle des controle et production. Jean-Claude Boulos, directeur de la programmation, ces enfants, Naji, Josyane et Myrna. Ma tante Elite qui a était aussi Speakrean, bcp d'autres personnes. Des personalités du theatre de dix heures aussi. Toute une époque! Fiere de l'avoir vecu et vu de mes propres yeux!!!

    Marwan Takchi

    20 h 28, le 08 juillet 2020

  • Peut-etre un peu etonnant qu'une personne "profondément croyante" choisit alors pour le "mariage civil" mais ca peut changer bien-sur pendant la vie.

    Stes David

    20 h 00, le 08 juillet 2020