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Solidarité

Au fil de l’histoire, l’homme a toujours fait preuve de générosité

Alors que les initiatives solidaires fleurissent pour contrer les crises au Liban, on recense dans l’histoire de nombreux témoignages d’assistance entre les hommes. Cette solidarité apparaît comme la garantie de la survie des groupes.

Au fil de l’histoire, l’homme a toujours fait preuve de générosité

Cour intérieure du Bimaristan Argun à Alep, en Syrie. Photo Bernard Gagnon/Wikipedia

Dans un Liban plongé dans une crise économique grave et plombé par un État défaillant, la solidarité tourne à plein régime.

L’instinct solidaire remonte, selon les archéo-anthropologues, au plus loin de l’humanité. Découvertes à Qafzeh (le précipice), un site préhistorique situé au sud de la ville de Nazareth en Palestine, deux sépultures doubles réunissent un adulte et un enfant atteint d’une forme d’hydrocéphalie. « Fait très rare pour l’époque, cette sépulture montre que ses proches ont souhaité accompagner l’enfant gravement malade et le protéger également dans la mort », relève Valérie Delattre, archéo-anthropologue et auteure de Handicap, quand l’archéologie nous éclaire (éditions Le Pommier).

En étudiant les squelettes qu’elle considère commede véritables « cartes d’identité », l’archéo-anthropologue souligne aussi que les trépanations remontant à 4 à 5 000 ans, la création d’appareillage, la réduction de fracture et autres interventions sont « des marqueurs » de soins prodigués aux malades ou aux plus faibles, et nécessitaient une aide pendant la convalescence puis l’accompagnement durant le reste d’une vie forcément amoindrie. « Depuis que l’homme est homme, il y a des liens de solidarité », signale encore Valérie

Delattre. Dans l’Antiquité, la communauté se mobilisait, par exemple, pour prendre en charge le coût des rites funéraires et permettre au défunt de reposer en paix. Des archéologues ont également découvert que des Mérovingiens de Cutry, en Meurthe-et-Moselle, en France, avaient aidé un des leurs, amputé des mains, en donnant « l’un une boucle de ceinture, l’autre une agrafe de chaussures, et le forgeron a sans doute recyclé des objets en métal pour improviser une fourche bifide, maintenue à l’avant-bras pour permettre de se saisir, par exemple, des aliments ».

Les premières institutions charitables

Cette notion de solidarité naturelle perdure tout au long des siècles. Dans les textes relevant des différentes religions, le devoir d’aider son prochain est souligné. Par exemple, durant l’âge d’or de la civilisation arabo-islamique médiévale (du VIIIe au XIIIe siècle), les établissements charitables de soins, qu’on appelait bimaristan, faisaient également office de lieux de refuge et d’assistance pour les sans-abri. Dans l’Occident médiéval, on recueillait les démunis, on les nourrissait, on les mettait au chaud. En France, l’Église était le principal acteur de lutte contre la misère. Les premières institutions charitables sont instituées sous le nom d’Hôtel-Dieu. Cependant, au XVIIIe siècle, la charité se laïcise, devenant l’apanage du pouvoir royal qui oscillera entre assistance et répression des pauvres.

À la suite de la Révolution française, l’aide sociale devient un droit. En 1793, la Déclaration des droits de l’homme reconnaît le droit de chaque citoyen à l’assistance : « La société doit la subsistance aux citoyens malheureux soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister. » Avec la révolution industrielle, une nouvelle classe de travailleurs se constitue. Les ouvriers, entièrement dépendants de leur salaire, sont particulièrement vulnérables aux risques liés au vieillissement, à la maladie, aux accidents du travail ou au chômage. En l’absence de législation sur la protection sociale, des sociétés de secours mutuels s’organisent. Par crainte des foyers d’agitation, les organisations ouvrières et paysannes sont interdites. Des structures se développent alors dans la clandestinité, comme les sociétés de secours mutuels, qui seront reconnues en 1852. En échange d’une cotisation, ces associations versent des prestations à leurs membres en cas de maladie, prennent en charge les obsèques et, si les finances le permettent, versent une pension de retraite. La philanthropie d’une élite politique réformiste qui connaît un essor dès le XVIIIe siècle paraît cependant bien timide face à l’ampleur des besoins dans une société en mutation.

Des volontaires avec un chariot de dons alimentaires à Saïda. Photo AFP

Au Liban, une solidarité à toute épreuve

Au Liban, ni les guerres, ni les épidémies, ni aujourd’hui la dépréciation dramatique de la livre libanaise n’ont ébranlé les fondamentaux solidaires de la société. Hier comme aujourd’hui, l’entraide se manifeste à tous les niveaux. De nouvelles structures se sont développées, rejoignant la grande chaîne des ONG établies depuis des décennies. Par exemple, deux d’entre elles, la Lebanese Food Bank et Beit el-Baraka, travaille sur trois niveaux : le supermarché gratuit à Karm el-Zeitoun ; la rénovation d’appartements délabrés dont l’association assure le paiement du loyer, ainsi que les traitements médicaux et les soins dentaires, qu’il s’agisse des opérations, des médicaments ou que des médecins amis de l’association offrent aux patients, explique Maya Ibrahimchah, la fondatrice de Beit el-Baraka.

En début d’année, l’initiative baptisée Khebez w meleh (Pain et sel), qui axait ses interventions initialement sur le développement durable et agricole, s’est lancée dans la distribution de caisses d’aide alimentaire, les familles les plus démunies étant de plus en plus demandeuses. Grâce à une centaine de donateurs, sociétés et particuliers, particulièrement Fadi Frem et Antoine Massoud, le groupe a réussi à distribuer depuis janvier « 5 000 caisses alimentaires dans plus de 27 régions du pays, dont le Akkar, Tripoli, Baalbeck, Nabaa ou encore Bourj Hammoud. Nous sommes cinq dames et nous nous répartissons les tâches. Chacune d’entre nous s’occupe d’une région spécifique », explique Sana Chahine Labelle.

Sur un autre plan, Min al-bab lal bab (D’une porte à l’autre) a été créée par Lana el-Solh afin d’assurer aux familles nécessiteuses, sous-équipées, les éléments nécessaires pour un minimum d’ameublement et donc un minimum de confort. L’association travaille donc à leur fournir lits et couvertures, sièges, tables, étagères de rangement, etc. Pour collecter et livrer ces petits meubles, elle utilise les chauffeurs et ouvriers au chômage, ce qui lui permet de faire d’une pierre deux coups en employant des personnes sans emploi dans un objectif solidaire.

L’ONG Achrafieh 2020, quant à elle, prend en charge « 692 familles dans une détresse terrible. On leur assure des colis alimentaires et des médicaments », signale Akram Nehmé, l’un des fondateurs de l’ONG. 61 % de ces aides sont distribuées à Achrafieh et 39 % sur tout le territoire libanais. L’ampleur de l’aide apportée dépend évidemment des fonds que les associations réussiront à collecter. Quelques exemples parmi tant d’autres.

Au-delà des hommes, l’entraide du monde vivant

Lors d’un forum intitulé « Instincts solidaires », organisé en 2019 par le quotidien français Libération à Kingersheim dans le Haut-Rhin, en collaboration avec le Réseau associatif de l’économie Sociale et solidaire (APA), la primatologue Sabrina Krief, qui travaille auprès d’un groupe de chimpanzés d’une forêt d’Ouganda, avait signalé qu’ « entre les chimpanzés, l’entraide n’est pas conditionnée par un lien de parenté. Les jeunes orphelins sont par exemple pris en charge par un mâle adulte ». Ou encore, lorsqu’il s’agit de partager des ressources rares comme la viande, le butin est réparti entre tous, sans rétribution en échange.

S’unir pour être plus forts, c’est aussi le cas des arbres. « Ils ont la faculté de se mettre ensemble pour constituer une forêt, un organe d’ordre supérieur, a expliqué lors du même forum Ernst Zürcher, ingénieur forestier. Elle se fait via les racines interconnectées sous la terre, par émission chimique, électromagnétique, acoustique ou par l’intermédiaire des champignons. Et en abritant des animaux, des oiseaux et des insectes, la forêt possède en quelque sorte des tentacules faunistiques propices au développement d’une forme d’intelligence collective. »


Dans un Liban plongé dans une crise économique grave et plombé par un État défaillant, la solidarité tourne à plein régime.

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