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DISPARITION

Arrivederci, Ennio Morricone

Sa baguette est désormais orpheline. Décédé hier, à l’âge de 91 ans, le grand compositeur italien aura été prolifique jusqu’au bout. Il laisse un ensemble d’œuvres pour le cinéma, mais pas seulement. Une « musica assoluta » qui s’est étalée sur plus d’un demi-siècle et qui ne mourra sans doute jamais.

Arrivederci, Ennio Morricone

Le compositeur italien Ennio Morricone, l’un des plus célèbres et prolifiques auteurs de musiques de film, est mort lundi à l’âge de 91 ans. Lehtikuva / Heikki Saukkomaa/AFP

On a souvent associé son œuvre aux westerns « spaghetti » de son ami Sergio Leone dont il était l’unique compositeur pour la musique de ses films. Des films comme A Fistful of Dollars (Pour une poignée de dollars), The Good, the Bad and the Ugly (Le bon, la brute et le truand) et Once Upon a Time in the West (Il était une fois dans l’Ouest). Mais le limiter à cela serait mal connaître le grand Ennio Morricone qui avait un large éventail de musiques (il a composé plus de 500 musiques de film) et était difficile à confiner dans un seul genre. Lui-même refusait d’être réduit à ces westerns bien qu’une grande amitié le liait à son copain Sergio Leone qui avait partagé avec lui les bancs de l’école. « Ma production pour les westerns, c’est peut-être 7,5 à 8 % de tout ce que j’ai fait », rappelait le compositeur, en 2007, dans une interview accordée à Reuters.C’est à 91 ans que le compositeur a tiré sa révérence, dans une clinique de la capitale italienne où il était hospitalisé à la suite d’une chute ayant provoqué une fracture du fémur. Ennio Morricone « s’est éteint à l’aube du 6 juillet avec le réconfort de la foi », peut-on lire dans un communiqué de l’avocat et ami de la famille Giorgio Assumma. « Il est resté pleinement lucide et d’une grande dignité jusqu’au dernier moment », ajoute le communiqué. « Moi, Ennio Morricone, je suis décédé, je l’annonce aux amis proches et à ceux un peu plus lointains. Il y a une seule raison qui me pousse à saluer comme ça et à avoir des funérailles privées : je ne veux déranger personne », a-t-il écrit dans sa nécrologie lue par Me Assumma devant la clinique où le maestro était hospitalisé, selon l’agence AGI

L’univers de Morricone était reconnaissable entre tous. Puissant, lyrique et nerveux, son style soulevait des vagues d’émotions allant parfois au raz-de-marée sensoriel. On pouvait dire qu’on écoutait, voyait et caressait sa musique. À la fois expérimentales, contemporaines mais classiques, ses compositions ont vraiment marqué leur époque et fait des émules qui n’avaient qu’une envie : l’imiter. Pour le producteur de films Aurelio De Laurentiis, « son humilité, associée à une grandeur dont il n’a jamais fait étalage, lui permettait de contribuer à tous les films, petits ou grands, en leur donnant une âme unique qui les rendait parfaits et inoubliables ».Né à Rome en 1928, fils de Libera Ridolfi et de Mario Morricone, trompettiste de jazz, le jeune Ennio est très vite sensibilisé à la musique par son père qui l’inscrit à l’Académie nationale de Sainte-Cécile de Rome où il obtient un diplôme de trompette en 1946. Là, il fera la connaissance de l’Italien Bruno Nicolaï (1926-1991), compositeur de musiques de film, chef d’orchestre, et éditeur musical, qui l’accompagnera tout au long de sa carrière. Morricone décrochera également des diplômes en instrumentation, composition et de chef d’orchestre en 1954. Il compose sa première œuvre classique en 1952 mais se tourne aussitôt vers la musique de film, à la télévision et plus tard au cinéma. Auteur alors de musiques pour Bernardo Bertolucci et Pier Paolo Pasolini, Ennio Morricone se fait connaître au début des années 1960 en composant la partition des premiers westerns de Sergio Leone – Dollars Trilogy (La trilogie du dollar) – avec lequel il poursuivra une collaboration fidèle et fructueuse, jusqu’à Once Upon a Time in America (Il était une fois en Amérique) en 1984. C’est lui-même qui définit sa « musica » comme « assoluta », un terme qui désigne la musique de concert, en opposition à la musica applicata, appliquée à un sujet. De fait, ses compositions, avec des incursions de bruitage comme des sifflements ou des coups de fouet, et même des hurlements d’hommes, additionnées à des instruments toujours différents comme le triangle, le tambour ou l’harmonica, peuvent créer des ambiances différentes. Le western Pour une poignée de dollars en est l’exemple. Le compositeur aimait à personnifier sa musique puisque chaque instrument pouvait représenter le caractère d’un personnage et était employé quand ce personnage apparaissait à l’écran. Dans Il était une fois en Amérique, ultime collaboration entre Leone et Morricone, la musique avait été composée avant la réalisation. Ainsi, les acteurs interprétaient leurs rôles en s’inspirant du tempo de la composition.

Rome pour toujours

Adulé et adoubé par Hollywood qui lui décerne deux oscars, un pour l’ensemble de sa carrière (2007) et un autre pour le film de Quentin Tarentino Inglourious Basterds (2016), le compositeur ne quittera jamais Rome, la ville qu’il aime. « Je suis bien ici, confiait-il, parmi mes amis et ma famille. » Quelque 500 partitions sont à mettre au crédit de cet homme humble et modeste, dans tous les genres (comédies, policiers, horreur, érotique, etc.) et pour des réalisateurs aussi divers que Dario Argento, Mauro Bolognini, Giuseppe Tornatore, Brian de Palma (The Untouchables – Les Incorruptibles), John Huston, John Boorman, Terrence Malick, Bernardo Bertolucci ou, en France, Henri Verneuil (Le clan des Siciliens).

Maître de l’ambiance et des sons, il sera tout au long de sa carrière le second créateur de l’œuvre cinématographique. Lorsque Jean-Paul Belmondo affronte Robert Hossein en duel dans le film de Georges Lautner Le Professionnel (1981), c’est la musique d’Ennio Morricone qui donne à la scène un air de western. Et quand Jacques Perrin s’isole dans une salle de cinéma pour voir le petit film qu’a concocté pour lui Philippe Noiret, dans Cinema Paradiso, de Giuseppe Tornattore, c’est la musique de Morricone qui rend la scène magique. Dans un autre registre, la séquence magistrale de l’escalier dans la gare, dans The Untouchables de Brian de Palma, est une pépite de musique, et si l’on se souvient de la scène finale de Mission de Roland Joffé (le sacrifice des jésuites missionnaires avec les Indiens), c’est parce que c’est la composition de Morricone qui lui donne toute sa dimension romanesque et fixe les images d’un film.

Des dizaines de trophées et de nominations, entre oscars, Emmy Awards, Golden Globes, etc., couronnent la riche carrière de ce grand compositeur qui, tout en ralentissant ses activités musicales pour le cinéma à partir de 2001, ne cessera pourtant de composer des musiques de chambre et pour orchestre, ainsi qu’une messe intitulée Missa Papae Francisci dédiée au pape François. Elle a été écrite à l’occasion du bicentenaire du rétablissement de la Compagnie de Jésus.

Ennio Morricone aura été plus qu’un compositeur : une mémoire musicale, visuelle et sensorielle inoubliable.


On a souvent associé son œuvre aux westerns « spaghetti » de son ami Sergio Leone dont il était l’unique compositeur pour la musique de ses films. Des films comme A Fistful of Dollars (Pour une poignée de dollars), The Good, the Bad and the Ugly (Le bon, la brute et le truand) et Once Upon a Time in the West (Il était une fois dans l’Ouest). Mais le limiter à cela serait...

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