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Dermatologie

Le tabac, un second ennemi de la peau

Le tabagisme n’affecte pas que l’organisme. De plus en plus d’études mettent l’accent sur ses effets nocifs sur la peau. Non seulement il cause son vieillissement prématuré, au même titre que les rayons UV, mais il peut favoriser aussi certaines maladies dermatologiques. Ses effets peuvent être réversibles à condition de l’arrêter.

Le tabac, un second ennemi de la peau

Tout comme les rayons UV, la fumée de tabac accélère le vieillissement de la peau. Photo d’illustration Bigstock

Les effets délétères du tabac sur l’organisme ne sont plus à prouver. Les études internationales publiées dans ce sens font légion. Mais quid de son effet sur la peau et les maladies de la peau ? Son action est-elle réversible ? Le point avec le Dr Boutros Soutou, dermatologue, chargé d’enseignement à la faculté de médecine de l’Université Saint-Joseph.

Quels sont les effets du tabac sur la peau ?

La fumée du tabac renferme de milliers de substances toxiques, mutagènes et carcinogènes. Le goudron et les gaz volatiles de cette fumée contiennent des radicaux libres qui vont causer un stress oxydant, c’est-à-dire agresser les cellules du corps entier. Ainsi, les effets du tabac sur la peau sont directs, peut-être par action topique de la fumée sur le visage et la muqueuse orale, mais sûrement par son action systémique via la circulation sanguine. La peau va également souffrir de façon indirecte des maladies respiratoires et cardiovasculaires causées par le tabac.

Provoque-t-il des maladies ou aggrave-t-il certaines maladies ?

Les exemples concrets de l’effet du tabac sur la peau sont nombreux. Le tabac entraîne un vieillissement prématuré de la peau. Son lien avec les cancers cutanés est toutefois controversé. Les fumeurs, souvent pantouflards, seraient moins exposés au soleil et par suite aux risques de cancers cutanés. Cependant, l’irritation directe de la muqueuse buccale aboutit à long terme à une leucoplasie (c’est-à-dire des plaques blanches épaisses qui ne se détachent pas au frottement) pouvant évoluer dans 5 % des cas vers un carcinome de la muqueuse orale.

Il a également été démontré que le tabac augmente le risque du psoriasis. Sous l’effet du tabac, cette maladie inflammatoire devient également plus persistante et plus résistante au traitement. La relation de cause à effet est d’ailleurs confirmée dans l’atteinte pustuleuse palmoplantaire, une affection cutanée caractérisée par des pustules qui apparaissent sur la paume des mains et la plante des pieds.

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Malgré les récentes observations sur la nicotine, le tabac reste un facteur de risque majeur

Les études ont par ailleurs démontré que la majorité des patients souffrant d’hydrosadénite suppurée (maladie inflammatoire suppurative chronique des grands plis) sont des fumeurs. Le tabagisme aggrave la maladie car la nicotine provoque une obstruction des follicules pileux et attire les globules blancs dans la peau.

De plus, le tabagisme peut révéler le lupus érythémateux cutané, une maladie auto-immune qui peut atteindre plusieurs organes dont la peau et les articulations, causant des lésions résistantes et cicatricielles. Il augmente aussi la résistance aux antipaludéens de synthèse, traitement de fonds dans cette maladie, car la nicotine empêche leur accumulation nécessaire dans certaines parties des cellules.

Enfin, il a aussi été démontré que le tabagisme retarde la cicatrisation, en réduisant le flux sanguin capillaire et le nombre de cellules réparatrices. Il augmente aussi le risque de complications des plaies (infections, ouverture de la plaie, nécrose).

Le tabagisme accélère-t-il le vieillissement de la peau ?

Oui, il cause un vieillissement cutané prématuré. En fait, la peau des tabagiques raidit progressivement, son teint ternit, les éminences osseuses du visage deviennent protubérantes et les rides faciales plus étroites et plus profondes, particulièrement autour de la bouche et des yeux. En fumant, le mouvement répété de pincement des lèvres et de plissement des yeux – la fumée irrite les yeux – accélère l’apparition de ces rides. En même temps, la toxicité systémique du tabac altère le réseau de fibres élastiques dans le derme comme dans le tissu pulmonaire, suractive les métalloprotéinases, c’est-à-dire les enzymes de dégradation du collagène, et inhibe les voies de remodelage et de réparation cutanés.

Le tabac est-il aussi nocif que les rayons UV pour la peau ?

Les rayons ultraviolets et le tabac utilisent les mêmes armes, à savoir les radicaux libres oxydants, pour endommager les mêmes cibles dans la peau. Il existe, d’une part, un effet délétère sur le cycle des cellules de l’épiderme et de l’immunité, orientant vers la nécrose ou la mutation de la cellule et, d’autre part, une modification de l’activité métabolique (enzymes, médiateurs de la croissance et de l’inflammation). Les microfibrilles du réseau élastique du derme, altérées en superficie par les rayons ultraviolets et en profondeur par les produits toxiques du tabac, sont un exemple concret de cible commune.

Comment réduire les conséquences du tabagisme sur la peau ?

Une réponse empirique peut proposer une surconsommation d’aliments ou de suppléments antioxydants. Toutefois, l’efficacité n’est ni suffisante ni prouvée. Un papier récent de faible qualité scientifique a démontré que la mélatonine topique ou orale inverse les dégâts oxydatifs du tabac sur la peau.

Si on arrête le tabac, les effets sur la peau sont-ils réversibles ?

Quelques études cliniques ont mis en évidence une amélioration du teint du visage, avec atténuation de la couperose et de la pigmentation dès quatre semaines d’arrêt, et un rajeunissement apparent de plusieurs années avec correction de la texture, des rides, de l’éclat et de l’élasticité après six mois de sevrage tabagique.


Les effets délétères du tabac sur l’organisme ne sont plus à prouver. Les études internationales publiées dans ce sens font légion. Mais quid de son effet sur la peau et les maladies de la peau ? Son action est-elle réversible ? Le point avec le Dr Boutros Soutou, dermatologue, chargé d’enseignement à la faculté de médecine de l’Université Saint-Joseph.

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