Politique

Deux Pologne se disputeront la présidentielle le 12 juillet

Deux Pologne se disputeront la présidentielle le 12 juillet

À droite, le président polonais sortant Andrzej Duda, à gauche, son rival au deuxième tour, Rafal Trzaskowski. AFP/Wojtek Radwanski et Janek Skarzynski

Une Pologne profondément divisée se retrouvera le 12 juillet au second tour de la présidentielle qui opposera le chef de l’État conservateur nationaliste sortant au maire de Varsovie libéral et pro-européen. Le président sortant Andrzej Duda, soutenu par les conservateurs nationalistes de Droit et Justice (PiS) au pouvoir, est arrivé en tête à l’issue du premier tour, dimanche. Après le comptage des bulletins issus de 99,78 % des bureaux de vote, il a en effet obtenu le score de 43,7 %, a annoncé hier la commission électorale PKW. Son rival au second tour, Rafal Trzaskowski, a, quant à lui, eu 30,3 % des suffrages.

Andrzej Duda, 48 ans, peut compter sur son électorat fidèle des campagnes et des petites villes, composé de personnes plus âgées et moins éduquées que celles qui sont derrière son challenger. Il jouera pendant la campagne pour le second tour la carte des acquis sociaux et des valeurs catholiques traditionnelles et nationalistes. Rafal Trzaskowski, qui a le même âge, a remporté la course dans les grandes agglomérations et chez les jeunes avec son programme en faveur de la démocratie et de l’Europe. Il se présente comme le candidat du changement.

Dès dimanche soir, les deux hommes sont montés dans leurs cars de campagne pour tenter de convaincre les électeurs des candidats éliminés, au nombre de neuf. « Je crois qu’il y a une chance que le président actuel (Andrzej Duda) gagne cette élection au second tour, mais il doit travailler dur », a dit hier Michal, un avocat de 43 ans. « Le cœur lourd », Urszula, une bibliothécaire de 60 ans, pense « ça va être très difficile » pour le chef de l’État : « J’aimerais que les gens reprennent conscience. Peut-être que la chaleur et le coronavirus vont les secouer ! » et qu’ils se mobiliseront pour lui.

MM. Duda et Trzaskowski essaieront avant tout de séduire ceux qui ont voté pour le candidat indépendant Rafal Holownia (13,85 %) et pour son concurrent d’extrême droite et antisystème Krzysztof Bosak (6,75 %). Kazimierz Kik, professeur en sciences politiques à l’Université de Kielce, a de son côté jugé dimanche soir que le président sortant avait « un plus grand potentiel » que son rival pour mobiliser les électeurs restés chez eux. Et, selon Maciej Onasz, politologue à l’Université de Lodz, « M. Trzaskowski a, à certaines conditions, un champ plus grand pour convaincre les électeurs des autres candidats d’opposition ». « Je pense que ce sera un jeu très brutal avec la peur. Les deux parties s’efforceront d’obtenir une mobilisation négative, une mobilisation contre le concurrent », a-t-il estimé cité par le quotidien Gazeta Wyborcza.

« Un grand blocage »

Pendant la campagne, M. Duda a attisé la controverse en appuyant les attaques du PiS contre les droits des homosexuels et les valeurs occidentales. Il a comparé « l’idéologie LGBT » à une nouvelle forme de communisme. Hier matin, il a en outre averti qu’une cohabitation entre un chef de l’État libéral et un gouvernement conservateur conduirait à une guerre politique. « Ce sera un grand affrontement entre le gouvernement et le président, ce qui est toujours mauvais pour la Pologne », a mis en garde M. Duda, jouant la carte du chaos politique. « Ce sera un grand blocage de toutes les actions pour aboutir au renversement du gouvernement », a-t-il ajouté.

Les experts considèrent cependant qu’aussi bien dans le cas des électeurs de M. Holownia que de ceux de M. Bosak, le président Duda est le candidat qui représente « le système », auquel ils s’opposent, et qu’ils pourraient finalement se tourner vers M. Trzaskowski. Ce dernier se présente comme le recours contre les pleins pouvoir des conservateurs. « Ce qui nous fait mal, c’est le monopole de ce pouvoir qui a politisé toutes les institutions de contrôle de façon à ce qu’il soit aujourd’hui très difficile de lui demander des comptes », a-t-il déclaré hier. Une victoire de M. Trzaskowski porterait un dur coup au gouvernement du parti Droit et Justice (PiS), à l’origine d’une série de réformes controversées, notamment dans le domaine de la justice, et qui selon Bruxelles nuisent à l’État de droit en Pologne.

Bernard OSSER/AFP


Une Pologne profondément divisée se retrouvera le 12 juillet au second tour de la présidentielle qui opposera le chef de l’État conservateur nationaliste sortant au maire de Varsovie libéral et pro-européen. Le président sortant Andrzej Duda, soutenu par les conservateurs nationalistes de Droit et Justice (PiS) au pouvoir, est arrivé en tête à l’issue du premier tour, dimanche....

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