Damasquineries

Cela faisait une paie qu’on ne l’entendait plus, celui-là. Hier cependant, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Moallem se rattrapait largement de tant de discrétion pour aborder, dans une conférence de presse, l’un de ses thèmes de prédilection, notre pays.


Dans son infinie bonté la Syrie, nous apprend-il ainsi, est toute disposée à coopérer avec le Liban pour affronter ensemble cette inique loi César qui prévoit un train de sanctions contre le régime Assad, mais aussi contre tout État, entité ou individu qui lui porterait assistance. Encore faut-il, si on comprend bien le ministre, que le gouvernement libanais saisisse cette chance et établisse le contact avec Damas…


C’est du même ton faussement bonhomme, et dont il est coutumier, que Moallem excluait tout déploiement de forces de l’ONU le long de la frontière syro-libanaise : dispositions, faisait-il valoir, qui sont généralement de mise entre ennemis, non entre pays frères. À tel point frères, faut-il le rappeler, que la Syrie, dans ses rapports familiaux, ne s’est jamais souciée de détails aussi futiles que l’intimité des frontières. Depuis l’indépendance des deux pays, elle se refuse d’ailleurs à toute délimitation de celles-ci. Elle se trouve, de la sorte, en position idéale pour imposer ses volontés au Liban : tantôt en y injectant régulièrement convois d’armes et légions de combattants ; tantôt en barrant le passage au trafic des marchandises vers l’hinterland arabe ; et tantôt enfin, comme c’est le cas aujourd’hui, en fauchant frauduleusement les derniers dollars du petit frère.


Toutes ces perles grossièrement enfilées par le ministre syrien des AE ne seraient que ridicule ferblanterie, que vulgaire toc, sans hélas le concours actif de parties libanaises entièrement dévouées à la cause. Leur zèle ne se limite évidemment pas à la manipulation du marché noir des changes, ou bien à l’acheminement vers la Syrie, au nez et à la barbe des autorités de Beyrouth, de farine et de fuel subventionnés par l’État libanais. Avant même qu’y ait songé Moallem, c’est Hassan Nasrallah qui plaidait pour un front commun avec la Syrie face aux vilains affameurs yankees. Pour faire bonne mesure, le chef du Hezbollah allait jusqu’à ouvrir grandes les portes du pays aux cohortes d’investisseurs chinois qui, comme tout le monde sait, font la queue devant le mirifique eldorado libanais…


Plus nuancée se voulait l’approche faite samedi dernier par son allié du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, ce qui ne l’a pas empêché de servir à son public un beau collier de perles de la plus belle facture. Un pied chez les Américains et l’autre chez les Syriens, comme le lui commande, assurait-il la main sur le cœur, sa vibrante appartenance arabe : c’est là en effet l’acrobatique exercice que recommande l’homme qui a longtemps sévi au ministère des Affaires étrangères, qui n’y a guère fait preuve d’une telle subtilité, qui a outrageusement courtisé l’Iran et nous a valu, du coup, la tenace rancune des monarchies pétrolières du Golfe où vivent et prospèrent des centaines de milliers de Libanais.


En se défendant avec véhémence de convoiter la présidence de la République ; en proclamant, dans le même élan, que son seul objectif est de lutter contre la corruption, Monsieur Gendre, par ailleurs vedette incontestée du scandale de l’électricité, aura tout de même stupéfait la galerie, à défaut de l’amuser.

Deux canulars aussi énormes en un seul pan de phrase, fallait l’faire !


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com


Cela faisait une paie qu’on ne l’entendait plus, celui-là. Hier cependant, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Moallem se rattrapait largement de tant de discrétion pour aborder, dans une conférence de presse, l’un de ses thèmes de prédilection, notre pays.


Dans son infinie bonté la Syrie, nous apprend-il ainsi, est toute disposée à coopérer avec...