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Monde - Droits de l’Homme

Le journaliste marocain Omar Radi, nouvelle victime de la firme israélienne NSO

Selon Amnesty International, qui a analysé le smartphone du journaliste et activiste, les autorités marocaines ont pu utiliser un logiciel espion connu sous le nom de Pegasus.

Le journaliste marocain Omar Radi, nouvelle victime de la firme israélienne NSO

Le journaliste marocain Omar Radi. Photo tirée de son compte Facebook

NSO Group Technologies, l’entreprise israélienne spécialisée dans la conception et la vente de logiciels espions et qui a notamment développé un virus permettant d’infiltrer WhatsApp, vient d’être de nouveau pointée du doigt après la publication hier d’un rapport édifiant d’Amnesty International. Selon l’organisation de défense des droits humains, les autorités marocaines ont utilisé Pegasus, un logiciel permettant non seulement d’accéder aux données d’un smartphone, mais aussi de prendre le contrôle de la caméra ou du micro, afin d’espionner le téléphone du journaliste et militant marocain Omar Radi. Connu pour ses enquêtes menées sur la corruption, mais aussi sur les mouvements sociaux, notamment de la contestation du Hirak, que le pouvoir marocain tente de minimiser, le cocréateur du site d’information Le Desk est très souvent la cible de la répression des autorités. De nombreux journalistes et activistes sont régulièrement entravés dans leur travail par le pouvoir marocain, qui fait valoir le droit pénal pour justifier leurs poursuites. Si le code de la presse marocain s’est vu dépouillé de toutes les peines de prison en 2016, le pouvoir le contourne en attaquant les journalistes sur la base de motifs étrangers à l’exercice de leur métier. Ce fut le cas de Hajjar Raissouni, une journaliste condamnée en septembre dernier à un an de prison ferme – avant d’être graciée par le roi – pour avoir eu des relations sexuelles en dehors des liens du mariage et pour avoir eu recours à l’avortement. Le 17 mars dernier, Omar Radi avait quant à lui été condamné à une peine de quatre mois d’emprisonnement avec sursis pour un tweet publié en avril 2019 dans lequel il critiquait l’iniquité du procès d’un groupe de militants du Hirak, condamnés à des peines allant jusqu’à vingt ans de prison. « Cela fait des années que je sais que je suis sur écoute “à l’ancienne”, que mon téléphone est espionné. Mais en janvier dernier, Amnesty a audité mon téléphone et a détecté le logiciel Pegasus qui est bien plus redoutable que tous les moyens de surveillance que détiennent les autorités marocaines », raconte Omar Radi, contacté par L’OLJ via WhatsApp. « Je ne suis pas choqué plus que ça car le Maroc est un État policier qui traque sans relâche les opposants », déplore-t-il. Depuis quelques semaines, des médias marocains mènent une campagne acharnée pour salir la réputation du journaliste. « Ça me sidère qu’ils aillent jusqu’à exposer ma vie privée à travers les données personnelles récoltées, comme le numéro de mon compte bancaire. Ils m’accusent de viol, d’intelligence avec l’ennemi ou d’avoir bu de l’alcool dans la rue en plein ramadan, ce qui est répréhensible au Maroc. C’est terrible », confie Omar Radi.

Arabie saoudite, Émirats...

L’analyse de son smartphone, effectuée par des experts d’Amnesty International, montre qu’il a fait l’objet de plusieurs attaques « par injection de réseau » entre janvier 2019 et janvier 2020. Selon Danna Ingleton, directrice d’Amnesty Tech, également contactée par L’OLJ, ce genre d’espionnage est malheureusement devenu fréquent. « Il est très difficile de détecter les logiciels espions sur les appareils des journalistes et des défenseurs des droits humains comme Omar, et notamment ce genre d’attaque injection réseau », explique-t-elle. Ce type d’attaque, très sophistiquée, consiste à rediriger le navigateur internet du smartphone vers un site malveillant qui va permettre l’installation d’un logiciel espion sur le téléphone ciblé. Une attaque par injection réseau nécessite soit de se situer à proximité des personnes ciblées, soit d’avoir accès aux réseaux mobiles du pays – ce que seuls les pouvoirs publics pourraient autoriser, ce qui laisse penser que les autorités marocaines sont responsables de l’attaque visant le journaliste. « L’industrie internationale de la surveillance n’a pas été réglementée pendant si longtemps que les gouvernements et les entreprises ont, jusqu’à présent, effectué une surveillance illégale en toute impunité », fustige Danna Ingleton.

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Créée en 2010 par les Israéliens Shalev Hulio et Omri Lavie, et établie à Herzliya, près de Tel-Aviv, la firme NSO avait affirmé en mai que sa technologie était « commercialisée par l’intermédiaire de licences à des gouvernements dans le seul objectif de combattre la criminalité et le terrorisme ».

L’an dernier, plusieurs ONG, parmi lesquelles Amnesty International et Reporters sans frontières, ont dénoncé le fait que NSO vende sa technologie à des régimes autoritaires qui peuvent potentiellement l’utiliser à des fins de surveillance politique. Le 10 septembre 2019, la société s’est engagée publiquement à respecter les principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. Pour Amnesty International, NSO tient clairement un double discours. « La société tente de blanchir son image par une campagne de relations publiques, alors que ses logiciels permettent d’espionner de manière illégale le journaliste Omar Radi », dénonce Danna Ingleton.

Le Maroc n’est pas le seul pays arabe à recourir aux services de la firme israélienne. L’Arabie saoudite est notamment soupçonnée d’avoir eu recours à Pegasus contre les militants Omar Abdelaziz, Yahya Assiri et Ghanem al-Masarir, mais aussi dans le cadre de l’assassinat du célèbre journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018 à Istanbul.


NSO Group Technologies, l’entreprise israélienne spécialisée dans la conception et la vente de logiciels espions et qui a notamment développé un virus permettant d’infiltrer WhatsApp, vient d’être de nouveau pointée du doigt après la publication hier d’un rapport édifiant d’Amnesty International. Selon l’organisation de défense des droits humains, les autorités marocaines...

commentaires (2)

C'est tout le Maroc qui est phagocyté par israel . Pas que ce seul journaliste .

FRIK-A-FRAK

11 h 46, le 23 juin 2020

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Commentaires (2)

  • C'est tout le Maroc qui est phagocyté par israel . Pas que ce seul journaliste .

    FRIK-A-FRAK

    11 h 46, le 23 juin 2020

  • Stop.. les marocains vivent heureux, libres et tranquilles.. contrairement au libanais, le marocain est heureux chez lui. Maintenant, si l’état marocain n’agit pas fermement envers les activistes... Dans qqs temps, les islamistes et anarchistes divers mettront le pays en danger. Arrêtons de colporter ce que les médias occidentaux disent. Les peuples arabes non laiques sont fortement soumis à des pressions des frères musulmans ou manipulations iraniennes pour convertir et leur présence au sein des activistes pro palestiniens et pro islamistes. Le maroc est un pays ouvert qui nous accueille . Ce n’est pas la chine ou la corée!!!! D’ailleurs, le maroc a plus de relations avec l’occident qu’avec l’iran.. ca embête les intégristes

    radiosatellite.online

    07 h 59, le 23 juin 2020

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