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Ankara lance une offensive spectaculaire contre le PKK

Dans le cadre de l’opération « Griffes du tigre », la Turquie a déployé hier ses forces spéciales dans le nord de l’Irak. En ligne de mire, les rebelles kurdes qu’elle accuse d’avoir attaqué des commissariats et des bases militaires turcs.

Ankara lance une offensive spectaculaire contre le PKK

Le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, étudie une carte avec des membres du commandement des forces armées durant une réunion à Ankara, alors qu’a commencé l’opération « Griffes du tigre » contre le PKK dans le nord de l’Irak, le 17 juin 2020. Ministère turc de la Défense/AFP

C’est une nouvelle démonstration de force pour le président turc Recep Tayyip Erdogan. Non content d’asseoir son influence en Libye, l’homme fort de la Turquie semble bien déterminé à affirmer sa puissance dans la région, à plus forte raison dans un contexte interne qui lui est défavorable, marqué par une baisse de popularité et par la perspective d’une récession économique. À l’ordre du jour, l’Irak. Hier, au petit matin, la Turquie a déployé des forces spéciales dans le nord du pays dans une opération terrestre et aérienne contre les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Selon le ministère turc de la Défense, des avions de combat ont frappé plus de 150 cibles kurdes dans la région de Haftanin, à une quinzaine de kilomètres de la frontière turque. C’est la seconde opération de ce genre lancée contre le PKK ces derniers jours. Dans la nuit de dimanche à lundi, l’aviation d’Ankara a ainsi frappé 81 cibles dans le nord de l’Irak, visant des positions du mouvement kurde. Après avoir mené une insurrection armée de plusieurs décennies dans les régions du sud-est de la Turquie, majoritairement kurdes, le PKK est aujourd’hui moins actif à domicile mais a maintenu des bases dans la zone autonome du Kurdistan irakien.

Ce n’est pas la première fois que la Turquie frappe le PKK par voie terrestre et aérienne en Irak. Ankara avait déjà mené des opérations de ce type en 2007 et en 2018. Mais l’offensive actuelle est significative de par son ampleur. « Nos avions font s’effondrer les abris des terroristes sur leurs têtes », a tweeté M. Erdogan il y a quelques jours. Pour le ministère de la Défense, cette incursion est « conforme au droit international » du fait des « attaques répétées du PKK et d’autres groupes terroristes qui se sont intensifiées ces derniers temps sur nos bases et sur nos postes d’observation ».

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La Turquie déploie des forces spéciales contre les rebelles kurdes

Pour l’heure, ni Erbil ni Bagdad n’ont réagi de manière explicite à ces nouvelles violations du territoire irakien. Le vice-ministre irakien des Affaires étrangères a bien remis mardi une lettre de protestation à l’ambassadeur turc. Mais le geste apparaît timoré au vu des circonstances. La Ligue arabe a, quant à elle, condamné lundi les bombardements par le biais d’un communiqué dans lequel elle dénonce une « ingérence militaire turque réalisée sans coordination avec le gouvernement de Bagdad » et une « violation de la souveraineté irakienne » qui « sape le droit international ainsi que les relations de la Turquie avec ses voisins arabes ». Cette déclaration s’apparente toutefois à une position de principe sans grande conséquence.

Erbil sous la coupe d’Ankara

Ce regain de violences entre la Turquie et le PKK survient alors que les relations entre les deux principaux partis kurdes dans le nord de l’Irak se sont récemment dégradées. Motif du contentieux ? Le village de Zine Werte, à l’ouest du mont Kandil, à quelques 60 kilomètres d’Erbil, qui abrite les quartiers généraux du PKK. Au mois de mars dernier, le Premier ministre du Kurdistan autonome, Masrour Barzani, y a envoyé des troupes. Le village fait office, depuis l’accord de 1998 mettant fin à la guerre civile interkurde, de zone-tampon entre l’Union patriotique du Kurdistan (PUK) et le Parti démocratique du Kurdistan (KDP) au pouvoir. Or Zini Werte est perçue comme la chasse gardée du PUK, là où vivent nombre de ses soutiens. De ce fait, la démarche entreprise par le KDP a été perçue comme une attaque contre les intérêts de son frère ennemi, à laquelle le PUK a rétorqué en mobilisant ses propres forces peshmergas dans la zone.

La Turquie dispose de plusieurs bases dans les provinces d’Erbil et de Dohouk, et s’est ralliée le soutien des deux grandes formations politiques. Les zones en question sont sous le contrôle du KDP qui a développé des relations économiques avec Ankara, fondées sur les exportations de pétrole kurde et les importations de marchandises turques. Historiquement, le PUK, qui contrôle la région de Souleimaniyeh, a tissé de meilleures relations avec le PKK. Cependant, sous la pression de la Turquie, les responsables du PUK ont fermé les bureaux politiques affiliés au PKK l’année dernière. Dans un entretien accordé à l’AFP, le directeur du Centre de sociologie de l’Irak (CSI), Adel Bakawan, avance qu’il « est inimaginable que les forces turques soient entrées (dans le nord de l’Irak) sans la coopération active des autorités kurdes irakiennes ». Le gouvernement autonome du Kurdistan est pris entre deux feux. Endetté, il n’a toujours pas payé ses fonctionnaires et ses relations avec Bagdad se heurtent aux enjeux du contrôle des ressources pétrolières. Face aux difficultés économiques, Erbil est contraint d’accepter sans rechigner les volontés d’Ankara. En 2014, celui-ci lui avait déjà prêté cinq milliards de dollars pour les salaires des fonctionnaires. Pour Erbil, le PKK présente également une menace symbolique. Parce que le groupe est un emblème international de la lutte kurde pour l’autonomie, le gouvernement en place dans le nord de l’Irak ne peut les affronter de manière trop directe, car cela présenterait aussi le risque d’écorcher son image en tant que représentant de la cause kurde.

Pour compliquer un peu plus la donne, certaines sources, comme l’agence de presse kurde Rudaw, font état d’une intervention iranienne concomitante à l’offensive turque mercredi. Ces bombardements pourraient s’inscrire dans le sillage de la rencontre irano-turque de lundi et de certaines déclarations sorties dans la presse proche des gardiens de la révolution iranienne selon lesquelles Ankara et Téhéran se seraient accordés à combattre ensemble le « terrorisme » transfrontalier. Pour l’heure, les attaques iraniennes n’ont pas été confirmées. Si la République islamique a tissé de bonnes relations avec les principaux partis kurdes, et notamment le PUK, elle voit d’un mauvais œil la présence du PKK en Irak. Celui-ci est accusé d’utiliser le territoire iranien pour entrer en Turquie à partir de ses bases en Irak, localisées près de la frontière iranienne. Téhéran se montre d’autant plus attentif qu’il craint les velléités séparatistes kurdes sur son territoire et cherche à les endiguer coûte que coûte.



C’est une nouvelle démonstration de force pour le président turc Recep Tayyip Erdogan. Non content d’asseoir son influence en Libye, l’homme fort de la Turquie semble bien déterminé à affirmer sa puissance dans la région, à plus forte raison dans un contexte interne qui lui est défavorable, marqué par une baisse de popularité et par la perspective d’une récession...

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UN NOUVEAU GENOCIDE CONTRE LES KURDES CETTE FOIS-CI SOUS DIVERS NOMS ET EXCUSES EST PERPETRE DEVANT LES YEUX DU MONDE. LE MONDE DOIT REAGIR.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

08 h 38, le 18 juin 2020

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Commentaires (1)

  • UN NOUVEAU GENOCIDE CONTRE LES KURDES CETTE FOIS-CI SOUS DIVERS NOMS ET EXCUSES EST PERPETRE DEVANT LES YEUX DU MONDE. LE MONDE DOIT REAGIR.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 38, le 18 juin 2020