Le vice-président de la Chambre entouré du président et des membres du conseil de l’ordre des rédacteurs. Photo Ani
Quand le vice-président de la Chambre Élie Ferzli décide de livrer ses secrets, cela donne un ouvrage de plus de 800 pages. L’homme a en effet été à la fois un témoin et un acteur d’une période particulièrement critique de l’histoire du pays, et il a tissé un réseau de relations avec de nombreuses personnalités de premier plan, notamment l’ancien responsable des SR syriens, Ghazi Kanaan. Ses Mémoires, intitulés L’Histoire la plus belle c’était demain, livrent des pans entiers de notre histoire contemporaine racontés par un homme qui se trouvait à la fois dans les coulisses et sous les feux des projecteurs. Les dialogues sont rapportés tels quels et montrent les revers, les inquiétudes, les ambitions et les calculs étroits d’une grande partie de la classe politique, laquelle se déplace d’un camp à l’autre, au gré de ses intérêts. Interrogé sur d’éventuelles protestations au sujet du contenu de l’ouvrage, M. Ferzli répond : « Il n’y en a pas eu. Personne ne peut contester les faits que je rapporte. » Pour présenter son livre, le vice-président de la Chambre s’est rendu au siège de l’ordre des journalistes. « J’avais peur de partir de ce monde sans laisser mon témoignage », dit-il, après quatre ans et demi passés à écrire cet ouvrage. Aujourd’hui, M. Ferzli reconnaît qu’il y a une panne structurelle dans le fonctionnement du système. Selon lui, il faut prendre conscience de ce fait et essayer de trouver des solutions, comme par exemple l’édification d’un État laïc, tout en mettant en place le Sénat prévu par Taëf sur une base confessionnelle. Selon lui, lorsque l’État central faiblit, d’autres entités émergent. C’est dans ce contexte qu’il place le fait que certains recommencent à évoquer le fédéralisme comme solution pour le Liban. « Ces entités qui émergent pour remplir le vide laissé par la faiblesse de l’État central ont leurs relations, leurs programmes et leurs agendas... » dit-il. L’État laïc reste donc une option, mais Élie Ferzli n’est pas très optimiste à ce sujet, car la tendance, dans la région et dans le monde, va vers plus de radicalisation. De même, il ne faut pas non plus faire assumer aux religions la responsabilité de la faillite actuelle. Dans ce contexte, il est convaincu que si les musulmans et les chrétiens du Liban ne parviennent pas à vivre ensemble, cela sera un coup dur pour la coexistence entre les religions dans le monde. Au sujet de la situation actuelle, Élie Ferzli ne cache pas que le tableau est sombre. « Nous vivons dans la crainte de la réalisation de ce qu’on appelle “le deal du siècle”. Depuis longtemps, on entend des propositions pour implanter les Palestiniens (au Liban) moyennant d’importantes sommes d’argent. Elles reviennent aujourd’hui en force à la faveur de la crise économique et à la veille d’une éventuelle annexion de la Cisjordanie par Israël. » À ces perspectives complexes, il faut ajouter le conflit qui oppose les États-Unis et l’Iran, qui a des répercussions claires sur le Liban. « De fait, dit-il, nous assistons depuis quelque temps à des tentatives d’obtenir des acquis stratégiques dans le jeu géopolitique. Jusqu’à présent, cela ne s’est pas fait, mais le Liban commence à payer un prix fort à cause de cela. » Selon lui, jusqu’à l’élection américaine (en novembre), les pressions sur le Liban vont être extrêmes. « J’espère me tromper, dit-il, mais je crois que tous les moyens disponibles sont actuellement utilisés pour atteindre les objectifs que j’ai évoqués. Toutefois, s’il s’agit d’essayer d’amener la base chiite à se soulever contre le Hezbollah, comme cela c’était passé en 2006, il y aura malgré tout un seuil à ne pas franchir, celui de l’effondrement total du pays et en particulier de l’armée. »
La pression sur la livre constitue-t-elle une tentative de coup d’État contre le gouvernement, comme l’a déclaré le président du Conseil ? « Je ne sais pas si c’est ce qu’il a voulu dire. Personnellement, je souhaite le succès de ce gouvernement. Nous avions d’ailleurs accueilli sa formation avec joie. Mais une série d’erreurs ont été commises. Nous nous sommes tus malgré tout. J’ai ensuite assisté à la réunion de la commission parlementaire des Finances pour étudier les différents chiffres. Pourquoi de telles différences ? On m’a dit qu’elles ne sont pas tant dans les chiffres que dans les approches. Peut-être, mais le résultat est le même. On dit que la réunion tripartite à Baabda a débouché sur la décision d’unifier les chiffres. Tant mieux. Mais cette période me rappelle celle de la faillite de la banque Intra (au milieu des années soixante). J’ai l’impression que nous vivons une réédition de cet épisode (...). »Pour lui, « les banques libanaises, avec leurs qualités et leurs défauts, font partie de la prospérité du Liban. Israël, qui cherche à établir des liens économiques et financiers avec les pays arabes, pourrait-il accepter que le Liban continue d’abriter le secteur bancaire le plus important de la région ? Pour mettre la main sur les fonds arabes, les Israéliens doivent détruire le secteur bancaire libanais. C’est cela le complot ! » Cela signifie-t-il que le gouvernement est complice dans ce complot ? « Pas nécessairement », répond M. Ferzli, qui affirme qu’il ne souhaite pas la chute du cabinet. « Ce qui compte, c’est qu’il ne contribue pas à réduire le rôle du Liban, car cela mènerait à la partition ». Et aux épargnants, grands et petits, M. Ferzli assure que « le Parlement ne permettra pas qu’on touche à leurs dépôts ».


secteur bancaire le plus important de la région ? Pour mettre la main sur les fonds arabes, les Israéliens doivent détruire le secteur bancaire libanais. C’est cela le complot ! » when are we going to stop selling this nonsense.?
16 h 51, le 16 juin 2020