Le premier récit est d’ordre « classique », un roman de Victor Hugo qui a fait l’objet de plusieurs films. Il raconte l’histoire de Jean Valjean, un homme qui a fait dix-sept ans de prison parce qu’il avait volé une miche de pain pour nourrir sa famille affamée. À sa sortie de prison, il s’est endurci, est devenu amer et n’a plus d’espoir dans l’avenir. Après avoir été refoulé par un aubergiste un soir de pluie, Valjean frappe à la porte du presbytère d’une église et demande à être logé pour la nuit. Un évêque « laisse la lumière allumée » pour Valjean, l’accueille chez lui, lui offre un repas chaud ainsi qu’un lit confortable et un oreiller.
Mais Valjean se réveille au milieu de la nuit, vole quelques plats en argent et s’enfuit vers la ville. Le matin, la police l’attrape avec les biens suspects et le ramène à l’évêque pour l’interroger. Le sort de Valjean semble alors scellé, il sait qu’être coupable d’un deuxième vol le condamne à l’emprisonnement à vie.
Lorsque l’évêque voit Valjean, il fait quelque chose de totalement inattendu. Au lieu de le trahir, l’évêque l’accueille chaleureusement et lui demande pourquoi il n’avait pas pris les chandeliers. Après le départ de la police, Valjean, complètement éberlué, regarde l’évêque : « Est-il bien vrai qu’ils me laissent partir ? »
L’évêque rentre alors chez lui pour prendre les deux chandeliers en argent, c’est-à-dire tout ce qui lui reste comme objets de valeur, et les tend à Valjean. Il l’encourage à utiliser l’argent pour devenir un autre homme et termine ainsi : « Jean Valjean, mon frère, tu n’appartiens plus au mal, mais au bien. C’est ton âme que j’achète. »
Le deuxième récit est d’ordre « évangélique », c’est une parabole de Jésus-Christ, celle du fils prodigue racontée par l’évangéliste Luc (15 : 11-32). C’est l’une des paraboles les plus connues et la plus appréciée. Elle raconte l’histoire d’un fils ingrat qui fait l’impensable – il demande son héritage avant même que son père n’ait fermé les yeux – et celle d’un père incroyablement bon qui répond à une demande des plus choquantes et des plus burlesques.
Le fils encaisse son héritage et quitte sa maison pour un pays de plaisirs lointain. Une fois là-bas, il dépense sans compter, dilapidant probablement sa fortune en achetant des babioles touristiques. Mais après s’être amusé un peu au soleil, le jeune homme prodigue se retrouve avec le portefeuille et l’estomac vides. Il cherche du travail, mais n’arrive pas à en trouver, ce qui fait de lui un mendiant allant prendre des soupes populaires. Il y reste là-bas un peu, mais finit par réaliser que tout ce qui lui reste à faire, c’est de rentrer chez lui.
C’est une telle escapade que n’importe quel père, de n’importe quelle époque, aurait été sévère avec son fils prodigue, et lui aurait répété pendant toute sa vie « je te l’avais bien dit ». Dans la culture moyen-orientale de l’époque du Christ, le traitement aurait été encore plus sévère, parce que les actions du fils prodigue étaient un terrible affront : elles mettaient à mal deux croyances-clés de cette culture – les liens familiaux et le respect de l’autorité familiale – à qui on donnait plus de valeur qu’à la vie elle-même.
Dans le village, tout le monde s’attendait à ce que le fils prodigue soit condamné à travailler comme un esclave pour payer sa dette et ne soit plus jamais totalement accepté comme un fils. Les villageois n’auraient certainement jamais laissé le fils prodigue oublier cela. Ils auraient continuellement humilié, harcelé, raillé toute personne qui aurait fait une action aussi innommable.
Tandis que le père, dans l’histoire du Christ Jésus, répond de façon inattendue. Quand il voit son fils revenir, le père est fou de compassion pour lui car il réalise les souffrances que son fils a traversées et qu’il traversera du fait des railleries des villageois.
Le père savait que la seule façon d’éviter à son fils cette honte à venir était de prendre une décision extrême, de soustraire son fils à l’attention de tous et de devenir le point de mire. Il court donc aux devants du fils ingrat comme un athlète qui court le cent mètres. Quand il rejoint son fils, il l’enlace, le serre dans ses bras et l’embrasse à plusieurs reprises. Il demande ensuite à ses serviteurs de tuer le veau gras, fait revêtir à son fils sa plus belle robe, lui passe une bague au doigt et lui met des sandales aux pieds. Cette réaction incroyable ne fait pas que montrer au fils prodigue l’amour illimité du père, mais elle indique à tous que son fils doit être accueilli en tant que « fils » et non pas comme un serviteur.
Le troisième récit est une « nouvelle » qui a eu un succès cinématographique en 1987. Elle raconte l’histoire de deux filles de pasteur dans un village. Toutes deux renoncent à l’amour et au succès pour servir leur petite église luthérienne. La bonté pousse les deux sœurs à offrir un abri à une femme, réfugiée, qui vient de Paris et qui frappe à la porte un jour de grand froid nordique. La solliciteuse n’a comme déclaration que « Babette sait cuisiner ». Elle s’installe et cuisine des plats de la perfection d’un cordon-bleu.
Douze ans plus tard, Babette apprend par la poste qu’elle a gagné dix mille francs. Les deus sœurs au fil des ans réalisent que Babette va bientôt les quitter. À la même époque, l’église minuscule célèbre l’anniversaire de son fondateur ; Babette demande aux sœurs si elle peut préparer un dîner spécial, à l’occasion de cet événement. Aux yeux des sœurs, l’idée d’un repas leur semble bien terre à terre et plein de complaisance ; mais, comme Babette n’a jamais rien demandé auparavant, les deux sœurs se sentent obligées d’accéder à sa demande malgré leurs peurs.
Une fois qu’elle a reçu l’argent de la loterie, Babette commence à faire des courses pour le repas et les sœurs voient avec horreur Babette rapporter du champagne, du chocolat, du saumon, des faisans et même une tête de veau. Le duo rencontre secrètement les autres membres de l’assemblée et ils se mettent d’accord pour manger le repas par devoir, mais ils ne l’apprécieront pas et même n’en parleront pas entre eux.
Le soir de la fête, tous les membres de l’assemblée s’assoient pour le dîner. Un général cosmopolite de haut rang les rejoint, mais le général est stupéfait, il est en train de boire l’amontillado le plus fin qu’il ait jamais bu et de manger de la vraie soupe de tortue, un mets qu’on ne trouve que rarement. Puis, en goûtant le plat principal, le général dit que le seul endroit où il ait jamais mangé ce plat était le Café anglais, un restaurant parisien célèbre qui était connu dans le temps pour sa femme chef. Tout au long du repas, l’enthousiasme débridé du général contraste avec le silence lourd des autres invités.
Puis, à la fin de la soirée, ils sortent ensemble, forment un cercle sous les étoiles et chantent un cantique. L’assemblée qui, quelques heures auparavant, était en état de déliquescence et cumulait les querelles, s’est transformée, grâce au festin de Babette, en une assemblée unie et joyeuse. L’histoire se termine par deux nouvelles qui font l’effet d’une bombe. Babette commence par dire aux deux sœurs qu’elle était, en fait, le chef célèbre du Café anglais (dont le général avait parlé au cours de la soirée). Elle annonce ensuite qu’elle restera avec elles de façon permanente. Quand les sœurs lui demandent ce qu’est devenu l’argent de la loterie, Babette leur révèle qu’elle a dépensé toute la somme pour le dîner de fête. Après tout, c’est le prix d’un dîner pour douze au Café Anglais de Paris.
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