Des démocrates du Congrès américain se sont agenouillés, lundi, pour observer 8 minutes 46 de silence en hommage au « martyre » de George Floyd, dans le « Hall de l’émancipation », nommé en hommage aux esclaves qui ont travaillé à la construction du Capitole, au XVIIIe siècle, à Washington. Brendan Smialowski/AFP
Le policier blanc sous le genou duquel George Floyd est mort asphyxié il y a deux semaines a comparu hier pour la première fois devant un tribunal de Minneapolis, ville où l’on s’interroge, comme dans le reste des États-Unis, sur la façon de réformer la police en profondeur. Devenu à travers le monde le visage des brutalités policières depuis la diffusion d’une vidéo le montrant appuyer pendant près de neuf minutes son genou sur le cou d’un Afro-Américain suffoquant, Derek Chauvin a été convoqué devant un juge du comté de Hennepin à 12h45 (heure locale). Une première comparution, par vidéo depuis la prison haute sécurité où il est incarcéré, qui devrait être principalement procédurale.
L’ancien policier de 44 ans avait été dans un premier temps inculpé d’homicide involontaire, mais les faits ont été requalifiés en meurtre non prémédité, un chef passible de 40 années de réclusion. Trois de ses anciens collègues impliqués dans l’arrestation fatale à George Floyd le 25 mai à Minneapolis ont, eux, été inculpés de complicité de meurtre.
Dressant le constat d’une « police structurellement raciste », une majorité des membres du conseil municipal de la plus grande ville du Minnesota, dans le nord des États-Unis, a émis dimanche le vœu de la démanteler et de reconstruire en concertation avec la population « un nouveau modèle de sécurité publique ».
« Abolir la police »
Partout dans le pays, des dizaines de milliers de personnes, noires et blanches, rassemblées dans un même mouvement de colère contre le racisme et les violences policières, sont encore descendues dans la rue durant le week-end de façon pacifique, à l’exception d’un incident à Seattle, où un homme armé s’est approché d’un cortège en voiture et a ouvert le feu, faisant un blessé. Sur leurs pancartes, aux côtés du cri de ralliement « Black Lives Matter » (Les vies noires comptent), de plus en plus demandaient à « cesser de financer la police ».
Un appel entendu par des élus démocrates du Congrès américain, qui veulent s’attaquer à ce qu’ils estiment être le fruit d’un racisme gangrénant l’histoire des États-Unis depuis l’esclavage, en présentant hier une loi destinée à réformer la police sur l’ensemble du territoire. Ils se sont agenouillés hier pour observer 8 minutes 46 de silence en hommage au « martyre » de George Floyd et d’autres Américains noirs tués par la police, avant de dévoiler une proposition de réforme des forces de l’ordre. Cette proposition de loi vise à « mettre fin aux brutalités policières, obliger la police à rendre des comptes, améliorer la transparence et créer des changements profonds et structurels qui protègent le droit de tous les Américains à la sécurité et à une justice égalitaire », a déclaré la présidente démocrate du Congrès, Nancy Pelosi.
Le « Justice and Policing Act » entend entre autres créer un registre national pour les policiers commettant des bavures, faciliter les poursuites judiciaires contre les agents et repenser leur recrutement et formation. La loi interdirait notamment la technique dangereuse des « prises d’étranglement ». Elle ne prévoit pas de « couper les financements de la police », comme le demandent certains dans l’aile gauche du parti, ainsi que des manifestants. L’avenir de ce texte est toutefois très compromis au Sénat, à majorité républicaine.
« La loi et l’ordre »
Le président Donald Trump, qui doit participer dans le même temps à une table ronde à la Maison-Blanche avec des responsables des forces de l’ordre, continue, lui, de vouloir afficher aux yeux de sa base électorale la même fermeté que depuis le début du mouvement. À cinq mois de la présidentielle, le milliardaire républicain, en campagne pour sa réélection, a encore tweeté lundi son nouveau mantra : « La loi et l’ordre ». « La gauche radicale démocrate est devenue folle », a-t-il aussi écrit, accusant l’opposition de vouloir « abolir la police ».
Joe Biden, qui lui fera face dans les urnes le 3 novembre, devait rencontrer en privé la famille de George Floyd à Houston, au Texas, où le père de famille de 46 ans avait vécu de nombreuses années avant de partir s’installer à Minneapolis. Ses obsèques auront lieu aujourd’hui dans l’intimité.
La mort de George Floyd a déclenché une vague de protestations que les États-Unis n’avaient plus connue depuis les années 1960 et le mouvement pour les droits civiques. De Paris à Bristol, au Royaume-Uni, en passant par l’Australie, la colère a dépassé les frontières américaines pour s’étendre sur plusieurs continents, dans un monde ébranlé par la pandémie de Covid-19, qui a encore creusé les inégalités sociales.
En France
Face aux manifestations contre le racisme et les violences policières en France, galvanisées par le meurtre de George Floyd aux États-Unis, le gouvernement français a fermement annoncé lundi une « tolérance zéro » du racisme au sein des forces de l’ordre. « Aucun raciste ne peut porter dignement l’uniforme de policier ou de gendarme », a asséné le ministre français de l’Intérieur Christophe Castaner, en affirmant que tout membre des forces de l’ordre soupçonné d’une telle discrimination serait suspendu. Il a également décrété l’abandon de la méthode d’interpellation de « la prise par le cou, dite de l’étranglement ».
Source : AFP


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