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Monde - Éclairage

À l’approche de la présidentielle, Trump de plus en plus affaibli

Les sondages sont de plus en plus inquiétants pour le locataire de la Maison-Blanche.

Entouré des membres de son administration et des forces de sécurité, Donald Trump traverse le parc Lafayette à Washington en direction de l’église Saint John, surnommée « l’église des présidents ». La démarche lourde, le locataire de la Maison-Blanche s’arrête devant l’imposant édifice jaune et blanc avant de poser pour les photographes, une Bible dans la main. Quelques minutes plus tôt, des centaines de manifestants présents dans ce même quartier étaient violemment dispersés par la police fédérale à coup de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour vider la zone pendant que le président américain prononçait un discours depuis la roseraie de la Maison-Blanche sur la nécessité de maintenir « l’ordre et la loi ». Des images lourdes de symboles, brisant son silence assourdissant des jours précédents sur les manifestations qui balayent le pays depuis la mort de l’Afro-Américain George Floyd suite à son arrestation musclée par des policiers blancs le 25 mai. Après avoir jeté de l’huile sur le feu sur Twitter pendant le week-end, dénonçant les « fake news », les « voyous » et les « anarchistes », Donald Trump a finalement tenté de se positionner lundi comme un président fort, en plein contrôle de la situation. Un exercice de communication politique destiné surtout à galvaniser sa base évangélique républicaine – qui l’a massivement appuyé lors de l’élection de 2016 – alors que sa gestion de la crise est publiquement décriée par une partie de ses partisans.

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« Ce serait formidable si le président des États-Unis arrêtait de tweeter de manière enragée en majuscules et prenait des mesures décisives comme un leader au lieu de disparaître pendant que notre nation fond. Je n’ai rien entendu d’autre que de la déception de la part de (ses) plus grands soutiens », écrivait sur Twitter, quelques heures avant le discours du président, Caleb Hull, un vidéographe conservateur qui travaille pour une agence de publicité en ligne républicaine. Même ton du côté de Tucker Carlson, éditorialiste sur la chaîne Fox News – pourtant généralement favorable à Donald Trump – qui a estimé dans son émission que « ce que veulent le plus les Américains maintenant, c’est la fin de ce chaos ». « Si le commandant en chef ne peut pas l’arrêter (en référence à Donald Trump, NDLR), il perdra en novembre », a-t-il lancé avant de dénoncer le manque de fermeté des figures républicaines à l’égard des manifestants.

Le ton martial finalement employé par Donald Trump, qui a menacé lundi de déployer l’armée, devrait satisfaire les franges les plus conservatrices de sa base, mais polariser aussi l’électorat américain un peu plus. « En général, la stratégie de Trump dans la gestion des manifestations est similaire à sa stratégie dans la gestion de la plupart des dossiers et qui est celle d’aggraver le conflit plutôt que de tenter de résoudre les problèmes, remarque David A. Hopkins, professeur associé de sciences politiques au Boston College, interrogé par L’Orient-Le Jour. C’est une approche risquée mais qui semble découler de ses propres instincts politiques. » Preuve de l’embarras de l’administration Trump, des sources officielles ont fait état dans la presse américaine de désaccords, le week-end dernier, entre les membres de son équipe, avec un camp prônant une rhétorique musclée pour le maintien de l’ordre et un autre encourageant le président à la retenue par peur des répercussions sur sa campagne.

« Black voices for Trump »

L’élection présidentielle est en effet dans tous les esprits alors que le président américain avait déjà commencé à chuter dans les sondages dans le contexte de l’épidémie de Covid-19 face au candidat démocrate Joe Biden. Dans une Amérique submergée par la crise sanitaire, Donald Trump s’est attiré de nombreuses critiques sur la gestion chaotique de son administration et son impact sur l’économie, combinés aux retombées de la guerre des prix du pétrole en mars.

Un écart qui continue de se creuser selon une enquête commandée par ABC News et le Washington Post et publiée dimanche : l’ancien vice-président sous le mandat de Barack Obama enregistre désormais une avance de dix points face au locataire de la Maison-Blanche, avec respectivement 53 % et 43 % des intentions de vote. Des chiffres qui vont dans le même sens que les sondages de la semaine dernière de Fox News et de Economist/YouGov mais où l’écart entre les deux candidats était moins marqué. Ces sondages doivent tout de même être relativisés du fait que l’élection devrait se jouer, comme en 2016, sur quelques États-clés, et que le président américain pourrait l’emporter même s’il perdait le vote populaire.

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Après avoir perdu une partie de sa base de votants de 65 ans et plus dans des États-clés comme la Floride, le camp républicain craint désormais de voir ses efforts pour rallier les votants afro-américains sous la bannière « Black voices for Trump » (les voix noires pour Trump) voler en éclat. L’initiative, lancée en novembre dernier, visait à tirer profit de la baisse du taux de pauvreté au sein des communautés noires depuis l’accession de Donald Trump à la présidence (pourtant amorcée sous Barack Obama) en mettant de côté les discours du locataire de la Maison-Blanche exploitant les tensions raciales.

Autant d’éléments sur lesquels Joe Biden devrait tabler alors qu’il est monté au créneau, après avoir passé quelques mois en retrait. Un exercice toutefois délicat puisqu’il doit jouer un numéro d’équilibriste en défendant les manifestants sans aliéner les forces de l’ordre. « La place de la question de la réforme de la justice pénale et de la police va monter sur l’agenda de Biden pendant la campagne, l’obligeant à en parler plus souvent et avec plus de clarté », estime Heath Brown, professeur associé de politique publique à la City University de New York. « Pour les segments de l’électorat qui n’étaient pas sûrs de soutenir sa campagne, cela pourrait les inciter à participer davantage », ajoute-t-il. Prononçant un discours se voulant rassembleur à Philadelphie lundi, le candidat démocrate a appelé à l’unité, dénonçant le « racisme institutionnel » et promettant, entre autres, de créer une commission nationale de surveillance de la police dans les 100 premiers jours de son mandat s’il était élu. Si les sondages lui sont favorables aujourd’hui, la course est loin d’être gagnée d’avance pour Joe Biden alors que son passé politique pourrait être un obstacle à son accès à la Maison-Blanche. Lors de son mandat en tant que sénateur pour le Delaware, Joe Biden était derrière la controversée loi sur le crime passée en 1994 sous le président Bill Clonton, instituant le principe des « trois coups », qui oblige les juges à prononcer des peines à perpétuité pour un prévenu condamné pour la troisième fois pour des crimes et petits délits. Un texte qui a frappé de plein fouet la communauté afro-américaine, donc près de 12 % de la population américaine, qui représente 37,5 % des condamnés dans les prisons fédérales.


Entouré des membres de son administration et des forces de sécurité, Donald Trump traverse le parc Lafayette à Washington en direction de l’église Saint John, surnommée « l’église des présidents ». La démarche lourde, le locataire de la Maison-Blanche s’arrête devant l’imposant édifice jaune et blanc avant de poser pour les photographes, une Bible dans la main....

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