Sécurité

À Baalbeck, le ras-le-bol des habitants face à la guerre des clans

Une chambre sens dessus dessous après avoir été touchée par des éclats de roquettes.

« Les rounds sont si forts qu’ils transforment la ville en scène de guerre, comme si on était en plein jeu vidéo violent grandeur nature. » C’est ainsi que Rouba, une jeune habitante de Baalbeck habituée des manifestations de la société civile, décrit la montée de la violence dans cette grande ville de la Békaa ces derniers jours.

Les affrontements entre familles rivales, impliquant le recours à des armes plus ou moins lourdes, sont devenus récurrents dans la ville, au grand dam de la population. Pas plus tard que dimanche dernier, des affrontements à coups de roquettes ont secoué des quartiers entiers, provoquant d’importants dégâts matériels. Lundi, l’armée a arrêté un individu suspecté d’être impliqué dans ces incidents. Selon un communiqué publié par la troupe, des perquisitions ont eu lieu aux domiciles de plusieurs repris de justice. C’est lors de cette descente que K.S. a été appréhendé. Les militaires poursuivent leurs opérations afin d’arrêter toutes les personnes impliquées dans ces accrochages, mais certains ont déjà pris la poudre d’escampette, déplorent des habitants interrogés sur ce point.

Salwa, 39 ans, réside avec sa famille dans une zone particulièrement touchée par les accrochages, et son domicile a même été atteint dernièrement. « Baalbeck est privée de tout, d’un plan de sécurité digne de ce nom, d’électricité, d’eau, de gestion des déchets... L’effondrement économique a exacerbé une situation déjà explosive », déplore-t-elle. Elle décrit un quotidien très angoissant. « Les tirs commencent au beau milieu de la nuit. Les enfants se réveillent terrorisés. Une petite fille de 7 ans a même été blessée par un éclat d’obus qui était entré dans sa chambre lors du dernier round. Cet environnement n’est plus adéquat pour les familles », raconte-t-elle.


Un commerce à Baalbeck dont la vitrine porte des impacts de balles. Photos envoyées par des témoins


Une population à cran

Dans une situation de frustration continue, la déception des familles de nombreux détenus, après le report de l’adoption par le Parlement d’une loi d’amnistie générale jeudi dernier, alimente la côté explosif de la situation. Pour autant, Salwa estime que l’amnistie générale n’est pas une revendication qui fait l’unanimité à Baalbeck. « Je serais davantage en faveur d’une amnistie au cas par cas, pour des détenus très jeunes qui se sont fourvoyés, par exemple, poursuit-elle. Mais une amnistie générale risque de causer une dégradation sécuritaire encore plus grave. La détention illégale d’armes fait déjà des ravages, des incidents ont lieu régulièrement depuis le début du ramadan. Il y a deux jours, les tirs étaient incessants de minuit jusqu’à 5h, et des armes lourdes étaient même utilisées par les belligérants. »

La mère de famille estime que « les clans qui se font la guerre sont appuyés par des partis ». Pour elle, « autant la question de l’amnistie générale que les armes illégales sont une carte de pression politique utilisée par ces partis depuis des années ». « Une ville comme celle-ci, la ville du soleil, aurait pu vivre du tourisme, mais ce sont les dissensions politiques qui nous gardent la tête sous l’eau », déplore-t-elle.

De son côté, le cheikh Abbas Yazbeck, un dignitaire religieux de la ville, rappelle que les familles des détenus vivent dans une déception permanente. « Le tandem chiite leur promet cette amnistie depuis longtemps, notamment avant les élections, mais ces promesses n’ont jamais été tenues, poursuit-il. Le ton employé par les clans de Baalbeck-Hermel dernièrement à l’encontre des partis politiques est sans appel. Ils accusent le Hezbollah de ne pas faire pression, comme il l’aurait pu, sur son allié aouniste, qui n’est pas favorable à l’amnistie. Pour le Hezbollah, c’est un prétexte utilisé afin de donner un avantage au Courant patriotique libre, tout en préservant cette carte de pression dans ses propres régions en vue des prochaines élections. Preuve en est, les prévenus qui viennent voter au cours des élections sans jamais être inquiétés. »

Selon le cheikh, « l’absence de développement à Baalbeck pousse les jeunes, notamment, soit à s’enrôler dans les partis, soit à finir dans les rangs de clans violents, ou alors à partir ». « Cette pression qui s’accentue sur la population n’est pas le fruit du hasard. Certains partis resserrent l’étau sur les défavorisés afin de les garder mobilisés en vue de servir un agenda souvent régional », estime-t-il.

Entre-temps, les habitants de Baalbeck, ceux qui aspirent à vivre en paix, se retrouvent en plein cauchemar. « La réconciliation entre les clans rivaux a bien eu lieu, mais les dégâts causés aux habitations et aux commerces ne sont reconnus par personne et aucune indemnité n’est prévue », déplore Salwa.


« Les rounds sont si forts qu’ils transforment la ville en scène de guerre, comme si on était en plein jeu vidéo violent grandeur nature. » C’est ainsi que Rouba, une jeune habitante de Baalbeck habituée des manifestations de la société civile, décrit la montée de la violence dans cette grande ville de la Békaa ces derniers jours.

Les affrontements entre...

commentaires (4)

la milice intégriste pro iranienne ne fait rien. Intervenir c'est se mettre à dos, tous ces gens qu'elle a armé, toléré qui lui ont servi à un moment donné dans les divers trafics. Ces clans sont aussi des mafias. Il a laissé faire. Il laissera faire. Pas le choix. Les armes proviennent de la même source. Le hezbollah et amal. Il ne fallait pas voter pour les députés des barbus. Les gens doivent assumer leurs choix.

RadioSatellite.co

20 h 21, le 03 juin 2020

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Commentaires (4)

  • la milice intégriste pro iranienne ne fait rien. Intervenir c'est se mettre à dos, tous ces gens qu'elle a armé, toléré qui lui ont servi à un moment donné dans les divers trafics. Ces clans sont aussi des mafias. Il a laissé faire. Il laissera faire. Pas le choix. Les armes proviennent de la même source. Le hezbollah et amal. Il ne fallait pas voter pour les députés des barbus. Les gens doivent assumer leurs choix.

    RadioSatellite.co

    20 h 21, le 03 juin 2020

  • Au Liban, certains votent en faveur de candidats de partis portant allégeance à l'Etranger et, ensuite, ils s'adressent à l'Etat pour réparer les dégâts. Entre boire et conduire, il faut choisir. Entre voter "libanais" et voter "étranger" il faut l'assumer. Le Liban d'abord ! Baalbeck et le Hermel sont au Liban depuis les Romains.

    Honneur et Patrie

    16 h 36, le 03 juin 2020

  • Ils n'avaient qu'a ne pas voter pour les députés du Hezbollah ou d'Amal. Maintenant qu’ils assument!

    Pierre Hadjigeorgiou

    13 h 50, le 03 juin 2020

  • Voila le résultat de l'explosion démographique. Trop de bouches a nourrir, pas assez de ressources. Maintenant ils veulent des 'aides', sinon ils cassent tout.

    Mago1

    02 h 35, le 03 juin 2020