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Le pape François veut peser pour un monde meilleur post-coronavirus

Photo prise le dimanche 24 mai montrant le pape François bénissant quelques fidèles rassemblés place Saint-Pierre au Vatican. Vatican Media/AFP

Le pape François – encore privé mercredi de son bain de foule traditionnel sur la place Saint-Pierre pour cause de coronavirus – entend peser de tout son poids moral pour réclamer une nouvelle société post-pandémie, plus respectueuse des hommes et de la Terre.

« C’est le moment de franchir un pas décisif », confiait le pape fin mars à un biographe. Il faut « passer de la destruction de la nature à sa contemplation », « ralentir notre cadence de production et de consommation ». Dans un univers brutalement à l’arrêt et qui aspire à être plus solidaire, François voyait « les prémices d’une économie moins liquide, plus humaine ». Tout en avertissant : « Ne perdons pas la mémoire une fois que tout est passé. »

Saisissant un moment historique, il a créé dès la mi-mars un groupe de réflexion interdisciplinaire pour plancher durant une année sur un monde post-Covid-19 plus vertueux, dans tous les domaines. Sa propre vision est largement exposée dans son encyclique Laudato Si, parue en mai 2015, un texte à tonalité très sociale sur l’écologie, qui dénonce en des termes cinglants l’exploitation des hommes et de la nature. Cet écrit, qui a eu un large écho au-delà de la sphère religieuse, prône une « écologie intégrale », intégrant étroitement les êtres humains à la nature.

Année « Laudato Si »

Le pape vient précisément d’annoncer « une année spéciale Laudato Si », remplie d’initiatives. « J’invite toutes les personnes de bonne volonté à y adhérer, à prendre soin de notre maison commune et de nos frères et sœurs les plus fragiles », a dit François dimanche.

Laudato Si a « fait comprendre que tout est lié : il n’y a pas de question environnementale séparée de la question sociale. Le changement climatique, les migrations, la guerre, la pauvreté et le sous-développement sont les manifestations d’une crise unique qui, avant d’être écologique, est, à sa racine, une crise éthique, culturelle et spirituelle », résume le directeur des médias du Vatican, Andrea Tornielli, évoquant la force de « cette vision profondément réaliste ». « L’encyclique peut fournir la boussole morale et spirituelle pour un voyage vers un monde plus humain, plus fraternel, plus pacifique et plus durable », veut croire le département du Vatican chargé de la tâche, le « dicastère pour le service du développement humain intégral ».

Cette crise est « une opportunité pour imaginer un avenir meilleur », approuve son dirigeant, le cardinal ghanéen Peter Turkson.

Lors d’une récente vidéoconférence, Mgr Bruno-Marie Duffé, secrétaire de ce ministère, soulignait que la pandémie a mis en lumière « la vulnérabilité économique des sociétés modernes ». « Nous redécouvrons que la santé et la solidarité sont des conditions et des piliers de notre économie », jugeait le prélat français.

Le père Augusto Zampini, un Argentin qui coordonne l’action du Vatican en temps de pandémie, se dit particulièrement préoccupé par « la crise alimentaire » mondiale, accentuée par la pandémie qui complique les récoltes ou empêche certains enfants d’aller à l’école où ils sont nourris. La pandémie pourrait inciter les hommes à « jeter moins de nourriture à la poubelle » ou encore à « manger des produits plus saisonniers », avance-t-il.

Un monde « apeuré et perdu »

Voici trois mois exactement que Jorge Bergoglio a célébré pour la dernière fois une audience du mercredi en plein air, acclamé sur sa papamobile avant de serrer des dizaines de mains, faisant fi de la pandémie de coronavirus qui sévissait déjà. Ce pasteur de terrain, qui a recommandé aux prêtres de se rendre auprès des malades, a confié se sentir comme un prisonnier « en cage » en fixant l’objectif d’une caméra dans sa bibliothèque. Mais ses messages bénéficient sans doute d’une résonance nouvelle.

Première historique et image frappante, il était apparu seul fin mars sur une place Saint-Pierre déserte et balayée par la pluie pour présider une prière face à « la tempête » de la pandémie, en exhortant le monde « apeuré et perdu » à revoir ses priorités.

Dans son message de Pâques, en avril, le pape a proposé de « réduire » ou « annuler » la dette des pays pauvres, appelant à la solidarité. « Que ces frères et sœurs plus faibles, qui peuplent les villes et les périphéries de toutes les parties du monde, ne soient pas laissés seuls », a-t-il plaidé.

Ces trois derniers mois, il a exprimé régulièrement son soutien aux « personnes ordinaires » exposées au « front » de la pandémie, comme les infirmières, les employés de supermarchés, les agents d’entretien, les transporteurs ou les forces de l’ordre. Tous des « saints de la porte d’à côté ».

L’Argentin Jorge Bergoglio, connu pour ses sorties contre un libéralisme économique qui « jette » les travailleurs comme des « déchets », rêve aussi d’un « revenu universel de base » pour tous les défavorisés sans revenu stable.

Souvent affublé du qualificatif de pape « gaucho », voire de « communiste », il hausse les épaules et dit être dans la continuité de ses prédécesseurs défendant la « doctrine sociale » de l’Église.

Catherine MARCIANO/AFP


Le pape François – encore privé mercredi de son bain de foule traditionnel sur la place Saint-Pierre pour cause de coronavirus – entend peser de tout son poids moral pour réclamer une nouvelle société post-pandémie, plus respectueuse des hommes et de la Terre.

« C’est le moment de franchir un pas décisif », confiait le pape fin mars à un biographe. Il faut...

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