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Mode

Le luxe redémarre sa production dans un écosystème fragilisé par la pandémie

Si la filière n’investit pas dans ses fournisseurs, ils disparaîtront et elle avec eux.

Un vendeur mettant un sac sur une étagère dans un magasin Fratelli Rossetti à Milan. Miguel Medina/AFP

Après des semaines d’arrêt forcé, la filière luxe redémarre peu à peu sa production en Italie et en France, dans un écosystème fortement fragilisé par la pandémie de Covid-19, et avec nombre de sous-traitants en difficulté. Des petits ateliers aux grandes maisons de mode et parfum, le secteur a fourni depuis mars des tonnes de masques et de gel hydroalcoolique pour aider à endiguer l’épidémie, un « effort de guerre » qui a aussi permis de maintenir en activité une petite partie des salariés.

Le récent déconfinement en Chine – marché-clé représentant 35 % des achats de luxe dans le monde en valeur – puis en Europe, et une reprise de la consommation avec la réouverture progressive des boutiques, a permis aux grands groupes de relancer peu à peu leur outil de production. « Nous avons redémarré graduellement fin avril. Mais pour l’instant, il n’est pas possible de faire des prévisions » sur la date d’un retour à la normale, résume Micaela Le Divelec Lemmi, directrice générale de la maison Salvatore Ferragamo. « À la fois parce que sur les sites de production, il faut respecter des dispositions particulières avec la distanciation sociale, et parce qu’une bonne partie de notre réseau de magasins est encore fermée », souligne-t-elle.

Prada, autre grande marque italienne, précise que quelque 65 % des employés de ses sites de production retravaillent. Cette reprise « devrait permettre de faire arriver les collections automne-hiver dans les magasins fin juillet-début août, avec un mois de retard par rapport à la normale », indiquait récemment le patron du groupe, Patrizio Bertelli, au quotidien La Repubblica. S’il reconnaissait que l’année serait difficile pour Prada et les grands du secteur, il estimait que « ceux qui souffriront le plus sont les petits artisans ».

Les géants du luxe se trouvent ainsi « face à un dilemme : laisser disparaître une partie de leurs fournisseurs, ou alors investir » dans ces petites structures pour les sauver, estime le cabinet Bernstein. Pour Luca Solca, analyste luxe de Bernstein, « il est probable qu’on aura davantage d’intégration (de ces acteurs) en amont. Les grands groupes ne peuvent pas laisser leurs fournisseurs faire faillite », notamment en Italie, où il existe une multitude de petits sous-traitants.


La devanture du magasin Louis Vuitton à Milan. Miguel Medina/AFP

Stocks énormes

« Il y a des aides publiques, mais les grands groupes vont devoir aider la filière pour sécuriser les savoir-faire, sous forme d’aides ou d’avances sur les prochaines commandes par exemple », abonde Arnaud Cadart, gérant de portefeuilles chez Flornoy & Associés. La situation s’avère différente selon la nature des produits : « La maroquinerie n’avait pas trop de stocks. Mais par contre c’est une déflagration pour la mode et les collections de vêtements d’été qui devaient être mises en magasin, il y a un stock énorme », commente-t-il.

En France, la filière cuir a aussi redémarré, « mais il n’y a pas encore grand-chose qui se dessine car la demande a beaucoup baissé : l’Asie représente 46 % des exports de maroquinerie française et le marché est très perturbé », résume Franck Boehly, président du Conseil national du cuir (CNC), secteur rassemblant 9 000 entreprises, de l’élevage des animaux jusqu’à la distribution. Si la maroquinerie « devrait absorber le choc, il y a beaucoup plus d’inquiétudes pour la chaussure et ses quelque 5 000 emplois, qui n’exporte que 30 % de sa production : les débouchés sont essentiellement les détaillants français, et les magasins sont restés fermés deux mois et ont tout leur stock », met-il en avant.

Au niveau mondial, le marché du luxe devrait se contracter de 20 % à 35 % en 2020, selon le cabinet Bain and Co. Au premier trimestre, Kering (Gucci, Saint Laurent ou Bottega Veneta) et LVMH (Louis Vuitton, Fendi, Christian Dior) ont vu leurs ventes chuter de quelque 15 %, Ferragamo de 30,1 %, Tod’s de 29,4 %. À court terme, la difficulté est surtout d’anticiper les nouvelles formes de consommation post-confinement, pays par pays. « Les réactions des consommateurs seront différentes : en Asie, il y a une vraie envie de consommer, la population est jeune et la croissance chinoise va probablement démarrer assez fort. Les États-Unis sont aussi bien positionnés dans la sortie de crise, mais l’Europe moins », note Arnaud Cadart.

Katia DOLMADJIAN et Céline CORNU/AFP


Après des semaines d’arrêt forcé, la filière luxe redémarre peu à peu sa production en Italie et en France, dans un écosystème fortement fragilisé par la pandémie de Covid-19, et avec nombre de sous-traitants en difficulté. Des petits ateliers aux grandes maisons de mode et parfum, le secteur a fourni depuis mars des tonnes de masques et de gel hydroalcoolique pour aider à...

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