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Psychalanyse, ni ange ni démon

Contre le coronavirus et contre l’angoisse, une même stratégie de lutte chez l’obsessionnel

Il est rare de trouver une telle conjonction entre une stratégie collective de lutte contre un agent extérieur, ici le coronavirus, et celle d’une lutte individuelle et subjective contre l’angoisse.

La psychanalyse nous a appris que dans le monde de la névrose, il y avait trois mécanismes de lutte contre l’angoisse. L’angoisse provient d’une lutte inconsciente entre une pulsion et son interdit. Elle est insupportable tellement les symptômes sont douloureux et étouffants. Elle est souvent prise pour un infarctus ou un autre malaise cardiaque, le sujet angoissé éprouvant la sensation d’une mort imminente.

La pulsion qui est localisée entre le corps et le psychisme est représentée dans le psychisme par une idée et un affect qui lui est lié. La séparation défensive entre l’idée et l’affect est commune aux trois structures.

Selon la structure psychique du sujet, des mécanismes de défense interviennent pour éloigner l’angoisse. Il s’agit de rompre le lien entre la représentation (l’idée) et la quantité d’affect qui lui est attachée. L’hystérique dirige, « convertit » l’affect dans le corps ce qui donne cette clinique, si difficile pour le médecin, d’une douleur qui se balade partout dans le corps. Quant au phobique, il projette l’affect en dehors de lui. La phobie (peur) du chat, de l’ascenseur, de la rue est plus facile à supporter, parce qu’on peut l’éviter, que l’angoisse sans objet qui est le propre de la crise d’angoisse (appelée aujourd’hui « attaque de panique » ). Enfin, ce qui nous intéresse aujourd’hui, l’obsessionnel va lutter contre la pulsion « sadique anale ». Il va construire des formations réactionnelles opposées au contenu sadique anal de la pulsion. Contre la saleté, il va se laver les mains un grand nombre de fois. Contre le désordre, il rangera ses affaires à la perfection. Rien ne doit dépasser. Contre l’intrusion, il vérifiera plusieurs fois avant de dormir que les fenêtres et les portes sont bien fermées, de même que le gaz.

Troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ou Obsessive Compulsive Disorder (OCD) en anglais sont les dénominations actuelles de ces symptômes obsessionnels.

Venons-en aux mesures contraignantes que le citoyen du monde se doit d’observer pour lutter contre le coronavirus et limiter sa transmission.

De retour chez lui, il doit enlever ses chaussures et les laisser dehors avant de rentrer dans l’intérieur de sa maison. Il doit enlever le masque et les gants qu’il a mis pendant la journée et les remplacer. Il doit effacer les traces qui résultent de tout contact. Il doit rester à une distance de deux mètres au moins de chacun des membres de sa famille. Il n’y a plus de repas de famille autour d’une même table, chacun mangeant tout seul dans un coin.

Ces mesures contraignantes ressemblent comme deux jumeaux aux contraintes que s’impose l’obsessionnel pour lutter contre l’angoisse. À la différence que dans l’un, le coronavirus, le danger est réel et surtout extérieur au sujet. Alors que chez l’obsessionnel, le danger est intérieur, c’est l’angoisse, qui est le résultat du conflit entre la pulsion sadique-anale et le Surmoi. Cette pulsion sadique-anale est le reste, toujours actif du stade sadique-anal où l’enfant (vers 2 ans) apprend la propreté sur le pot. Quand le futur obsessionnel est en conflit avec un autre, ce sont les fantasmes sadiques qui refont surface. Et, en perspective la mort. Quand la mort de l’autre préoccupe l’obsessionnel, pour l’écarter de sa conscience, il développe un principe : « Tout pour l’autre ».

Et le sujet va utiliser la propreté, la générosité, l’ordre, la méticulosité pour lutter contre son sadisme, autant de « formations réactionnelles » qui le calment. Mais souvent, cela ne suffit pas. Le sujet recourt alors aux rituels. Se laver les mains 30 fois par jours, nettoyer tout ce que l’on a touché, monter les marches d’un escalier pour les redescendre aussitôt, compter jusqu’à 100 avant de faire le moindre pas, rester à une certaine distance de l’autre, cela ressemble aux restrictions qui nous sont imposées pour lutter contre le coronavirus.

Si l’obsessionnel manque à son rituel, l’angoisse le submerge. Dans le cas du coronavirus, c’est la peur qui prend le dessus.

En période de lutte contre le coronavirus, l’obsessionnel est soulagé. S’il n’y a pas de sens à ses troubles obsessionnels, au moins lutter contre le virus a bien un sens.


Il est rare de trouver une telle conjonction entre une stratégie collective de lutte contre un agent extérieur, ici le coronavirus, et celle d’une lutte individuelle et subjective contre l’angoisse.La psychanalyse nous a appris que dans le monde de la névrose, il y avait trois mécanismes de lutte contre l’angoisse. L’angoisse provient d’une lutte inconsciente entre une pulsion et...

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