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Société - Pandémie

Un retour à une vie quasi normale, malgré les inquiétudes

Le Premier ministre Hassane Diab a mis en garde contre une nouvelle phase qui pourrait se transformer « en cauchemar », soulignant que les régions ou les quartiers qui constituent des foyers de contamination feront l’objet d’un isolement localisé.


Des rues entièrement désertes hier à la veille de la réouverture du pays. Patrick Baz/AFP

Au terme de quatre jours de bouclage total imposé pour lutter contre la recrudescence des cas de contamination au coronavirus, le gouvernement a décidé le retour aujourd’hui à une quasi-normalité tout en mettant en garde contre une nouvelle flambée en cas de non-respect des mesures préventives.

Le Premier ministre Hassane Diab a annoncé hier une levée partielle du bouclage à partir de ce matin, suivant une recommandation émise en ce sens par la commission ministérielle chargée du suivi de la pandémie, qui s’était réunie en sa présence au Grand Sérail pour évaluer les quatre jours de reconfinement. Aujourd’hui, c’est la phase quatre du plan progressif de déconfinement qui sera entamée (voir par ailleurs).

« Demain nous rouvrons le pays partiellement », a ainsi annoncé M. Diab. « Entraidons-nous et soyons partenaires dans la protection du pays », a-t-il insisté, soulignant que la réouverture du pays allait « requérir de plus grands sacrifices et un plus grand engagement ». « Nous devons rester vigilants, préserver la distanciation sociale et respecter les mesures barrières, a-t-il affirmé. Je ne veux pas que cette phase se transforme en cauchemar. Je demande aux Libanais d’assumer leurs responsabilités en ne prenant pas de risques qui mettraient leur vie et celle des autres en danger. Cela permettra de vaincre le virus et de rouvrir le pays. »

« Ces quatre jours de reconfinement n’auront servi à rien si le gouvernement n’avait pas revu sa stratégie de déconfinement », affirme à L’Orient-Le Jour le Dr Abdel Rahman Bizri, spécialiste en maladies infectieuses et également membre de la commission nationale de suivi de la Covid-19. « Le gouvernement devrait avoir profité de ces quatre jours pour évaluer la situation et réaliser à quel niveau des fautes ont été commises. S’il l’a fait, ces quatre jours n’auront pas été vains », avance-t-il.

Pour le spécialiste, le problème qui a causé une hausse du nombre de contaminations se pose à deux niveaux : d’une part, le chaos observé dans le processus de rapatriement, contrairement à la première phase qui s’était « impeccablement » déroulée, et d’autre part l’absence d’une bonne stratégie de déconfinement. Les deuxième et troisième phases de rapatriement ont été marquées, selon lui, par « un désordre à la libanaise » à bord des vols auquel s’ajoutent les certificats de tests PCR livrés par des laboratoires « non fiables », ce qui a augmenté ainsi « le risque d’importation du virus ». « De plus, poursuit-il, le contrôle de l’isolement à domicile a été confié aux municipalités qui, nous le savons, sont le maillon le plus faible du pouvoir, alors que les forces de l’ordre auraient dû en être chargées. »

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En ce qui concerne le déconfinement, « il aurait dû être mieux étudié ». « Les gens ont été confinés pendant une longue période et la réouverture du pays a eu un effet de rebond, explique le Dr Bizri. Celle-ci n’a pas été bien étudiée. De plus, on constate une absence de mécanisme de réouverture qui engloberait chacun des secteurs, mais aussi de mécanisme de contrôle et, le plus important, de mécanisme de reddition de comptes. »


Isolements localisés
La réouverture se fera alors que le Liban a enregistré 20 nouveaux cas au cours du week-end écoulé : dix contaminations locales et dix parmi les rapatriés. Ce qui porte à 911 le bilan depuis l’annonce de la pandémie le 21 février, dont 26 décès et 247 guérisons. Actuellement 638 personnes sont contaminées par le virus, dont trois qui sont toujours dans un état critique.

« Je sais que vous voulez revenir à une vie normale (...), a déclaré hier M. Diab au début de son allocution. Nous sommes un peuple qui aime la vie. Cela est vrai. Mais nous ne pouvons pas le faire au détriment de notre vie et de celle de nos proches. »

Rappelant que le pays a réussi à « surmonter le premier pic après deux mois de travail acharné et d’isolement social » et que « la situation économique et financière causée par la fermeture s’aggrave », M. Diab a noté que « tout cela donne lieu à un relâchement dans l’application des mesures telles que la distanciation sociale à l’heure où il est demandé de continuer à faire preuve de prudence » pour vaincre l’épidémie. Il a en outre précisé que dans le cadre de la troisième phase de rapatriement, le test de dépistage PCR sera soumis à tous les rapatriés « quatorze jours après leur arrivée ».

« Nous passons à présent par une période dangereuse et très sensible, vu que la crise du coronavirus durera très longtemps et pourrait même menacer les vies de nos proches, et que la deuxième vague pourrait être pire que la première », a encore mis en garde M. Diab, soulignant que la réouverture du pays « nécessitera davantage de sacrifices et d’engagement collectifs, mais aussi le confinement des régions et des quartiers » où des foyers épidémiques ont été recensés.

C’est le cas du village de Jdeidet el-Qaïtaa, dans le Akkar au Liban-Nord. Dans ce village, la majorité des habitants refusent de se faire tester à la Covid-19, alors que sur les 124 tests qui ont été effectués 17 se sont avérés positifs, portant ainsi à 30 le nombre cumulé des contaminations dans la localité depuis le début de l’épidémie. Hier, celle-ci a été entièrement isolée par les autorités locales.

À Chhim, dans l’Iqlim el-Kharroub (Chouf), où plusieurs cas de coronavirus ont été dernièrement enregistrés (six au total), les forces de l’ordre ont poursuivi hier les travaux d’isolement préventif de la localité, érigeant des barrages aux cinq points d’entrée de la bourgade.


Joumblatt : J’ai violé le confinement, excusez-moi

Le leader druze Walid Joumblatt a admis hier avoir violé les mesures du reconfinement imposé depuis jeudi par les autorités pour lutter contre une recrudescence des contaminations au Covid-19, présentant ses excuses pour ce comportement.

« J’ai violé aujourd’hui les mesures de confinement en me rendant de Moukhtara (Chouf) vers Beyrouth, et j’étais extrêmement embarrassé lorsque j’ai vu un barrage des forces de sécurité sur l’autoroute de Khaldé, sachant que les policiers ont été particulièrement courtois, a écrit M. Joumblatt sur son compte Twitter. Je présente mes excuses pour ce comportement en ces temps difficiles durant lesquels il faut respecter les règles en place afin de lutter contre la pandémie, alors que les forces de l’ordre déploient tous leurs efforts. » L’histoire ne dit pas si le chef du Parti socialiste progressiste a écopé d’une amende.


Les modalités du déconfinement

Le ministre de l’Intérieur Mohammad Fahmi a publié hier une circulaire expliquant les modalités de réouverture pour chaque secteur, conformément à la troisième phase du déconfinement (11-25 mai).

Selon le document, le couvre-feu s’étend de 19h à 5h et la circulation alternée (plaques d’immatriculation impaires pouvant circuler lundi, mercredi et vendredi, et paires mardi, jeudi et samedi) reste en vigueur. Toutes les voitures sont autorisées à circuler les dimanches.

En outre, les centres commerciaux d’une superficie de plus de 100 m² peuvent rouvrir, à l’exception des malls, des salles de cinéma et du Casino du Liban. Les piscines, étant donné qu’elles contiennent du chlore, peuvent rouvrir, mais les plages et centres balnéaires resteront fermés. Les salles de sport, corniches et jardins publics resteront également fermés. Les restaurants sont, eux, autorisés à fonctionner à 50 % de leur capacité de 5h à 19h, avec interdiction du narguilé. Les commerces et coiffeurs pourront ouvrir de 5h à 18h.

Le service mécanique (contrôle technique des véhicules) sera quant à lui ouvert de 7h à 18h sur rendez-vous.

Tous les secteurs sont appelés à respecter la distanciation sociale ainsi que les mesures d’hygiène et de prévention lors de la reprise de leur activité.


Au terme de quatre jours de bouclage total imposé pour lutter contre la recrudescence des cas de contamination au coronavirus, le gouvernement a décidé le retour aujourd’hui à une quasi-normalité tout en mettant en garde contre une nouvelle flambée en cas de non-respect des mesures préventives.Le Premier ministre Hassane Diab a annoncé hier une levée partielle du bouclage à partir de...

commentaires (2)

Mais c’est quoi un retour à la vie normale Monsieur le Premier Technocrate ?? Le libanais n’a qu’un seul souci actuellement qui est comment faire vivre sa famille en commençant par la nourriture. Que les boutiques où tous les autres commerces soient ouverts ou fermés, on s’en fout totalement! On a à peine les moyens de payer les courses du supermarché dont les prix ont plus que triplé. Mais je parie que ni vous ni aucun autre technocrate de votre gouvernement bidon, ne connaissez le prix d’une boite de labneh ou d’un paquet de beurre ou du lait pour enfants

Liberté de Penser

09 h 52, le 18 mai 2020

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Commentaires (2)

  • Mais c’est quoi un retour à la vie normale Monsieur le Premier Technocrate ?? Le libanais n’a qu’un seul souci actuellement qui est comment faire vivre sa famille en commençant par la nourriture. Que les boutiques où tous les autres commerces soient ouverts ou fermés, on s’en fout totalement! On a à peine les moyens de payer les courses du supermarché dont les prix ont plus que triplé. Mais je parie que ni vous ni aucun autre technocrate de votre gouvernement bidon, ne connaissez le prix d’une boite de labneh ou d’un paquet de beurre ou du lait pour enfants

    Liberté de Penser

    09 h 52, le 18 mai 2020

  • "... L’histoire ne dit pas si le chef du Parti socialiste progressiste a écopé d’une amende. ...". Bien sûr qu’il a écopé d’une amende. La loi est la loi, et elle s’applique à tout le monde. De plus nos forces de l’ordre sont parmi les plus consciencieuses du monde, et font leur travail avec beaucoup de probité. DRING! Qu’est-ce que c’est? Ah oui, le réveil qui vient de sonner. J’étais en train de rêver, excusez-moi...

    Gros Gnon

    07 h 25, le 18 mai 2020

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