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Lifestyle - This Is America

La verdoyante Irlande et les Amérindiens, âmes sœurs dans la pandémie

Depuis mars dernier, les Amérindiens vivant aux États-Unis, particulièrement touchés par la Covid-19, sont soutenus dans leur lutte contre la maladie par un vent de solidarité soufflant d’Irlande. Et ce n’est pas du tout un effet du hasard.

La sculpture d’Alex Pentek, baptisée « Âmes Sœurs », érigée en Irlande en l’honneur de la nation Choctaw.

« Partout aux États-Unis, les Amérindiens sont confrontés à la pire crise qu’ils aient connue depuis des décennies », a rapporté le New York Times, précisant qu’ils doivent faire face en même temps aux ravages de la Covid-19 et à ses conséquences économiques immédiates.

Dans ce contexte de pandémie planétaire, un véritable retour de solidarité, vieille de deux siècles, s’est créé entre les Amérindiens et les Irlandais. Deux peuples qui, au-delà de leurs apparentes différences culturelles comme géographiques de part et d’autre de l’Atlantique, ont tissé, depuis des siècles, une relation exceptionnelle.

Tout commence en 1847 lorsque la Grande Famine s’abat sur l’Irlande avec l’apparition de la maladie du mildiou qui anéantit presque intégralement les cultures locales de pommes de terre. Ce tubercule constitue alors la nourriture de base de l’immense majorité paysanne de la population qui se voit obligée de chercher d’autres moyens de subsistance ailleurs. Ainsi, entre 1829 et 1870, environ 2,5 millions d’Irlandais émigrent vers les États-Unis, alors que se déroule un autre déplacement forcé et tragique, celui d’une partie des natifs américains, la tribu des Choctaw, qui migrent du Mississippi vers l’Oklahoma. Ces derniers sont arrachés à leurs terres d’origine qui ont été cédées aux colons européens, en application de l’« Indian Removal Act ». Sur le chemin de l’exil, les Choctaw effectuent un long périple d’environ 800 kilomètres, baptisé « The Trail of Tears ». Lors de ce dramatique « Sentier des larmes » jonché de victimes, un tiers de la tribu des Choctaw meurt des suites de la famine, de maladies et des mauvaises conditions météorologiques. Alors quand les Amérindiens ont vent de la famine qui ravage les terres irlandaises, ils se reconnaissent dans le déracinement de ces nouveaux émigrés, forcés comme eux de quitter leur pays.


Main dans la main pour l’inauguration de l’emblème de l’amitié. Photos tirée du Choctaw Nation Site

Au secours de la famine de la pomme de terre

Les Amérindiens deviennent ainsi les premiers à mettre la main à la poche, lorsque à Memphis, un Comité d’entraide pour l’Irlande en famine est mis sur pied en offrant à l’époque 170 dollars, l’équivalent aujourd’hui de 5 000 dollars. L’historienne américaine Anelise Hanson Shrout écrit à ce sujet : « Il est difficile d’imaginer que ces gens déracinés, disposant de peu de moyens et encore empreints de leur souffrance, se soient révélés de véritables philanthropes. » Selon une autre historienne, Judy Allen, « les Indiens Choctaw ont été naturellement généreux avec les Irlandais, car ils ont pu voir dans leur détresse le miroir de leurs peines endurées durant le “Sentier des larmes” ».

La verdoyante Irlande n’a jamais oublié cet élan de générosité. Les liens humains tissés à l’époque sont restés solides, bien des siècles plus tard. Aujourd’hui, alors que la pandémie de coronavirus fait des ravages chez les Amérindiens, l’Irlande lui renvoie l’ascenseur, avec une levée de fonds effectuée auprès de la population qui a rapporté jusqu’à 2,5 millions de dollars. L’un des donateurs a accompagné son geste par ces mots : « De la part d’un frère irlandais à un frère amérindien. Le karma vous revient toujours. » Gary Batton, actuel chef de la Choctaw Nation de l’Oklahoma, a confié au New York Times que sa tribu était pleine de gratitude envers ces amis particuliers, sans être surpris par cette générosité. « Nous sommes devenus des âmes sœurs depuis la famine irlandaise et nous espérons continuer à l’être. »

Une sculpture en Irlande

Déjà, en juin 2017, pour illustrer cette belle amitié, la Nation Choctaw avait été honorée par une sculpture élevée en son honneur en Irlande, et plus précisément dans la ville de Midleton dans le comté du Cork. Cette spectaculaire œuvre d’art, signée par un artiste local, Alex Pentek, fut baptisée Kindred Spirits, en français Esprits proches ou Âmes sœurs. Neuf plumes d’aigle en acier qui s’élèvent vers le ciel sur une hauteur de neuf mètres, placées en cercle comme un bol de nourriture, illustrent la générosité des Choctaw durant la Grande Famine qui aura duré de 1845 à 1852. Gary Batton, venu spécialement des États-Unis pour assister à l’inauguration, souligne alors : « Votre histoire est la nôtre et nous avons vécu une tragédie identique à la vôtre, qui a renforcé le lien entre nos deux nations à travers le temps. Nous sommes bénis de pouvoir partager nos deux cultures et d’avoir cette occasion de rencontrer votre peuple généreux qui continue à honorer un don que nous avons fait de tout cœur. »

Aujourd’hui, les cinq millions d’Amérindiens, tous devenus citoyens américains à part entière, n’ont pas accompli une intégration totale, dans une volonté de préserver leur culture originelle. Le gouvernement fédéral a respecté leur désir de vivre en communautés similaires à des réserves, appelées Nations, dans certaines régions du pays. Mais bon nombre d’entre eux ont choisi de participer à la vie sociale du pays, accédant à de hauts postes culturels et politiques, notamment au Congrès. Ce n’est qu’en 2009 que le gouvernement américain a ajouté à l’une des clauses de la Constitution, des « excuses de la part des États-Unis pour les actes de violence et de négligence effectués envers les natifs du pays ».

22 présidents américains d’origine irlandaise

Quant aux descendants des Irlandais ayant émigré vers le Nouveau Monde il y a plus de deux siècles, ils ont enregistré de glorieuses success-stories dans tous les domaines. À commencer par la Maison-Blanche qui a accueilli jusqu’à présent 22 présidents de cette lignée (dont Teddy et Franklin Roosevelt, et le président John F. Kennedy), sans oublier la police new-yorkaise dont la majorité des membres est issue de cette communauté. La descendance des émigrés irlandais se retrouve aussi en nombre à Hollywood (Grace Kelly, George Clooney, Tom Cruise), dans l’art (la peintre Georgia O’ Keeffe) et dans l’industrie (le constructeur d’automobiles, Henri Ford). Le surnom de ces Américains d’origine irlandaise, Smiling Eyes (yeux souriants), leur va comme un gant. Ce sont eux, enfin, qui assurent en dons la majorité du budget du Vatican…

« Partout aux États-Unis, les Amérindiens sont confrontés à la pire crise qu’ils aient connue depuis des décennies », a rapporté le New York Times, précisant qu’ils doivent faire face en même temps aux ravages de la Covid-19 et à ses conséquences économiques immédiates.Dans ce contexte de pandémie planétaire, un véritable retour de solidarité, vieille de deux siècles, s’est créé entre les Amérindiens et les Irlandais. Deux peuples qui, au-delà de leurs apparentes différences culturelles comme géographiques de part et d’autre de l’Atlantique, ont tissé, depuis des siècles, une relation exceptionnelle. Tout commence en 1847 lorsque la Grande Famine s’abat sur l’Irlande avec l’apparition de la maladie du mildiou qui anéantit presque intégralement les cultures locales de pommes de terre....
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